Translate - traduire

18/10/2026

Une patience de rouille

Photo de Adamante d'une plage de Belle Ile en Mer, représentant les restes d'une épave face à la mer, sur une plage déserte.
Phopto Adamante Donsimoni

 


Une patience de rouille



    Sur l'île de Pâques, ce sont les Moai, ses gardiens qui, côte à côte, dressés en haut de la falaise, face à la mer, surveillent l’horizon de leurs yeux éteints. Il semble qu’à l’époque de leur création, ces yeux-là étaient fait de corail blanc avec un iris rouge ou noir, ils exprimaient l’âme et le pouvoir des ancêtres. Comme ce devait être impressionnant pour les marins apercevant la côte, de jour comme de nuit.

    Ici*, au bord de cette plage désertée par le soleil, ce sont de curieux félins qui contemplent la ligne d’horizon. Elle s’étire entre le bleu du ciel et le gris-vert de l’eau.

    À la contemplation des grands espaces tant espérés que l’on doute pourtant pouvoir jamais atteindre, elle suscite en nous un sentiment particulier de solitude teintée de nostalgie.

    Les vagues abandonnent leurs histoires de naufrages, d’abysses et d’infini aux rouleaux têtus s’évertuant à vouloir grignoter toujours plus le sable de la plage.

    Cette monotonie plonge l’observateur dans un état second, hypnotique, où il s’oublie. Quand ainsi le rythme se ralentit, que l’esprit n’a plus aucun repère, ni de début ni de fin, il s’anéantit dans cette sorte d’hébétement que peut provoquer un mouvement perpétuel.

    L’éternité... Cette muraille percée de trous, que l’air salé d’embruns a transformé en rouille, que pourrait-elle en dire ?

    Ce drôle de mur de ferraille, sculpté avec talent par les éléments et le temps, provoque la notion de durée. L’éternité est un concept d’humain limité par la conscience de sa brièveté, une dimension impalpable qu’il ne peut concevoir que par le rêve, et s’y perdre.

    Ce vestige, peut-être d’une coque de navire échoué sur la plage, me fait penser à un paravent de dentelle. Un ouvrage soucieux de ne point trop occulter la vue afin de bien marquer l’idée de cet inaccessible infini que tout ici honore.


Jeu de la durée
une patience de rouille-
chuchotis de vent


* Belle Île en Mer 

Adamante Donsimoni - 9 octobre 2026

 

⃤


👀 Et si cela vous intéresse, voici quelques explications au sujet des Moai cités dans ce texte, où l'esprit voyage de l'Atlantique au Pacifique, d'une coque rouillée à des orbites aujourd'hui vides, une contemplation très intérieure des grands espaces. 

L'Ile de Pâques et ses Moai.

Une île autour de laquelle les vagues se déchirent sur des rochers bien peu amènes qui devaient être crains par les navires. Une île que que j'ai eu la chance de visiter et que l'on connait surtout par ses Moai, ces statues impressionnantes qui dominent la mer. 

Plusieurs chercheurs ont produit des illustrations des Moai -avec leurs yeux- (Ce détail est important car les Moai n'ont plus ces yeux, ils ont été perdus). Si ces Moai sont  impressionnants par leur taille ils devaient l'être encore plus avec leurs yeux. 

Je vous mets quelques liens, si vous souhaitez en savoir un peu plus sur eux. AD


👀

Les yeux des moai rituel et signification

(Voici le résultat de ma demande via l'IA du navigateur Brave, avec les sources citées et les liens)

"L'installation des yeux constituait le moment rituel le plus sacré, marquant le passage de la statue d'une simple sculpture à un être vivant, appelé ariŋa ora (visage vivant). Cette cérémonie activait le mana, la force spirituelle protectrice censée veiller sur la tribu et lui porter bonheur.

Les yeux étaient composés d'un globe en corail blanc et d'un iris en obsidienne noire ou en tuf volcanique rouge. Ils n'étaient placés dans les orbites qu'une fois la statue érigée sur son ahu, car leur absence pendant le transport indiquait que la statue était encore "endormie" et dépourvue de pouvoir.

La cérémonie de la pose des yeux était conduite par les ariki (grands chefs nobles) et les prêtres (officiants du culte) du clan, seuls détenteurs du mana nécessaire pour activer spirituellement la statue. Il ne s'agissait pas d'un acte individuel mais d'un rituel collectif du clan : selon les témoignages, les hommes formaient une échelle humaine pour atteindre les orbites du moai et y insérer les yeux de corail.

