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23/05/2021

 





 

Torpeur d’un soir d’été


     Le silence de la terrasse, où je goûte un semblant de fraîcheur, griffe les tentures de la nuit que tissent les chants des grillons. Dans la touffeur du soir, le souffle de leurs élytres fait à peine vaciller la flamme des photophores. 

     J’aimerais entendre le son des carillons chinois, pour galvaniser un peu l’atmosphère, mais le vent est trop doux ce soir, il ne craint pas les mauvais esprits, comme tous, assoupis de torpeur. Tout est si calme…

   Mes pensées s’alanguissent, bercées par la danse des ombres qui s’enrubannent sur le mur de la maison. La chaleur fait s’appesantir les corps-Terre écrasés de Ciel. 

     Nul n’échappe à l’abandon et au poids. Troublante saveur d’été, ne plus bouger, regarder sans voir… Dériver.

    L’esprit est parti si loin à chevaucher les anguilles des ombres qui glissent sur le macramé de lumière en soleil couchant, toile arachnéenne où se piègent les papillons fous du mental.


Adamante Donsimoni 

23 mai 2021- ©SACEM




L'Herbier de poésie






 


29/03/2021

Fenêtre sur

 




Fenêtre sur un hypothétique possible

au pays de la liberté




Les masques sont de sortie

La nudité sautille

sans voile et sans remords


Oyez ! Oyez ! 

La grande pantomime

en sourires débridés

s'ébat ce soir dans la clairière


Venez applaudir

la femme zébulon

la femme tronc

la reine Guenièvre

le bébé charmeur

le lièvre et la tortue

le clown à trois têtes

les sœurs siamoises

le fantôme de l'Opéra

Le grand matou équilibriste

la créature d'Allien

rouge  flammes 

sang de braises

le feu

et


ceux qui se cachent encore

dans le grand chaudron magique de la création



Adamante Donsimoni ©sacem


L'Herbier de poésies


15/03/2021

Marcher dans la joie de vivre

 


 

  La joie de Vivre" de Henri Matisse

   Huile sur toile 174 X 238 cm 

   exposée à la fondation Barnes, près de Philadelphie.  


Marcher dans la joie de vivre, comme au premier jour. Goûter la vie, à même la peau, nue ; respirer par le souffle du vent


bonheur d’une ronde
comme des enfants heureux
rien qu’une utopie ?


Je marche dans une toile, emportée par la magie de formes et de couleurs délivrées du mensonge. Je respire la liberté, le regard ébloui. J’entends le message de la vibration primordiale tracée à la brosse sur une toile de maître


tout est simple et vrai

il n’y a que la beauté

qui s’exprime ici


Dogmes et religions ont confisqué la vraie nature des corps, ont confisqué l’idée même du bonheur originel, celui de la pureté enfantine, sans masque ni mensonge


pour le Paradis

on nous dit que c’est après,

qu’il nous faut souffrir


mais le Paradis en nous

vit au plus profond du cœur


Quelle miracle, un tableau qui offre de contempler la beauté et la vérité de corps parfumés d’ailleurs, que rien ne peut avilir. Ici le Paradis c’est maintenant, dans la joie de l’âme créatrice, enfin libre de danser nue, et sans reproche. 


chemin de l’amour

-mensonge que la laideur-

la vie est merveille


le temple sacré de l’âme

se situe au cœur du corps.



Adamante Donsimoni - 14 mars 2021

sur « la joie de vivre » de Henri Matisse



L'HERBIER DE POÉSIE  

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06/03/2021

Mongkol, le mélomane

 




Mongkol, le mélomane


Il progresse lentement, le vieil éléphant. Les sages ne sont pas pressés. Il s’avance vers ce rendez-vous insolite où un piano, en pleine nature, l’attend.


quelques cris d’oiseaux

le chant de la rivière Kwaï

tout n’est que musique


Le pianiste à son tour s’avance. Il assure sa partition contre le vent. Il est si aisé pour un papier musique de s’envoler à tire notes pour jouer les petits bateaux dans la rivière


quelques gestes lents

c’est le temps qui prend son temps

déjà un point d’orgue


Le vieux sage, tout près de l’homme, reste immobile. Il se prépare à goûter l’instant rare et précieux qui s’offrira à lui dès le premier accord. Il le sait, le silence intérieur qui apaise les corps est rituel de purification, indispensable avant le concert.


