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10/05/2019

Un cheval s’est noyé


Photo prise au lac Daumesnil






Sous le ciel déprimé d’un printemps trop frileux, un lac convulse entre ombre et soleil. Bouche béante, en un dernier cri torturé de silence, un cheval s’est noyé, comme se noie l’espoir des cœurs fermés.

Un hennissement
ultime sursaut de vie
-voracité humide

Des branches esseulées ondoient entre deux eaux. Le souvenir de l’ether lutte contre le poids, mais demain sera vase. À peine quelques bulles crevant à la surface l’instant d’avant l’oubli.

Abandon de l’air
des plumes aux nageoires
l’ultime porte

chemin de transformation
la forme est illusoire.

©Adamante Donsimoni (sacem)








26/04/2019

Les anémones de Giverny



   Le bois s’est éclairé de blanc. Partout le printemps éveille la vie. Dans les branches, dans les terriers, en haut des herbes, jusqu’au moindre bruissement des feuilles sous la brise, le parfum de l’air nouveau s’insinue. Tout se met à chanter, à danser, à fleurir. Les cœurs reçoivent un appel impérieux à s’ouvrir.

Les anémones
explosent leurs corolles
sur la mousse

   Dames du temps jadis, courbées avec élégance vers le parterre fleuri, le peintre vous a cueillies dans le secret espoir de vous déflorer. Image d’Épinal où tout est à sa place, de la grâce féminine à la fleur d’ornement. Le tableau se veut idyllique pour masquer l’ignominie d’un monde phallocrate mettant en exergue faiblesse et fragilité, afin de bien marquer sa supériorité.

Femmes bibelots
tout en vous n’est que grâce.
L’odieux mensonge.


©Adamante Donsimoni (sacem)
   Les anémones de Giverny ou  La grâce de la soumission





Maurice Denis, Avril (Les Anémones), 1891, Collection particulières
(Tous droits réservés © Paris, ADAGP, 2012)

19/04/2019




Bleu Terre


Bleu Terre
Bleu Terre
Bleu Terre

Du haut de l’immensité
Le bleu
L’eau qui danse parmi l’or des étoiles

Bleu de la Terre
Lever d’un rêve
Sur un sol de poussière
La lune

Bleu Terre
Bleu mère
Bleu confiance
Bleu tendresse
Bleu fragile
Bleu d’enfance

Bleu souillé des plastics du profit
Les industriels n’aiment que l’or

Bleu contusion
L’eau bleue
Blessée

Bleu beauté
Désenchanté d’humanité
Bleus des coups sur le corps de l’amour

Bleu Terre
Bleu Terre
Bleu Terre

Du haut de l’immensité
le bleu
l’eau qui danse parmi l’or des étoiles.

©Adamante Donsimoni


Et pour ne pas quitter l'espace :

Jupiter sounds (so strange!) 

NASA-Voyager recording



Fermez les yeux, accueillez, écoutez bien, 
on retrouve plein de sons connus.
C'est troublant.


11/04/2019

Le Hollandais volant

Louis M. Eilshemius, Le Hollandais Volant, 1908, huile sur bois, 58 x 63 cm, Whitney Museum of American Art, New York (source Sciencetips)




Le Hollandais volant


Il se dessine dans les nuages, le diable, chemise gonflée de voiles grinçantes. Un cheval de l’enfer, surgi des eaux déchaînées, hennit dans sa tessiture de tempête.

Les marins se signent
pour conjurer le sort
Le capitaine aboie

Les vagues se tordent, fracassent leurs doigts d’eau sur la coque du navire en détresse. Il flotte dans l’air la terreur des abîmes et un parfum de gnôle.

Soudain le Hollandais
surgit comme un damné
mauvais augure

Les tripes se nouent, le cœur s’accélère. La mort, comme une putain, s’exhibe. Elle rôde sur le pont parmi les hommes d’équipage.

Parfum de peur
il faut vaincre ou mourir
le tout pour le tout



15/03/2019

La quête du bonheur




Acrylique sur papier froissé - Adamante Donsimoni -




Dans la nuit étoilée
Au-dessus du sol battu de soleil
Les enfants se pressent
Ils quémandent la tendresse
D’un père spirituel
Un père blanc venu évangéliser les peuples d’Afrique
Représentant consacré du père éternel
Sous la protection duquel ils sont promis.

La nuit est déjà là
Un astre dans le ciel éclaire leur rêve de ce paradis
Où les premiers seront les derniers
Où s’égailleront aussi les petits-enfants pauvres
Les petits-enfants noirs
Un paradis plus lumineux que cette étoile
La croix
Accrochée au fait de la petite chapelle
Un paradis lointain pourtant
Bien trop teinté du blanc de l’inégalité
Mais comment pourraient-ils le savoir ?
Ils ont tant soif de spiritualité
Ils ont tant soif de cet amour promis
Ils ont tant à donner en retour

Cette croix qui domine toujours tout
Ils ne le comprennent pas encore
Mais ils la porteront
De prière en prière
De génuflexion en génuflexion
De pénitence en pénitence
Jusqu’à leur dernier souffle
Acceptant jusqu’à l’inacceptable
Pour le mériter ce paradis.