Dans la société pré-européenne, chaque clan (iwi) possédait ses ariki et ses officiants religieux qui géraient les cérémonies sur les ahu. La pose des yeux tombait donc sous leur autorité exclusive, car c'est le moment où le mana de l'ancêtre était censé se déverser sur la communauté — un acte trop puissant pour être laissé à n'importe qui.

À noter : en 2012, lors de l'arrivée de deux embarcations polynésiennes traditionnelles, un groupe d'habitants a de nouveau utilisé des yeux de corail sur un moai de l'Ahu Nau Nau à Anakena pour que les ancêtres « assistent » à l'événement, perpétuant ainsi le rituel."

 

*   Symbolique : Les yeux représentaient l'âme de l'ancêtre personnifié dans le monolithe.

*   Fonction : Ils permettaient à l'ancêtre de regarder vers l'intérieur de l'île (vers les vivants) et le ciel, exerçant son pouvoir protecteur.

*   Destruction : Briser les yeux lors des conflits tribaux visait à désactiver le mana de l'adversaire, privant ainsi ses ancêtres de leur protection.

Aujourd'hui, il ne subsiste qu'un seul moai (sur l'ahu Ko Te Riku) ayant conservé ses yeux d'origine ou restaurés de manière symbolique.

ci-dessous une reconstitution d'un moai (suivre le lien)

Moai de l'île de Pâques représenté avec ses yeux colorés source https://moevarua.com/en/the-eye-of-the-moai/

https://moevarua.com/en/the-eye-of-the-moai-2/



Une autre de nuit

Moai de nuit face à la mer. Ile de Pâques.




D'autres liens 


https://www.eisp.org/5448/#more-5448


https://moevarua.com/en/the-eye-of-the-moai/


https://evols.library.manoa.hawaii.edu/server/api/core/bitstreams/ce0d39ad-aa91-4b6c-9f2d-aceaf3c27910/content


https://www.eisp.org




28/09/2026

L’ombre sorcière


Ombre d'un chandelier sur un mur qui ressemble à une sorcière

 

L’ombre sorcière


    Le monde est rempli de mystères. Je rêvassais sans aucune idée particulière, le genre qui sautille d’une pensée sans intérêt à une autre tout aussi futile, un son qui vous capte un quart de seconde, l’éclat d’une demi lune qui vous fait un clin d’œil au travers d’un carreau à nettoyer, le ronronnement d’un moteur, vite passé, déjà oublié… Bref, une flottille de petits riens peu captivants, une foultitude primesautière et débridée qui ponctue le train-train de la vie courante sans laisser grande trace.

    Et puis… Et puis, soudain, sur le mur blanc que la nuit n’avait pas commencé à digérer, je l’ai vue apparaître, s’accrocher à ses aspérités. Oh, ce n’était qu’une ombre, un petit fait qui s’exprimait au hasard d’un reflet lumineux dont la source m’était inconnue et indifférente. Cette apparition n’était sans doute que transitoire. Transitoire mais pas sans intérêt, d’où mon attention à décrypter rapidement le phénomène.

    Cette ombre-là, faisait partie de celles qui captivent le regard et effacent tous les indices que le Petit Poucet de la vie sème sur notre chemin pour nous dissiper l’esprit.

    Je portais donc toute mon attention et mon intérêt à ce personnage, tout droit issu du monde occulte, qui tremblotait devant moi, affairé à tricoter quelqu’inquiétant sort.

    Sa tête était affublée d’un haut de forme, un chapeau vraiment très haut de forme, ressemblant à une bougie sans flamme et aussi grande que le personnage lui-même. Au risque de paraître triviale, je peux dire qu’il était coiffé ! Les lèvres légèrement en avant il semblait siffloter tout en s’affairant, non sans désinvolture, au maillage de son sortilège.

    À sa robe volumineuse terminée par une traîne, je subodorais que ce devait être une sorcière. Un sorcier peut-être ou encore un chaman en villégiature sur le mur de ma maison de campagne. Au domaine vestimentaire quelque peu excentrique des jeteurs de sorts on ne peut savoir avec certitude à quel genre nous sommes confrontés. Cela n’a d’ailleurs aucune importance, ces gens ne sont déjà plus vraiment de notre espèce et je n’envisageais aucunement de l’inviter à ma table pour partager, vue l’heure, ne serait-ce qu’une tisane.