quel instant précieux

que celui d’une promesse-

le cœur s’ouvre en grand


Tout est prêt. L’homme vient de s’asseoir. Il attaque les première mesures saluées par quelques battements d’oreilles de l’immense mélomane. Le cœur exprime ainsi son trop plein


un balancement

la musique envahit le grand corps-

la tendresse


L’immense pachyderme, repose avec délicatesse le bout de sa trompe sur la berge. Est-ce pour mieux goûter ces vibrations d’amour que lui offre l’homme en train de jouer ? Comme c’est bon l’amour après une vie d’esclavage, après tant de contraintes, tant de souffrances et de blessures. 

Âme blessée, corps violenté ce vieux bûcheron a tant de douceur à offrir…


la musique apaise

c’est là sa grande magie-

le don de l’espoir.


Adamante Donsimoni ©sacem


Ce qu'en dit Paul Barton, le pianiste. 

 "Mongkol est un ancien éléphant bûcheron de 61 ans. Il a passé sa vie en captivité à transporter des arbres dans la forêt thaïlandaise. Son corps est déformé par le dur labeur, il a perdu son œil droit et ses défenses au cours de cette pratique forestière brutale.

Mongkol a été secouru et amené à Elephants World pour passer paisiblement le reste de ses jours, libre au bord de la rivière Kwai. 

J’ai découvert que Mongkol est un éléphant extrêmement doux et sensible qui aime la musique, surtout ce mouvement lent de Beethoven que je lui joue occasionnellement de jour comme de nuit. "   

https://www.facebook.com/PaulBartonPiano 

https://www.youtube.com/watch?v=_4AcjvsVn5k&ab_channel=PaulBarton 


L'installation du piano et le jeu, toujours avec Mongkol : 

https://www.facebook.com/PaulBartonPiano/videos/681924909144558 


et l'autre facette de l'Artiste 


 

 

08/02/2021

Quelques pas furtifs dans les hautes herbes

 




   Quelques pas furtifs dans les hautes herbes. Tous mes sens aux aguets, je voyage sur une musique couleur terre. Je perçois les effluves de liberté de ce monde sauvage qui s’offre à moi. L’attrait de l’inconnu me pousse à vaincre mes craintes, je décide de continuer dans cet imbroglio où les chemins se perdent afin sans doute de mieux me retrouver… Acte ultime peut-être, je plonge dans ma racine primaire


que se cache-t-il

dans cette sombre forêt ?

qui peuple la nuit ?


un sommeil, enfui trop loin

quelques soupirs de rosée



 J’avance à la découverte dans ce tableau surgi du monde intérieur qu’un autre a offert à la contemplation. Je ne risque rien d’autre que ma vie à me fondre dans cette profusion de formes aussi étranges que mon aventure. Se perdre à sa dimension personnelle c’est se retrouver dans la palpitation universelle qui sans cesse nous appelle. J’arrive !

 


un feulement doux 

deux grands yeux phosphorescents 

le cœur qui s’emballe


ne pas céder à la peur-

              j’arrive, oui j’arrive.



Adamante Donsimoni ©sacem



L'herbier de Poésies 

03/02/2021

Romano, les lettres à Grand-père

 








 Ce n'est hélas pas une grande surprise. Depuis l'an dernier, toutes les lectures prévues ont été reportées. 
Nous ne prévoyons plus de dates, nous attendons. 
J'espère surtout que ces lieux, essentiels à notre vie culturelle, ne connaîtront pas de difficultés irrémédiables car nous en avons un besoin vital.

 

Toutes mes pensées vont à Philippe Brizon pour l'Agora, à Dominique Casays  pour les Temps du Corps, à Christian Cazaubon pour le Café Vert... Si je suis triste de ne pouvoir tenir ces lectures, je le suis plus encore pour eux qui ont dû cesser toute leurs activités vis-à-vis du public.  

 



Ce qu'est Romano ? 

En attendant que vous-même puissiez le découvrir, je laisse à un lecteur et ami, Serge de la Torre, le soin de vous en parler :

 


 

Voici un titre ! 

Une énigme, plus qu’une porte d’entrée vraiment transparente !

Et bien malin, qui de là, peut déduire ne serait-ce que l’essentiel du contenu. 

Ce livre se savoure, il se ressent autant qu’il se lit. 

« Romano » d’abord ! 

