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29/06/2020

Tout est parfait, Toujours

Le bain du soleil - Adamante -


Après tous ces jours de forte chaleur
Nuages et brumes masquent le soleil
Pourquoi se plaindre ?
Le feu a besoin de l’ombre
Les corps d’un retour au repos
À l’abandon
À soi
On s’oublie tellement
Dans l’agitation physique et mentale
Ce matin
Le ciel a tiré le voile
C’est ainsi 
Tout est parfait
Toujours 
Tout est enveloppé de la fraîcheur
Si nécessaire à la vie
La moindre de mes cellules chante
La caresse de l’eau en suspens dans l’air
Je frisonne dans les bras de l’unique
De la mère essentielle
Et les oiseaux la fêtent
Ils ne cessent de piailler en se poursuivant
C’est le réveil, le jeu, l’insouciance 
Tout est parfait
Toujours 
Mon cœur baigne
Et sur l’eau du lac de mes profondeurs
Flotte un sourire qui est mien
Je m’y ressource
Je retrouve la paix
La douceur de l’amour
À l’extérieur
La vie joue sa partition
Souvent désaccordée
Mais tout à cet instant
Invite au retour à soi
À l’accueil
Les bruits se font de plus en plus infimes
Lorsque je me retire ainsi en conscience 
Tout est parfait
Toujours 
Face à moi
La fenêtre dégoutte
En un rythme erratique
Suivant le métronome de la pesanteur
La vie est à l’écoute
C’est l’appel de la Terre
Les arbres épanouissent leurs feuillages
Vibrants de pluie
Accueillir l’eau c’est connaître le feu
Quelle symphonie vibratoire
Dans leurs frondaisons 
Tout est parfait
Toujours 
Mon corps se balance
Roseau fragile
Il suit la pulsation
De mes rivières intérieures
Rythme chamanique
Sous les impulsions du tambour de mon cœur
Alors
De la cellule où repose la Belle endormie
Qui un jour investit mon corps
Pour venir faire l’expérience de la Terre
Monte une mélodie
Et je me laisse prendre
Et je me laisse bercer
Ma voix s’envole
Roule
Un chant sans mots
Un chant de grotte souterraine
Un chant d’ombre attirée par la lumière
Le chant de l’eau primordiale 
Oui
Tout est parfait
Toujours. 
Adamante Donsimoni ©sacem


14/05/2020

Pour un arbre



Cèdre du Liban - RP 93 - Photo Adamante


Je donnerais ma vie
Pour un arbre
Pour la respiration cosmique
Pour la survie du monde
Ma survie

Je risquerais ma vie
Pour un arbre
Pour ses racines tentaculaires
Son réseau Terre
Reliant l’humanité
À la dimension céleste
Je donnerais ma vie
Parce qu’il faut la donner
L’offrir aux bras du Grand Tout
Pour que la transformation
Du plomb en or
Se fasse

Je donnerais ma vie
Pour que le monde se retrouve
Que la peur s’efface
Et que la mort reprenne
Sa dimension sacrée
De yin étincelant

Je donnerais ma vie
Pour que l’humain fleurisse
Que l’Homme enfin soit arbre
Et s’envole au-dessus de l’abîme
En protégeant la Terre
Évitant ainsi la chute qui le menace

Oui, je donnerais ma vie
Pour un souffle de Nature

Je l’ai déjà donnée
Je la donne
Chaque matin
Chaque instant de mon jour
Comblée de cette joie
Parfumée de sourires
Depuis cet instant
Où j’ai vu *
L’Océan de lumières
La grande matrice
L’intelligence créatrice
Sillonnant l’espace
Infini
Qui tisse notre ciel
Nous enveloppe
Nous écoute
Nous transforme
Et nous réalise
Selon la vibration
De nos pensées

J’ai donné ma vie
Pour cet Océan
Dont je me reconnais
Pour sa lumière
Qui est moi
Qui est toi
Qui nous berce
Qui nous crée
À chacun de nos souffles
Nous
La forêt humaine

J’ai donné ma vie
Pour un arbre
Pour la palpitation
D’un cœur ouvert
Sur l’éternité de l’Amour
Inconditionnel et sans attache.