    Je l’observais. Je cédais à ma curiosité sans l’ombre d’un remord et, je l’avoue, avec un certain intérêt. Cela ne semblait pas le déranger, il traficotait de ses mains son ouvrage funeste sans prêter attention à quoi que ce soit d’autre. J’étais admirative.

    Tissait-il une vie qu’il interromprait soudain en sectionnant un fil, à la manière des Parques ?

    À peine avais-je envisagé cette possibilité que la Lune, libérée par un nuage qui en occultait jusque là la lumière, chassa le personnage, emportant avec Elle tout son mystère.

    Ainsi mit-elle fin à mes élucubrations.

murmures de mur
quelques brins d’ésotérisme-
le rire du hibou 

Donsimoni Adamante

L'ombre sorcière 
-112037052867


 

Vous aimez ce texte ? Abonnez-vous et je vous invite à lire celui-ci Mon cœur batttait chat

Si vous aimez la poésie visitez le groupe que je pilote  L'HERBIER DE POÉSIES

 

13/07/2026

La terre a rompu le silence

 Donsimoni Adamante-La terre a rompu le silence-ISWC T-341.766.383-9


MarHack


La terre a rompu le silence


Elle a rompu le silence
battu en brèche les certitudes
bouleversé l’insouciance
rappelé l’heure de la sève
aux assècheurs de rêves

aux myopes de la spiritualité

aux avides, aux tyrans, aux immobiles
à tous ceux qui se pensent justes

et qui ne le sont pas.

Elle a tonitrué son chaos
avec ses eaux

avec ses vagues déchaînées
avec son ciel de nuages
avec son souffle dévastateur
avec le feu de ses profondeurs

alors...

Avec son impartialité

avec ses soubresauts

ses gémissements
ses cris

ses douleurs

elle a cinglé sans aménité
la poignée humaine qui désacralise
et la multitude qui la laisse faire


Elle lance enfin ses derniers assauts
pour tenter de sauver ce qui reste
de l’espérance
de la vie
de la tendresse
et de
l’amour.

La Terre.


Donsimoni Adamante - 26 juin 2026 - ISWC T-341.766.383-9
Voir ici le précédent texte écrit en février 2019 sur la même toile.





10/07/2026

Moncœur battait chat

 Donsimoni Adamante - Mon cœur battait chat - ISWC  T-325.741.164.2



dessin personnel de chats noirs et immeuble
Récréanote Adamante


Mon cœur battait chat



Il faisait nuit, ils étaient là, ils m’observaient. Leurs yeux brillaient de la lumière des étoiles félines descendues sur terre pour nous rappeler le ciel. 

J’étais subjuguée. Un frisson me parcourait le dos tandis que mes pas doucement ralentissaient jusqu’à ce que je me fixe afin de ne pas les déranger.

La nuit agitait ses ombres sous les lumières artificielles d’un immeuble sans grande âme révélant d’invisibles présences humaines. Tout à côté, un petit pavillon de banlieue, vestige improbable d’un temps révolu, et appelé sans doute à disparaître, incarnait la nostalgie d’un autrefois plus lent qui cachait sa misère en s’entourant d’un maigre jardin ouvrier agrémenté de fleurs.

Observatrice observée, sous les feux pénétrants de quatre pupilles phosphorescentes, je me disais que les générations passent, triment, s’effacent tandis que la vitesse s’accélère, mais qu’en tous lieux il est toujours des gardiens du mystère. Si partout la nature sauvage expie son amour de la vie sur l’autel de l’excès, de la folie, partout il est encore une porte secrète, bien gardée par les innombrables descendants de la Déesse Bastet. 

Mon cœur battait chat. J’étais à l’affût de la nuit sous sa coupole illuminée, je vivais la métamorphose, je me sentais pousser des griffes. Le sang de la liberté pulsait dans mes veines. Je percevais le monde de toute la puissance de ma nature animale. Il n’y avait rien d’infernal à cela mais la découverte de l’immense force de l’amour de la vie qui explosait en moi et me faisait comprendre la vanité de toutes ces conventions qui me maintenait sous le joug de ce qui doit se faire et non de ce qui doit être.