Une pirouette qui vaut la peine de la curiosité et le détour de la lecture. 

Il ancre (encre) semble-t-il un destin dans une anecdote, une dette enfantine… 

Les Lettres, ensuite… 

Certes, il est bien question tout au long du livre de missives, mais reste la question pour le lecteur de bien comprendre où s’origine ces écrits et à « qui » ils s’adressent. 

On n’est pas, avec ce recueil, forcément loin de l’œuvre diaristique, ou de l’échange épistolaire (surtout dans un sens, quoique …) mais on en déborde largement le fond : ici la quête est personnelle, et touche autant à l’expression poétique, qu’au partage d’une expérience intérieure essentielle.

La poésie retrouve, là, son essence première, celle que lui donnait les Grecs, pour qui elle se confondait avec un pouvoir « divin » et avec les origines de l’Univers.

« Romano » est de plus structuré dans sa forme, autant que dans son contenu. 

Ponctué de tankas, après chaque adressage en prose,  ceux-ci font apparaitre la quintessence de chacune des lettres. 

Elles sont, d’ailleurs relevées de quelques photos frappantes qui donnent à l’œil le temps de l’esthétique, le temps de se projeter et respirer.  

Faut-il dévoilé (si tant est que c’est possible) « qui » est ce Grand-père que le livre dévoile lentement, page après page et jusqu’à la dernière, tout en les précédant chacune ? 

Sans doute vaut-il mieux ne pas le faire.   

« Dé-finir », ne devrait-il pas étymologiquement conduire hors des limites, plutôt qu’à cerner la réponse impossible de mots supplémentaires.  

Elle n’en mérite pas moins que le lecteur se laisse gagner par cette question et qu’il plonge à la suite de l’auteure en quête de ce « Grand-père » qui nous concerne chacun, afin de nous ouvrir à des vécus possibles et fort sincèrement partagés dans les divers textes. 

Il y a dans ce livre, des passages d’une bien  fine sensibilité, d’une humanité profonde et d’une sagesse vécue sans, pourtant, aucune prétention à rien conduire, ou rien indiquer à quiconque. 

Une quête décrite, oui, un vrai chemin d’expériences (reçues et/ou ressenties) en termes de qualités et d’images, à diverses grandes heures d’une vie qui se vit comme simple, actuelle et engagée : un cri de révolte parfois nourri de la confrontation à l’absurde ou à l’injuste. 

Un livre où la poésie se conjugue en vers comme en prose, où la musique et la polysémie des mots sont portées par un cœur ouvert, en dialogue avec la Vie qui l’anime et l’entoure.  

Serge de la Torre




Vous pouvez commander le livre auprès de moi  
-dédicacé-
via le formulaire de contact
ou encore sur les sites habituels (FNAC, Amazon...)

 


 





L’oiseau messager

 

C'est lui, juillet 2019, devant la maison à 2 pas de moi. Un très jeune rouge-gorge.
Merci l'oiseau.


Je n'avais pas encore témoigné publiquement de certaines expériences, il est un moment pour le faire, c'est maintenant.

 

   Aujourd’hui j’ai envie de vous raconter une histoire que j’ai réellement vécue, une anecdote diraient certains, celle de l’oiseau messager, un jeune rouge-gorge pour être précise.

   Un matin d’été, j’étais assise sur les marches, devant la maison, je n’avais pas le moral. Soudain il est apparu, il s’est approché de moi, si près que j’aurais pu le toucher. Il me regardait de son petit œil vif, si confiant que j’en oubliais mon tracas du jour, une affaire qui me faisait soucis, et qui depuis s’est réglée sans heurt. Il semblait me dire : « Aie confiance, je suis là ». Alors mon esprit troublé s’apaisa, mon cœur s’ouvrit.

   Adieu tourment, je lui ai souri, je lui ai parlé, je l’ai remercié de me rendre ma joie. Lorsqu’il s’est envolé, il m’a abandonné une plume. Je l’ai ramassée, et le jour-même, je l’ai incluse dans un petit tableau qui est resté à la campagne, sur une étagère du séjour. 

   Durant trois jours je l’ai vu dans le jardin. Il m’accompagnait quand je sortais, il n’était jamais très loin, il m’observait. 