J’ai donné ma vie
Et  aujourd’hui
Je vis
Je vis.

Adamante Donsimoni 11 mai 2020 ©sacem
  

* C’était en février 1999, sur le dolmen du site mégalithique de Meynardier, après une courte séance de Qi Gong. Allongée sous la pierre froide, sous un ciel d’hiver d’un bleu absolu criblé de lumières blanches, virevoltant dans une chorégraphie intelligente, j’ai vu ce spectacle qui a bouleversé ma vie.



Platane d'Orient planté en 1814 - Paris - photo Adamante


20/04/2020

Au monde du Dr Folamour





Me voici bien désarmée aujourd’hui, Grand-père, encore une fois je me tourne vers vous pour me rassurer, pour tenter de comprendre.


Notre monde, de plus en plus déboussolé, m’amène à me poser bien des questions.
Entre autres, que faire, quand on vit dans le monde du Dr Folamour, quand le mensonge est tel que nous n’avons plus aucune confiance dans nos dirigeants piégés par l’araignée de l’intermondialisme et du capital ?

Que faire encore quand les soutenants de la théorie du complot paraissent plus censés que ceux qui doutent, se moquent et se disent « ce n’est pas possible » ?
Le monde a évolué depuis Gavroche, quelle forme de combat pourrait encore nous libérer des chaînes et de la destruction programmée de notre monde ?
Certes, ce monde a encore besoin de Passionarias, de Bolivars, de Mandelas, de femmes et d’hommes qui luttent et qui croient en la paix et l’harmonie possibles des peuples. Il faut des voix pour témoigner de l’incurie et éveiller les consciences.
Mais dans ce monde, sous contrôle technologique (la nouvelle force des nantis) le combat est de plus en plus inégal.  La naïveté de penser « ce n’est pas possible »  et les peurs entretenues par les « merdias » creusent notre tombe.  J’en arrive à me demander si toutes les fakes news allant contre ce monde ne sont pas préférables au doute si elles peuvent amener la prise de conscience que le torchon brûle.

Que faire enfin alors lorsque l’on ressent dans sa poitrine un tel abîme d’impuissance, lorsque plus rien ne semble possible, que nous perdons pied, que nous ne savons plus que faire ?
Je ne vois qu’une seule chose à faire, c’est abandonner de faire, c’est ouvrir son cœur s’abandonner à l’amour et aimer. Quand il n’est plus de protection possible, oui il faut s’abandonner, lâcher prise, ouvrir grandes les portes du cœur au lieu de les fermer. Car elles sont bien fragiles ces portes, bien perméables, elles ne nous protègent de rien. Il nous faut les ouvrir,  aimer comme on se noie, plonger dans la vibration de l’amour et, comme un enfant physiquement désarmé, sombrer en lui sans rien attendre, animés par la reconnaissance éperdue de notre impuissance. Alors le miracle se produit. Lorsque notre petite identité personnelle est englobée, contenue au centre de cet océan de vibration,  nous sommes alors capables d’aimer comme seule la lumière sait aimer, sans distinction. Alors l’amour vibre jusqu’à la moindre cellule de notre corps physique, nous le rayonnons. À cet instant nous recouvrons la vie, la joie de vivre. La crainte de la mort, que la vie porte en elle depuis notre premier cri, disparaît. Nous sommes.
La mort n’est rien pour un cœur ouvert, aimant sans aucune autre attente que d’aimer, que d’être une infime partie de l’amour. C’est en quelque sorte ramener son âme dans le liquide amniotique de sa vibration.

