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17/12/2022

Reflet de silence

 



    Un reflet de silence vient d’ouvrir ses ailes sur le magma encore informe des possibles. C’est le rêve en action, le songe créateur, le sculpteur de mon devenir, le coloriste de mes futurs incertains que j’aperçois ici. 

    Cet ange de mes visions, ce bleu, Dame bleue, accouche mes images, les façonne, les peaufine des mailles de mes errances vagabondes et de la fluidité de mes pensées.

    La tisserande céleste des fils erratiques de mon imaginaire, monte la trame de mon destin. Je lui offre la matière, elle la tisse et me convie au voyage. 

    Chemin tortueux ou paisible, sombre ou illuminé, j’en ai conscience, j’en suis la mère. Ainsi, de mes craintes, de mes désirs, de mes joies et de mes peurs, je grave le paysage de ma vie sur le grand tableau de l’incarnation.



sur l’indéfini

en larmes et sourires 

se révèlent mes rêves.

Adamante Donsimoni - 17 décembre 2022 


D'autres textes ici : https://imagesreves.blogspot.com/




 

12/12/2022

Le silence de la lumière

 


 


    Les ombres se reposent sous la lumière tremblante des bougies. Le silence accompagne la nuit, il ne faut pas déranger les songes. Rien ne presse. L’instant s’étire et baille à la manière d’un chat, c’est bon comme un sourire, je ronronne.

    Désir de ne rien faire, de m’abandonner dans les eaux du sacré frémissant, dans la lueur tendre de la flamme auréolée de bleu et de vert. La beauté rayonne, m’hypnotise. Comblée, je glisse lentement vers un ailleurs sans attente. Tous les temps se conjuguent au présent méditatif, c’est l’heure de l’abandon entre les bras de l’enfance. Elle sourd du plus profond de moi, accompagnée du frisson si particulier des légendes ancestrales. Bien au chaud dans le cocon de mon cœur grand ouvert, bercée d’oubli, j’accueille l’amour.


amour de la vie

émerveillement de l’Être-

et partout la paix.

Adamante Donsimoni - 11 décembre 2022 

 

 D'autres poèmes ici sur le blog de l'HERBIER DE POESIES

 

08/12/2022

La fausse transparence du plastique

 
 

     Je viens de terminer une nouvelle de Sylvain Tesson, « les porcs ».  J’en ressors bouleversée. 

    Du titre du livre, habituée aux écrits du grand voyageur, j’imaginais l’aventure, le froid, l’adversité à laquelle on se frotte par défi, comme pour provoquer le désir inavoué du repos, de la lourdeur, du laisser aller, de la flemme qui vous menace, indurée au plus profond du véhicule qu’est le corps. Qu’attendre d’autre de ce titre : « Une vie à coucher dehors » ? Tout sauf ça, sauf à y regarder de plus près avec une vision quelque peu taoïste des choses.

 

    « Les porcs », c’est une lettre, non pas un plaidoyer mais un constat de la désespérance, le désespoir né d’une lente et progressive ouverture des yeux sur les agissements dont nous sommes capables. Un long chemin de l’Être en soi qui se révèle et nous met un jour en face de nos responsabilités, une découverte de la culpabilité, ici celle de ne pas avoir réagi plus tôt, celle qui perturbe les nuits, vous réveille et que vous repoussez au plus loin afin de ne PAS VOIR.

 

    Qui de moi qui écrit, de toi qui lis, peut prétendre ne jamais fermer les yeux ainsi, de peur d’être confronté à sa propre impuissance reflétée dans le miroir ? On dit que les artistes, déclarés plus sensibles, plus empathiques, sont souvent à l’avant-garde des mouvements de contestation. Vraiment ? Il semblerait que dans ce monde binaire à l’extrême, serait-ce dû à la raréfaction du vocabulaire qui induit celle de la capacité d’analyse ? la torpeur se soit répandue dans ce milieu dit éclairé, et que l’individualiste, renforcé par l’ego, y fasse son travail d’anesthésie. Mais de quels artistes parle-t-on ? Artiste, un mot gigogne qui, de toute évidence, ne signifie plus vraiment grand-chose en l’absence de la dimension du cœur.