   Le lendemain, dans l’après-midi alors que je prenais le frais, assise sur le banc, sous les forsythias, il est même venu piquer un ver de terre entre mes pieds. Ce jeune rouge-gorge téméraire m’était vraiment très sympathique. Je l’imaginais déjà installé à demeure dans ce petit territoire de campagne qui me tient à cœur. 

   Le troisième jour, au matin, comme à mon habitude j’étais assise en bout de la table devant mon café, juste en face de la porte d’entrée grande ouverte, il est venu. Je pouvais voir jusqu’au fond de mon petit domaine au travers de la seconde porte grillagée de vert dissuadant nos chats de sortir et les autres de rentrer. 

   Il a battu des ailes quelques instants à la manière d’un Colibri devant cette grille qui nous séparait. Il me fixait tout en voletant sur place, comme s’il voulait me dire quelque chose. Quel étonnement de voir ce si petit oiseau se comporter ainsi, j’en étais bouleversée. Je le sais à présent, il était venu me faire ses adieux.  Ce fut la dernière fois que je le vis. 

   Très souvent je pense à lui, je me demande ce qu’il est devenu. 

 Lorsque je me remémore cette histoire, je me dis qu’il m’a transmis un message essentiel que je pourrais traduire par : « Aie confiance, tu n’es jamais seule ». 

 C’est vrai, lorsque nous prenons conscience de la dimension profonde du cœur, nous ne sommes jamais seuls.


Adamante Donsimoni ©sacem





Acrylique sur papier froissé et la plume du jeune rouge-gorge

31/01/2021

Regardez, il danse !

 

Photo Adamante - près de Chantemille -Creuse-




Je l’ai croisé un jour d’été. Elfe ou Farfadet ? Il m’est apparu au travers du feuillage l’arbre en forme d’arc-en-ciel. En le voyant ainsi incliné, je me suis dit : il danse


que salue-t-il donc

l’esprit discret du feuillage

le printemps qui vient ?


Tout s’efface et s’enfuit, les vieux arbres ne sont pas éternels. Les ans ont marqué son écorce comme les rides le visage


que raconte-t-il

l’esprit qui vit dans l’arbre ?

le rien, sans mot


Si le vent porte longtemps la voix des enchanteurs, un pincement discret, cicatrice d’un passé heureux si vite disparu, serre le cœur quand on les écoute. Nous avons tant de points communs


l’esprit de l’arbre

chante sa chanson muette

au vent qui passe


il s’incline doucement

la terre et le ciel scintillent.

  

Adamante Donsimoni © Sacem


24/01/2021

Tableau champêtre

 

Photo Nathalie Guillon-Manaud© -scène d'hiver en creuse-





Quand l’herbe se raréfie, que le givre craque sous les sabots, le foin s’invite au pré. L’image est idyllique.


quelques bêlements-

succulence d’herbe sèche

la joie du troupeau


Les arbres se floutent. Cette petite coquetterie masque l’absence des feuilles. Quelle joie que de marcher dans cette campagne tissée d’éternité. 


Jean-François Millet

aurait aimé la Creuse,

la douceur du lieu


Les brebis sereines regroupées autour de la mangeoire, quel tableau ! Tandis que les unes, l’œil mi-clos de plaisir, mastiquent ce foin à la fois nourriture et litière, d’autres repues s’y reposent. Quelques curieuses fixent l’objectif venu dérober leur image


épaisse toison

manteau gainé de suint

défaite du froid.


Adamante Donsimoni ©sacem

21 janvier 2021


L'Herbier de Poésies Page 169

19/01/2021

Solitude

 


Première neige - Adamante Donsimoni





Craque la neige…

À chaque pas

Le souvenir

Un rire

Une parole

Quelques mots

D’enfance

 

Un oiseau chante :

« Souviens-toi ! »

  

Oui

Je me souviens

Bien plus encore, l’oiseau

Je vis l’absence en compagnie

Il est là

Frissons de joie glacée

N’est-ce pas son pas 

Qui fait écho au mien ?

C’est lui

Chantent les arbres rutilants

Reflets argents

Sous le ciel gris


Accroche cœur de lumière

Sur mon cœur orphelin

Sur l’horizon 

Il est inscrit


Bientôt nous serons réunis

Déjà ensemble

Sur ce chemin d’hiver

Tant de fois parcouru.


©Adamante Donsimoni (sacem)

13 janvier 2021




"la tendresse" huile/toile 46x38 - 2010 Adamante