Quand on vit dans le monde du Dr Folamour, je ne vois pas d’autre solution que d’aimer, que de se reconnaître dans l’amour. L’amour est la seule force susceptible, de vaincre la voracité des puissants, et de nous offrir l’opportunité de créer le monde que nous espérons.  Il n’est pas de force plus grande que celle de l’amour.

Ce n’est pas vous qui me contredirez, Grand-père, comme vous écrire m’éclaire, que ferais-je sans vous ?


Adamante Donsimoni ©SACEM
20 avril 2020  

10/04/2020

Géométrie du monde




L'univers se dessine et s'invente
L'A.D.N. se déroule
La vie en expansion inspire et rend le souffle
Tout centre nous plonge au-delà du connu
Pourquoi s'évertuer au vouloir faire
Le faire asphyxie l'Être
Et la nature expire

Pourtant... le paradoxe :
Tout rêve d'un monde en alvéoles
Suivant les chemins intuitifs
Inspirés par l'Espace
Qui contient tout.


Adamante Donsimoni ©sacem


d'après cette vidéo :


03/04/2020

Voyage au jardin de la découverte




Le paysage s’offre à la découverte, tout est invitation à la curiosité.

L’enfant de l’intérieur se réveille et ouvre grands les yeux. Il y a tant de choses à ne pas manquer de découvrir. Les formes, les couleurs sont autant d’appels au voyage.

Bonheur de mes pieds qui foulent une herbe tellement enthousiaste que mon esprit se met à gazouiller, le poids a disparu, c’est mon âme qui chante. Je ne marche plus, je vole au-dessus de l’allée, car au loin, la porte d’un jardin m’appelle. Quand je la touche, je perçois la fraîcheur de ses volutes de fer forgé parcourues de lierre sous mes mains. Elle est vivante. Je comprends son invitation à pénétrer le domaine dont elle garde l’issue.

À peine un frémissement de sève accompagne son ouverture, une liane vient alors fouetter mon visage, et je crois entendre des rires. Je comprends que cette pluie de notes cristallines un peu moqueuses me souhaite la bienvenue. Loin de s’en offusquer mon cœur en ressent de la  joie, et mon rire accompagne les rires, et ma joie accompagne la joie. Ce monde est vrai qui ne se prend pas au sérieux.

J’entre. Quel fouillis, quel foisonnement de formes et de couleurs !  Ce délire végétal est une symphonie sans autre chef d’orchestre qu’une liberté sans limites. Et pourtant, s’exprime ici un équilibre, une harmonie qu’aucun autre jardin, fut-il le plus british, ne pourrait égaler.

Comme je me sens bien dans cette folie confinant au génie, j’ai l’impression d’abandonner cette vieille peau humaine incapable d’une telle dilatation.
C’est alors qu’un drôle de personnage à l’aspect fluctuant, tenant à la fois de la vague en mouvement, du Gin et de Jérémy Criquet, s’approche de moi, me tend une motte de terre coiffée d’une sorte d’espoir vert sans forme, et par une pantomime burlesque, m’invite à la planter. Décidément, ici, rien n’est comme dans le monde d’où je viens, tout est à la fois déroutant et fascinant.

Un peu dubitative, je prends la chose entre mes mains. Le personnage m’explique alors, par un chant rauque ponctué de clics et de sons très aigus, qu’elle deviendra ce que j’ai envie qu’elle devienne, si je décide de la planter ici.
Je comprends à présent la raison ou la déraison de l’aspect du jardin. Je comprends que la chose sera, sous la forme d’un végétal, la représentation symbolique de quelque chose qui me tient à cœur.
Son chant terminé, le personnage s’est éloigné afin de me laisser le temps de réfléchir.