J’étais enfin libre !


deux chats, la nuit - noirs

révélation de la lumière-

cœur palpitant



Adamante Donsimoni 





08/07/2026

DEVANT LA BARRIERE


 Adamante Donsimoni -Devant la barrière - ISWC   T-340.350.727.3



extrait d'une photo de critaux avec lumière bleue
Adamante

 

 

Devant la barrière

face à l’infiniment bleu

l’instant éternel


juste le chant des cigales

point d’orgue sur l’infini

 

point de l'évasion

je chevauche avec Zorro -

le lavoir coasse

 

voguent des sourires perdus
leur but oublié

 

tout se perd dans le lointain

ampleur de la vibration

sur l’Océan-vie



deux lèvres brûlées de sel

aspirent au baiser du froid

  

éperon de feu

puis tourbillon de poussière

un repos cendré


la roue tourne lentement

l’hiver revient à l’hiver

 

ce vent de douceur-

caresse sur les cheveux

les temps confondus


la tête couronnée d’or

la voix du silence fuse


Enfin !

 

Adamante Donsimoni -Devant la barrière - ISWC   T-340.350.727.3


27/06/2026

L’eau et le bois mort

 Donsimoni Adamante - L’eau et le bois mort -   ISWC  T-704.077.651.2



Tableau du peintre MarHack
MarHack

L’eau et le bois mort

 

De l’eau, le soleil, comme de la mère et père tout à la fois, l’enfant.
Du milieu aquatique, le bleu reflet de ciel, le vert. L’air nourricier indispensable aux racines joue d’échanges gazeux à la surface du magma.

Une fougère
quelques algues alanguies
et le bois mort

Il flotte dans le courant
un grand désir d’ascendre

Le monde balbutie, expérimente formes et mouvements, couleurs et parfums. Déjà il est en partance pour sa fin. L’or du printemps est éphémère.

Vivre c’est s’user
aux frottements incessants
du temps qui passe

Le rouge n’a qu’un temps, il brûle puis doit laisser place. La cendre succède au feu, c’est la loi.

Tenir n’est pas vivre
vivre n’est pas soumettre
vivre c’est être

Vivre, c’est comprendre la nécessité de composer à chaque instant avec le chemin, de s’arrimer, racine bien en Terre, afin d’accueillir le ciel. Demeurer tout à la fois souple et droit, c’est cela la maîtrise.

L’homme déterré
déboussolé, titube
au final, noyé.

Donsimoni Adamante   ISWC T-704.077.651.2



L'HERBIER DE POÉSIES 


16/06/2026

Rûmi contes & poésies

affiche de la soirée lecture autour de Rûmi lectrice Adamante Donsimoni

Lecture et musique autour d'une sélection de contes et de poèmes du poète mystique du XIIIe siècle Rûmi, choisis et lus par Adamante Donsimoni, dans une traduction de Serge Mairet. Avec Yann Rouillé aux instruments.
Au XIIIe siècle apparaît en Perse une figure qui va laisser une trace indélébile dans le monde de la spiritualité et de la poésie mondiale jusqu’à nos jours. Rûmi, fondateur de la confrérie des « derviches tourneurs », de la voie soufie et de la poésie perse, est même le poète le plus lu aux États-Unis. 
Adamante Donsimoni, poétesse et metteur en scène, lira une sélection de poèmes et de contes issus de l’anthologie Roumi par le texte et l’image, traduite en français par Serge Mairet (éditions de l’Éveil, 2009). 
Elle sera accompagnée par Yann Rouillé (musique).   Introduction de Serge Mairet.

Le vendredi 19 juin 2026
De 19 h 30 à 21 h
à
51 rue de l'Abbé Carton, Paris 14e




29/04/2026

Le destrier magique

Donsimoni Adamante - Le destrier magique - ISWC   T-704.077.651.2


photo d'une retenue d'eau dont la chute fait penser à un cheval couché
Le destrier magique. 


Le destrier magique

     Feuilles craquantes, mousses et épineux accompagnent ma marche solitaire au travers des bois. Ils glissent doucement, m’entraînent jusqu’au bord de l’eau. L’humidité qui accompagne chacun de mes pas m’offre ses troublantes effluves, parfum d’humus et de champignons.

    Comme il est vivant ce sentiment presque animal d’appartenir à la Terre ! Tout en moi m’annonce l’imminence de la rivière.

    J’avance. Le chant d’une chute d’eau s’élève à mon approche, la révèle. Comme il est doux ce murmure qui enfle et m’appelle. Cette voix est celle de la vie, un éclat de cristal lumineux, une nourriture de l’âme, le rappel de temps immémoriaux gravés dans les mémoires humaines.

    Au pied de la chute, un cheval d’écume m’apparait, il repose, il semble dormir. Est-ce Pégase goûtant la détente à la source qu’il vient de révéler par la frappe de son sabot ?
    