 

    Le monde se désintègre, les lois de la nature s’écroulent, et pour la plupart d’entre nous, l’immobilisme nous plombe. Et pourtant, si nous prenions conscience de notre pouvoir…   

    « Il y a eu la première ferme intensive et les autres éleveurs ont emboîté le pas. Ensemble, cela n’aurait pas été difficile de résister. » 

 

    Résister à la domination des bureaucrates venus apprendre au « Mangeux d’Terre » (pour paraphraser Gaston Couté) « (…) à transformer le fourrage en viande ». Résister aux mesures infantilisantes et de plus en plus liberticides que l’on nous impose sous prétexte de protection.

 

    Nous acceptons tant de dérives, tant d’atteintes à l’intégrité humaine, tant de mensonges, tant de mépris. La plus grande ferme intensive où se situe-t-elle ? Nous sommes, comme la crevette que l’on fait cuire, dans un bain qui se réchauffe doucement et nous habitue jusqu’à ce qu’il soit trop tard. C’est sans doute par peur de perdre ce qui nous reste que nous plombons notre vie, que nous acceptons l’inacceptable, que nous acceptons la privation de culture à l’heure où l’entrée des musées est gratuite pour les Députés et payante pour la plupart des autres. Nous avons peur de bouger, de dire, de se montrer.

 

    « L’immobilité avait une autre conséquence. Les membres s’atrophiaient (…/…) Parfois, lors des inspections, je me demandais si nous n’étions pas en train de fabriquer une nouvelle race. (…/…) Qui sait si nos descendants ne ressembleront pas à des êtres aux corps mous avec des cortex surdéveloppés… »

 

    Enfermés, nés en captivité, les porcs mordent les barreaux qui les contiennent :

    « Les bêtes enfermées avaient certainement la prescience de ce que représentait la liberté. »

 

    Et nous, que mordons-nous ? Ne sommes-nous pas comme ces porcs, animés par cette prescience de ce qu’est réellement la Liberté ? S’émouvoir d’une fleur, de sa beauté, est-ce suffisant pour la préserver ?

 

Adamante Donsimoni - 24 octobre 2022 ©sacem


Note à propos du titre : le bœuf, le porc, ce n’est plus l’animal, c’est un morceau de viande sous blister.

05/12/2022

Les roseaux


    La barque vient d’accoster. J’avance un pas hésitant sur le lit de roseaux me séparant des eaux du lac. Étrange île flottante si éloignée de la terre ferme. Ici on vit sur un plancher humide et pernicieux qui vous ronge les articulations et vous vieillit avant l’âge  


lac Titicaca

le monde étrange des eaux-

impression d’ailleurs


    Quelques cabanes tressées de roseaux, et sur le pas de la porte, quelques femmes flanquées de nourrissons proposent, avec un sourire édenté, quelques maigres souvenirs nés de leurs mains aux doigts déjà déformés. Ici les enfants vont à l’école en barque. Une autre île, éloignée, un voyage dans un dédale de canaux, tous semblables


avant le soleil 

l’aîné attrape les rames 

la journée commence


à la tombée de la nuit

le soir les ramènera


    Je quitte le souvenir, ici la cabane est plantée en terre, et deux silhouettes, ombres d’une autre misère, serpe en main, s’affairent à couper la tige ligneuse. L’humide est son terrain et du corps en souffrance, racine favorable aux reins, elle en élimine l’eau. Qu’elle soit médecine, toiture en devenir, balai, fourrage, canne à pêche pour les plus gros… il semble qu’il faille, sous toutes les latitudes, payer à la plante son dû en tour de reins  


en aller-retour

cadence du mouvement-

que la terre est basse 



Adamante Donsimoni - ©sacem - 26 novembre 2022