En communion avec cette expression indistincte, susceptible de se transformer en une de mes envies, qui frémissait d’impatience entre mes mains, je lui ai confié mon souhait, mon désir qu’elle fut arbre, puis je l’ai plantée.
Et mon arbre a poussé, et mon arbre a fleuri en des centaines de bouches parfumées venues me délivrer un message  :

« Au jardin de ton âme pousse un arbre de lumière, ne l’oublie pas. Il est en toi, grimpe dans ses branches, comme tu le faisais enfant dans les pommiers. Assieds-toi sur une branche, observe, écoute, et dit à ceux qui passent la beauté de sa lumière, car en chaque être pousse un arbre où leur âme se perche et attend. »


©Adamante Donsimoni (sacem)

26/03/2020

Souvenir du jardin des fées



Il fallait quitter le château, rejoindre la route et marcher, marcher jusqu’au jardin des fées.  Le jardin potager habité par le petit peuple de la magie.

J’avais cinq ans
des étoiles plein les yeux –
joie des abeilles

Ma petite main dans la grande main de « mon papa », je dévorais le paysage. L’allée était pour moi une forêt d’immenses groseilliers dont les fruits me faisaient rêver. Les odeurs et le goût étaient une ode à la vie.

Parfum de lilas
une fête pour l’âme
elle se souvenait

Nature folle, disent certains. Oui, folle, folle comme la liberté, folle, comme je le suis. Mais la folie est un art, la folie est une bénédiction. Pas de chemin tracé, l’herbe ne supporte pas le cordeau. Je ne supporte pas les rails, voilà pourquoi je communie avec les herbes.

Odeur de sève
vibration des insectes
quelles merveilles !

Fraises et marguerites jouxtaient le basilic et les massifs de romarins. Quelle joie que ces arômes qui parfumaient le soir les plats dans la cuisine.

Miracle des fleurs
un chemin de paradis
l’amour est couleurs

souvenirs tendresse
pour bercer le malheur.


Adamante Donsimoni ©SACEM
26 mars 2020  Sur une toile de 
André Van Beek, artiste peintre.

20/03/2020



Debout sur le rivage, elle observe la nuit. Le ciel se confond aux eaux sombres du lac. Mais où sont donc les astres ?
Lumière avalée
le mutisme des eaux,
quelle lourdeur !

La mort est à ses pieds, mère douce et fidèle qui veille sur sa vie, berce son abandon. Cette solitude sans solitude c’est la paix.

Elle est étoile
lumière dans le noir
la jeune fille

Elle rayonne la vie et le calme des eaux, son sang rouge, force de création, palpite. Elle pressent le chemin qui est le sien à travers les paroles du silence.

Déesse fière
elle affronte sans peur
sa destinée

elle en connaît l’issue
ce qui brille un jour s’éteint.





 "Deux femmes sur le rivage" 1898 -gravure sur bois - coll.privée-
"Edvard Munch ou l'anti cri" Ed. Pinacothèque de Paris



27/02/2020

Une page à découvrir et à aimer



Je vous invite à découvrir, à aimer ma page facebook 
autour de mes dernières créations.



"Le verbe" Adamante

https://www.facebook.com/Adamante-106987967552671/

Terre la Terre



Encre, brou de noix, acrylique sur toile libre (31x31)

       blog de Jean Cabanne : En passant le pont                                




Terre la Terre


Un rideau de pluie ferme l’horizon. Entre ciel et sol, l’eau exprime sa densité poisseuse et nourricière.

À l’origine
un Océan liquide-
la germination

Le bois se prend du désir de croître ou de se décomposer, au nom de la vie en germe dans la mort.

La transformation
toujours et partout s’exprime-
que de souvenirs

La terre humide, matrice de l’expression des formes, telle un caméléon expérimentant les couleurs, joue à créer, comme un enfant joyeux

Sur un brin de riz
toujours prêt à ascendre
se lit le chemin

l’humanité s’incline
vers l’unique maîtresse

La Terre.


©AdamanteDonsimoni (sacem)





17/01/2020

Une ombre en devenir



Francis Bacon Étude de taureau, 1991, huile, peinture en
aérosol et poussière sur toile, 198 x 147 cm, collection particulière © The Estate of Francis Bacon / All rights reserved / ADAGP, Paris and DACS, London 2019



Dans le cercle de l’arène, derrière une palissade, la solitude poisse la terre qui accompagne les entrées et fuse au-delà de l’ombre.