L’enfant de la misère
Quel que soit son pays
Quelle que soit sa couleur
Est un pénitent qui rêve de bonheur
Jusqu’à cette prise de conscience
Cet éveil
Où il parvient à s’affranchir de la croyance.

Adamante Donsimoni ©sacem

08/03/2019



Journée de la femme, journée de la meurtrisse planétaire.

Aujourd'hui je suis avec l'AFAM ONG.
Nous recevons des enfants Yézidis qui sont venus à Paris pour nous présenter un spectacle. Il y aura des témoignages poignants, des films, expo photos, littérature. voici un poème que j'ai écrit que je lirai dans la soirée.
Je le dédie à toutes les femmes meurtries de la planète.




Comme elle est longue la liste
des souffrances planétaires
comme il est pénible le chemin de l’exil
comme il est terrible le souvenir des morts
comme elle est épouvantable l’offense

Atterrée, je regarde le monde
partout le sang
partout la honte
partout le déshonneur
partout l’exploitation, la domination, le mépris
Dans cet orchestre hurlant à la gloire du plus fort
la tonitruance des cuivres bâillonne le glissando de la harpe
l’homme conquérant, expert en tortures, parade
l’autre, différent, le dérange
le vacarme des armes extermine ses chants
Dans ce concert assourdissant de cris et de douleurs
en Terre
le combat
ce yang explosif
ce feu prit de folie
se dit plus fort que l’eau
Quelle présomption 
Quelle ignorance 
tout vient de l’eau et y retourne
l’eau, la mère primordiale
l’eau, l’insondable mystère sans qui rien ne vit

Il n’est aucune victoire à ces combats
qu’ils soient territoriaux, économiques ou religieux
l’issue n’est toujours que désolation

La peur fait se dresser les glaives
comme plumes et poils depuis la nuit des temps
La folie meurtrière en est l’expression viscérale
peur de l’ombre, de la nuit, de la mort
peur de la femme
peur de sa propre dualité, de sa propre désunion
il s’en suit  la rupture, la pauvreté, le déséquilibre…
Que de défaites

L’équilibre 
précieux parce que fragile
tient au respect
à l’ouverture du cœur
l’inconnu nous révèle un peu de nous même
car l’autre, tous les autres
jusqu’au plus effroyable assassin
est une partie de nous dans le grand bain de la manifestation  

Dans ce grand univers vibratoire
nous sommes tous liés par une attache indestructible   
À cette idée, tout en moi s’insurge
jusqu’à ce que, empêtrée de faiblesse
je sente monter cette force inconnue de l’accueil
cette force invincible qui me dilate et m’extrait de la réaction
cette force de résurrection qui n’est autre que l’amour

Yézidis
Trois syllabes
la déchirure d’un ciel de paix

Yézidis
la volonté de vivre selon ses racines
comme une plante accrochée au granit
se bat pour fleurir

La force de la terre des ancêtres
s’exprime en trois syllabes
Yézidis
Trois syllabes, trois perles d’espoir.


Adamante Donsimoni
7 mars 2019



Je rajoute ici, ce 9 mars 2019, une video poignante qui m'a été offerte en commentaire. Merci à une "vieille marmotte", Françoise, dont les visites me sont précieuses. 
C'est vrai, j'ai peu de visites, je ne suis pas au top des blogs car je n'ai pas le temps de voyager trop sur le web, mais la qualité de mes visiteurs, je devrais plutôt dire visiteuses,  vaut largement la quantité. 





21/02/2019

« Navrance » et vanité


Un âne sans bonnet, il est sur la tête du peintre. Vanité de la possession masculine dans un milieu où, sur les murs des beaux-arts, je me souviens, fleurissaient des formules poilues :

« zob + zob = zob »

« Navrance » d’un milieu dopé à la testostérone pour qui la femme est à immortaliser nue sur une toile et à baiser le soir entre  chansons paillardes et vinasse. Qu’importe l’incongruité du lieu où on la représente, on peut la voir en tenue d’Ève incarnant la tentation, assise sur une pelouse entourée d’hommes portant costume et haut de forme.
Vanité !

Le monde de ces hommes a réduit la femme à se soumettre, celle qui tente de s’en libérer devient une Camille sublime happée par la folie.

Entre sublime et déchirure, la stupidité des codes. En photographie par exemple, le vintage vaut de l’or, la découverte post-mortem d’une œuvre ne vaut que pour le regard.
Vanité !