    Est-il le cheval d’eau de la tradition chinoise qui, mêlant fouge et sagesse, guide les âmes par-delà le fleuve des morts ? Le cheval blanc qui les emporte vers le Divin en son bouillonnement sacré ?
    
    Cheval blanc ou licorne ? Né des profondeurs de la roche ces éclats d’eau chevauchés de soleil évoquent le destrier magique qui, en s’ébrouant dans le courant, ensemence les rêves et tisse les légendes.


chute enchanteresse
en son changement perpétuel
le lâcher prise

 

Donsimoni Adamante - ISWC   T-704.077.651.2
Le 27 avril 2026 


L'HERBIER DE POÉSIES 

13/04/2026

Mon dit des trois sœurs des montagnes bleues

Donsimoni Adamante - Mon dit des trois sœurs des montagnes bleues 

ISWC  T-341.119.145.8 


Photo de JCC représentant des gorges australiennes des montagnes bleues
 Photo JCC - ABC


Mon dit des trois sœurs des montagnes bleues


    Dans le lointain continent Australien, au sein des Montagnes bleues, en Nouvelle Galles du Sud, entre les eaux et les falaises, je me suis laissé dire que, comme un peu partout dans le monde, les légendes se tissaient avec l’Esprit du Rêve, lequel, je vous le dis en toute confidence, m’accompagne fidèlement depuis toujours. Il n’en fallait pas plus pour que je m’invite à mon tour au voyage, un battement de cil, un battement de cœur, et j’y suis.

    Là bas, les larmes et le sang transparent des pierres, gardiennes de la mémoire, traversent les siècles des Hommes au travers de denses et humides forêts d’eucalyptus où s’ébattent l’intelligent et bruyant cacatoès et l’oiseau lyre au répertoire infini d’imitations en tous genre. Il n’imitera pas le bruit de la tronçonneuse en ce jour, juste les cris et les murmures des eaux, le chant des brumes, la danse des cascades au travers de forêts où les esprits du Temps du Rêve œuvrent encore au travers de la moindre goutte de pluie, du moindre souffle de vent. Une forêt vivante, captivante, parfois inquiétante.

    Une légende raconte - mais qu’en est-il vraiment lorsque l’on connaît le pouvoir d’improvisation des conteurs ? - qu’au temps des premiers temps, trois sœurs d’une tribu s’éprirent d’amour pour trois jeunes d’une tribu adverse. Hélas, en ce temps là, une telle mésalliance était interdite. Un inévitable conflit éclata entre les tribus. Afin d’éviter que les trois sœurs ne soient enlevées par leurs amoureux, et à dessein de les protéger, un vieux sage versé dans la magie les transforma en rochers, le temps nécessaire pour lui d’apaiser les esprits. Mais un soir, après de longs jours de conciliabules, débouchant enfin sur un accord de paix, le vieux sage épuisé mourut avant que d’avoir pu inverser le sort. Les trois sœurs répondant aux noms aborigènes de Meehni, Wimlah et Gunnedoo, de cela nous sommes certains, demeurèrent à jamais rochers.

    Baignés d’une étrange brume bleutée émanant des essences d’eucalyptus qui leur confèrent un troublant côté mystique, ces rochers ont une grande importance spirituelle pour le peuple aborigène qui conserve le respect et l’oreille de la Terre ancestrale.

    Depuis lors, les trois sœurs dominent le paysage. Et leurs larmes et leur sang s’écoulent au travers des canyons, en chutes rugissantes de désespoir ou en bassins nostalgiques d’où s’élèvent les plaintes de celles qui un jour furent privées de vie humaine pour avoir trop aimé, pour avoir transgressé la loi implacable de leurs pairs.

Brume
Voile magique entre mortels et peuples des mondes invisibles
Lande protectrice entre esprits malveillants et Nature.

    La terre, la pierre, la flore, la faune conservent la mémoire des temps. Les racines intemporelles du monde s’enfoncent toujours plus profond dans l’ombre pour nous rappeler que la vie est comme ces cascades, ces brumes et ces murmures qui montent vers le ciel pour s’y teinter de bleu. Le bleu léger du parfum des eucalyptus, la vibration éthérée du souffle murmurant à l’oreille de notre cœur que nous sommes des êtres spirituels venus expérimenter la Terre pour en être transformés.

un chemin de pierres
ruisseau de sang et de larmes
l’âme se révèle

dans le chant sacré des eaux
un rappel d’éternité.

Donsimoni Adamante – 6 avril 2026


   💙   💙   💙  

L'HERBIER DE POÉSIES