Deux cornes pointues
le taureau se prépare-
une ombre en devenir

Tout ici semble vouloir l’effacer. À peine une esquisse de vie, apparition sur un écran d’au-delà.

Pas de surprise
une issue bien définie
et c’est la mort

Fascination du sang non encore déversé, et dont la foule crie sa soif.  Extase des voix glorifiant la torture.

la bête humaine
exhale son odeur
c’est à vomir

Bientôt, genoux en terre, les flancs gluants de rouge, les nasaux écumants, plus noble que jamais, il s’inclinera, vaincu par la bêtise.

Somptueux taureau
quand ton regard s’éteint
à quoi penses-tu ?


Adamante Donsimoni (©sacem)


01/01/2020

2020 la petite voix



La petite voix 
Apprends à lâcher, tu apprendras à recevoir
Apprends à sourire, tu apprendras à t’ouvrir
Apprends à accueillir, tu apprendras à ne plus réagir
Apprends à t’aimer, tu apprendras à aimer
Tu comprendras que tu es le monde
Un éclat
Un immense
Un tout petit éclat du Grand Océan vibratoire
Un être de lumière venu s’incarner en Terre.
Adamante Donsimoni ©sacem



20/12/2019

Nostalgie des labours



Ici, dans cette toile de Rosa Bonheur, pas de vrombissement, la terre crisse sous les sabots. Voici l’image d’un temps révolu où l’homme et la bête avançaient au rythme naturel des muscles et de la respiration. Hu ! et le cortège reprenait vigueur.

Les bœufs sont partis
ils ne servent plus à rien
rayés des cartes

Les jougs désormais décorent les musées, avec les socs des charrues, les tombereaux, les charrettes d’antan. Ceux qui les ont utilisés sont morts. L’espèce bovine a évolué.

Plus de castration
les veaux du tout venant
partent pour être engraissés

Plus de sillons sous leurs sabots,
et pas le temps de vivre

l’Homme est ainsi, l’espèce devenue inutile disparaît, tôt oubliée. Mais au final, c’est lui qui sombre. Si l’art offre à nos regards le témoigne du passé, l’esprit est parfois surpris de ressentir au cœur un tel sentiment de regret. Car ici le temps semble en harmonie avec la nature, cela nous touche.

C’était hier, mais
l’Homme a choisi la machine
la vie en accélérée

loin de trouver le repos
il se débat en enfer.

AdamanteDonsimoni ©sacem


Labourage nivernais - Rosa Bonheur - musée d'Orsay


13/12/2019

Lettre au Platane de la cour



Photo A Donsimoni


   Dans l’hiver qui s’installe, tu as quitté tes feuilles. Sagesse du dépouillement pour conserver le précieux don de vie. Ton sang retourne aux racines, à la Terre mère, le gel n’est pas pour lui qui briserait ton bois.
   Le ciel est gris ce soir, je t’observe au travers de la fenêtre.  Bien à l’abri, au chaud, je t’ai laissé le froid pour compagnon. Une vitre nous sépare, mais bien plus encore. De longues années de vie citadine ne sont pas un atout pour un retour à la nature. Ce retour, je le rêve, car tout dans notre société consumériste nous fait aspirer à une vie plus simple, plus proche d’un avant magnifié par la douleur de constater chaque jour un peu plus la destruction du naturel. Ce rêve n’exclut pas ma conscience aigue de mon incapacité à le vivre ce retour à la nature. J’en ressens de la nostalgie, car une part de moi se sent irrémédiablement en exil. Oui, la part sauvage de mon âme palpite en te regardant.
   Mais un platane, poussé dans une cour, au milieu des immeubles, est-il encore un être sauvage ? N’est-il pas plutôt ce frère qui me ressemble, dont les grilles qui le contiennent sont encore plus visibles que les miennes ? Plus contraignantes peut-être. La terre où tu puises ta nourriture n’est-elle pas aussi meurtrie, tant le béton l’empêche de respirer librement ?
   Quelle performance humaine que d’avoir réussi à dénaturer la terre où les Hommes résident !
   Pas de soleil ces derniers jours pour réchauffer ta vieille écorce morcelée où tu racontes des histoires. J’y lis tant de messages, tant d’invitations à rêver, à raconter, à voyager.
   Les images des esprits qui t’habitent, offertes aux regards des curieux, me font penser aux fresques des  Églises, à ces livres sans mots, conçus pour impressionner les ouailles illettrées, et les terrifier pour les obliger à avancer sur le « droit » chemin.
   Mais tes images à toi ne sont pas des menaces, juste l’expression d’une vie, à demi révélée, pour ceux qui observent avec les yeux du cœur.
   Merci mon vieil ami de m’avoir ainsi ouvert les pages du livre de ta vie pour ensonger la mienne.