Que voit cette femme observant ce mari ridicule brossant un âne sur son pubis ?
Penchée vers lui elle semble étonnée. Apparaissant telle une observatrice extérieure, son expression pourrait laisser à penser qu’elle est en passe d’éclater de rire.
« Pauvre fou ! »  la pensée traverse la toile.

Et comment le voit-elle cet amant, bâtant l’âne pour le réduire à une monture ?
Le tableau ne le dit pas. Soyons libres d’imaginer. Mais est-ce bien nécessaire ?
           
Dans la vie et dans l’art, de Shéhérazade à ces ânes, le piège de l’espèce se referme sur l’errance bipède où, malgré l’évolution, quelque part encore, une formule lézarde les murs :

« zob+zob = zob »


Adamante Donsimoni (sacem©)


Une œuvre de Pierre Subleyras, d'après le Bât, conte de Jean de la Fontaine


15/02/2019

L’eau et le bois mort

De l’eau, le soleil, comme de la mère et père tout à la fois, l’enfant.
Du milieu aquatique, le bleu reflet de ciel, le vert. L’air nourricier indispensable aux racines joue d’échanges gazeux à la surface du magma.

Une fougère
quelques algues alanguies
et le bois mort

Il flotte dans le courant
un grand désir d’ascendre


Le monde balbutie, expérimente formes et mouvements, couleurs et parfums. Déjà il est en partance pour sa fin. L’or du printemps est éphémère.


Vivre c’est s’user
aux frottements incessants
du temps qui passe


Le rouge n’a qu’un temps, il brûle puis doit laisser place. La cendre succède au feu, c’est la loi.


Tenir n’est pas vivre
vivre n’est pas soumettre
vivre c’est être


Vivre, c’est comprendre la nécessité de composer à chaque instant avec le chemin, de s’arrimer, racine bien en Terre, afin d’accueillir le ciel. Demeurer tout à la fois souple et droit, c’est cela la maîtrise.


L’homme déterré
déboussolé, titube
au final, noyé.


Adamante Donsimoni ©sacem
sur une toile de MarHack




MarHak


07/02/2019

Dans l’absence de tout




Vivre, s’incliner devant le moindre brin d’herbe jusqu’à le devenir et laisser s’effacer toute idée de séparation.

Le regard se voile
quand le cœur s’illumine
-un chant d’oiseau

Qui a pris le relais dans ce retirement où flottent des idées ? Elles passent, libres, sans importance. Cohorte insignifiante sur qui rien ne s’agrège.

Un cœur qui bat
un souffle qui va et vient
-les couleurs du vent

L’avant, l’instant, se confondent. Tout ce qui fut est là, palpitant au cœur d’un soi  affranchi des frontières.

Le temps effacé
je vis mon éternité
-quelques gouttes de pluie

tout est là qui me parle
dans l’absence de tout.









31/01/2019

Dessine-moi une rose


L’indéfini fait de nouveau se mêler le haut et le bas
Ciel et terre, embrassés, jouent de l’illusion
L’avion de Saint Ex. s’abîme au fond des eaux
Ainsi naissent les légendes
Le petit prince déboussolé s’incline vers un phoque :
- « Dis, dessine-moi une rose ! »
Le renard dépité, glougloutant, s’agrippe à un mur
Vestige d’une ville tentaculaire engloutie
Ne pas sombrer surtout, tenter de regagner la surface
Ne pas finir noyé d’eau et de chagrin
Comme cette pauvre Mélusine
Maudite une seconde fois
Vaincue par la pression des eaux primordiales
Trahie par les sources, les rivières…
Sous le regard compatissant de Nout
Déesse du ciel apparue là sous sa forme de vache sacrée
Elle glisse doucement vers le fond de la mer
Comme on s’abandonne aux bras de l’amour
Retour à la maison
Atlantes, Atlantide, Atlantis…
Flot hypnotique des mots qui tournent dans sa tête jusqu’à l’extinction
Le silence

Demain
Comme chaque matin
Le soleil, enfanté par Nout, renaîtra en fin de sa course nocturne
Râ, la bouche, porteur de la puissance deviendra Rê, le feu du verbe
Vainqueur momentané d’Apophis, le serpent d’eau
Un, enfin réunifié
Le monde resplendira de sa lumière

Demain
Comme chaque soir
Nout avalera Rê
Râ reprendra son combat contre les ténèbres

Demain
Tout sera oublié
Tout sera à recommencer

Un jour efface l’autre
Course immuable de la roue des transformations
Sans cesse, le phénix meurt et renaît de ses cendres
Et tout est vanité qui ne se situe pas au centre
Où seule l’immobilité vibratoire est pérenne.


Adamante Donsimoni (©sacem)

sur un dessin de Jamadrou