Adamante Donsimoni ©sacem
7 décembre 2019  Le Platane du quai Carnot à Saint Cloud,

12/12/2019

Les Amazones


Rosa Bonheur, Le Marché aux chevaux, 1853, huile sur toile, 244 x 506 cm, 
The Metropolitan Museum of Art, New York



   La place est noire de monde. Les chevaux piaffent, se cabrent en hennissant. Altières créatures forçant l’admiration au point qu’en leur rajoutant une corne on les rendit mythiques. Refuseraient-ils cette domination des hommes venus exprès pour jauger la bête de ce regard implacable de marchand ? Les muscles roulent sous la robe, les yeux roulent dans les orbites, et claquent les sabots sur les pavés. La promiscuité énerve les équidés réunis pour être vendus, marchandés.
   Le cheval, ami de l’homme. Ami !
   L’homme a une bien curieuse façon de traiter ses amis. Ne peut-être ami que le soumis, fut-il chien, cheval ou humain. Derrière humain, je vois femme. Elle aussi il la voudrait soumise. Elle le fut et l’est parfois encore, ou en passe de le redevenir sous l’insidieuse pression sociale ou religieuse.
Regard de l’homme sur la femme, tellement persuadé de sa soumission qu’il en oublie sa force, son incroyable force et sa capacité de sacrifice. Ces héroïnes muettes se dressent un jour pour abattre les murs de leur prison. En chaque femme se cache une Amazone.
   Il y eut, de tout temps des femmes en marge de la soumission. Des femmes responsables, fières, les yeux ouverts, le cœur brûlant. Rosa Bonheur, bien entendu, sa force est là émanant des traits fermes de ses dessins. Je pense à cette autre Rosa, Rosa Luxembourg, illuminant le monde à partir de sa prison, comme a pu l’illuminer bien après, un homme, lui aussi rayonnant de sa cellule, Nelson Mandela, porteur de la lumière des opprimés parce qu’ils étaient noirs. Cette force-là, c’est l’amour.
   Tous ces héros, ces héroïnes nous font considérer que nous avons fait de nos différences des inégalités, ainsi que l’a écrit Tahar Ben Jelloun.
   L’humanité n’existera que lorsque chacun de nous comprendra qu’il est un maillon de cette grande tapisserie qu’est le monde, et que nous devons respecter jusqu’à la moindre fourmi si nous voulons nous respecter nous-mêmes.
   Merci aux Rosa, aux Madiba, merci à ces destriers, ces amis d’une autre espèce qui en témoignent, avec ou sans les mots, pour que nous ouvrions enfin les yeux.

©Adamante Donsimoni (sacem)





06/12/2019

Miroir aux alouettes



Duo sous la lune, mais la lune s’est cachée. Les étoiles filent vers l’inconnu sidéral de la voûte gravide. Attention !

Le loup est sorti
hurle le ciel à la nuit
fuyez pauvres fous

Elle, accroche un cœur à ses cheveux, c’est tellement glamour. Avec son foulard qui vole au vent elle se sent comme une star, tout devient fou quand il souffle. Elle est folle.

Inclinée vers lui
elle l’écoute murmurer
quelque fadaise

C’est alors qu’une diablesse de comète vient à fuser tout là-haut. Sa fracassante entrée en scène passe pourtant inaperçue. Regardez-moi,  leur crie-t-elle, je porte bonheur !

Mais son cri est vain
aveuglés par le désir
les voilà sourds

Faute de se voir vraiment, chacun invente l’autre. Alors la bête de la nuit qui dans l’ombre les guettait vient s’attacher à eux. Elle hantera désormais les ornières de leur chemin, jusqu’à la chute.

Fuyez pauvres fous
mais il est déjà trop tard
pas de miracle.

Adamante Donsimoni ©sacem



Marie Laforêt - Sous les palétuviers - Alain Weill






18/11/2019

Il suffit d'un rayon de soleil



Il suffit d’un rayon de lumière et le germe frémit. La graine qui s’éveille exprime alors son rêve d’ascendre, son espoir d’arbre fort et puissant. 
Il monte en elle le désir impérieux d’embrasser l’espace. Rien ne peut alors s’opposer aux efforts de ce germe en apparence fragile. Bien décidé à traverser la terre pour apercevoir le ciel, il concentre toutes les forces de son désir de soleil pour croître. Et puis un jour, il s’extirpe de l’ombre, à peine visible, encore confondu à sa mère Terre.  Dès lors, avide de soleil et de pluie, il déploie ses premiers bourgeons tandis que ses racines plongent profondément dans le secret du sol. Il sait déjà que la vie tient en deux choses essentielles : avoir de bonnes racines afin de déployer sa frondaison au plus haut de ses possibles, et résister aux éléments. 

L’Homme ignore-t-il cela ? Lui qui pense que la vie s’inscrit dans la possession de tout ce qui l’entoure.

L’Homme est-il inconscient que le soleil et l’eau sont essentiels à la survie de son espèce, plus inconscient que le germe d’une minuscule graine ?

L’Homme, cet arbre en mouvements, acceptera-t-il de comprendre qu’il est de la nature, au même titre que le plus minuscule brin d’herbe qu’il méprise ?

Le plus grand nombre des humains acceptera-t-il encore longtemps de laisser faire la frénésie de possession qui anime une poignée de ses dirigeants ? 

Nous avons le monde en partage, nous en sommes tous responsables, quand cesserons-nous de craindre les puissants qui le méprisent et nous méprisent ?
Géronimo l’a dit, l’argent ne se mange pas, et bientôt il ne restera que lui. 


Adamante Donsimoni ©sacem
18 novembre 2019



14/11/2019

La fille d'algues





Elle est là, alanguie, bercée de vagues, façonnée de courants. Fille d’algues et sable, princesse des tourbillons, elle s’abandonne.

Une vague s’en va
comme vie se retire
jeu de l’illusion

Est-elle pythie, oracle des profondeurs ou accident, cette déesse aux multiples seins révélée par l’océan ?

Elle est, c’est un fait
là, offerte à nos regards
l’instant du rêve

Elle porte en elle des visages, esquisses nées de ses pensées qui créent dans l’instant celui d’après.

Beauté fugace
que le vent ébouriffe
avec la vague

beauté sans lendemain
reine de l’éphémère.




©Adamante Donsimoni (sacem)





01/11/2019

La vieille


Sur "Bonhomme" de Brassens 
Le temps des porteuses de fagots.



Un chemin de campagne et tout autour les bois. L’humidité colle les feuilles aux godillots maculés de terre de la vieille femme. Voûtée, elle chemine face au vent.

haleine de brume
la respiration courte
elle avance

Quelques bogues oubliées ouvrent leurs bouches sales à son passage. L’eau est partout qui fait l’humus.

la putréfaction
étape vers l’autre forme
résurrection

Demain est un leurre, le temps est à l’instant. Dans cette campagne misérable, chaque pas est vie, résistance, défi. Le ciel le sait bien qui se confond en nuages.

ici tout est lutte
rêves sous les semelles
sourire et cœur las

Quelques instant d’arrêt, comme pour lire l’horizon par-delà les cimes de vieux chêne tordus. Ici tout est patience, on prend le temps de vivre.

Pas d’état d’âme
pas une once de rébellion
juste un désir de feu

Le petit bois abandonné sur la mousse, aux pieds des feuillus dénudés pour l’hiver, est son seul soucis. Elle se baisse, ramasse, se relève, recommence. Le fardeau se fait lourd. Mais tout à l’heure le feu.

à peine un râle
le dos courbé de branches
elle s’en retourne

Bientôt dans l’âtre brûlera ce feu tant espéré où ses vieux doigts raidis danseront vers les flammes. Le silence, plus fidèle qu’un chien, lui parlera encore, et de son sourire édenté elle le remerciera.

de soupir en sourire
quand elle hoche la tête
elle acquiesce à la vie

aimer ce que l’on a
est il de plus pur désir ?


AdamanteDonsimoni ©sacem

04/10/2019

Mise en boîte d’un géant

Au Parc de La Tête d’Or, Mon grand bel Hêtre, le beau Fayard n’est plus .... 


Nous agissons comme si tout était éternel. Notre regard survole plus qu’il ne voit et nous ignorons ces petits messages de la vie quotidienne, transmis par les êtres que nous croisons. Ils font partie du paysage, cela va de soi. Mais non, cela ne va pas de soi, bien au contraire. L’habitude qui nous éteint nous fait ignorer la magie qui nous baigne, et puis un jour, sans prévenir, un habitué disparaît.

Hier, ici, un arbre
géant bercé d’espace
aujourd’hui, le vide

Notre paysage bouleversé révèle une déchirure, une béance de l’espace-temps. Tout nous parle, nous percevons encore la vibration du disparu, son manque est plus prégnant que sa présence ne l’était.

Le vent murmure :
« où sont donc tes feuilles ? »
à une boîte à livres

L’amour blessé frémit dans notre poitrine, nous prenons conscience de l’éphémère. Demain un autre, ici, à notre place, habitué à son environnement, à son tour regardera sans voir ce qui reste de lui.

Rien d’éternel
pas même une boîte à livres
effet de mode.

©Adamante Donsimoni (sacem)




D'autres texte sur l'HERBIER DE POÉSIES

22/09/2019

Peintresse bionique



Peintresse bionique
   petite fable

Pour ramasser les noix de coco et en faire de l’huile, on met des singes en servitude.
L’ingéniosité humaine n’a pas de limite.

Allez les petits
grimpez, vite, vite, vite
la noix n’attend pas

la journée vous paraît longue,
et la nuit, dans vos prisons

Il paraît qu’au pays des arts, quelque part sur une planète où l’Ego frôle le sublime, il en fut une qui utilisa les bras, les jambes, et un peu sa tête, quand même, à un pauvre gars qui passait par là, pour lui faire réaliser son grand œuvre.

« Grimpe à l’échelle
j’ai de l’art à te passer
écoute et obéit

tu n’es jamais qu’une excroissance
pour moi la gloire, pour toi l’oubli »

« Pourquoi pas » se dit l’homme de main, « les brosses me changeront de mes outils ». Et voilà qu’il se prend au jeu.  Il « peindouille » du haut de son perchoir, sous la dictée de la Sérénissime artiste. Quel bel instrument c’était là ! Cet homme, qui n’en était plus vraiment un, était devenu l’extension, palpitante de génie, d’une "peintresse" bionique.

L’art, je vous le dit
est souvent d’avant-garde
et parfois sans scrupule.

©Adamante Donsimoni(sacem)


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