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22/12/2015

Le feu les ombres





Première flambée au sein d’une caverne, l’homme  découvre le gigantisme des ombres, elles accompagnent la lumière, griffent le granit avec les esquisses de leurs chimères. Chaleur, terreurs, rêves, les yeux grignotent la nuit, l’apprivoisent en dehors de la lune.
Ah, si le feu parlait, racontait son épopée depuis le premier éclair qui enflamma la forêt !
De toute évidence il parle car il nous habite, révèle ce que nous avons d’inscrit en nous. On le sent palpiter dans les cellules de nos mémoires, les gènes des premiers ancêtres. Mouvement ascendant, il nous anime. Premier feu, premier cri, l’air dans les poumons, brûlure, apprentissage de la sécheresse jetés hors la première caverne dans le monde aveuglant de la lumière. Et déjà l’ombre se dessine en plein midi sous le soleil, nous suit ou nous précède, s’allonge, se tasse, se déforme, nous fait rêver ou nous inquiète. Soumise, elle se prête à tous nos fantasmes, tour à tour rassurante, inquiétante, elle révèle nos peurs, nos terreurs et cette fascination qui accompagne.
Le feu consume faute de pouvoir aimer en tendresse, il dévore. Au-dedans la détresse, la solitude, l’espoir parti en fumée. Déréliction des cendres abandonnées aux vents, mouillées de rosée au matin, à peine un voile grisâtre bientôt avalé par les herbes.
Le feu, changeant, mouvant, à notre image, conçoit les formes et les détruit, se livre puis se reprend, s’efface, aussi insaisissable qu’un mythe, aussi fulgurant qu’une vie.

©Adamante Donsimoni (sacem)




21/12/2015

L’instant paix



L’été, la fraîcheur du matin, le bonheur à petites goulées, fenêtre grandes ouvertes.
Plaisir d’un souffle sur la peau, détente de l’esprit, expression heureuse de notre nature végétale qui s’exprime enfin dans sa nudité originelle.

Être là.  Respirer en conscience cette densité dansante que j’ai découverte pour la première fois à Meynardier, dans la Creuse, allongée sur un dolmen, sous un ciel d’un bleu absolu, après une séance de Qi Gong. Baignée dans les flux de cette matrice universelle, au centre de cette soupe primordiale de lumières d’un blanc étincelant qui virevoltaient suivant un schéma qui ne devait rien au hasard, j’ai compris, que chaque être, de quelque nature qu’il soit, est fait, prend, vit et participe de ce grand souffle de création, il en est. Au sein de ce corps infini, nous sommes liés à tout, influençons le tout, ne formons qu’une seule et unique entité.
De cette expérience qui a bouleversé ma vie, j’ai acquis la conviction que j’étais une particule de cet univers où tout se fait, se défait, se construit, disparaît selon nos pensée, nos peurs, nos espoirs.
Car nous sommes créateurs de nos rêves, car nous sommes créateurs de nos peurs et souvent nous rêvons de travers, concrétisant ainsi nos pires cauchemars. Nous pleurons le passé, craignons l’avenir, cimentant au présent notre prison de solitude et de détresse.

Nos rêves, ces rêves que nous avons la faculté de créer se situent au présent. Le passé n’est que mort, l’avenir n’est que vide, seul le présent existe. Ma force, ma capacité de créer, n’est ni derrière ni devant, elle est à l’instant où j’écris à l’instant où je pense, à l’instant que j’emporte avec moi d’instant en instant, comme un chien fidèle.
Je me dois d’avancer, fermement ancrée dans l’instant rivé au cœur.
Si je rêve, en projetant mon rêve dans le vide de l’avenir, de quoi sera-t-il fait ? Comment puis-je savoir si je serai  là demain, baignée dans la matrice de la création que demain ne contient pas encore ?
Ici, maintenant, la matrice est autour de moi, me contient, me pénètre et me crée, c’est là qu’est ma vie, c’est là que j’ai pouvoir sur elle. Certes, je peux l’imaginer, me projeter par la force de mon mental dans un demain hypothétique et abstrait, dans l’irréel, l’illusion, la béance. Il m’est impossible ainsi de concevoir car je n’ai aucun élément pour créer. Ainsi, mes pensées les plus positives, inutiles, s’envolent, se perdent, se diluent dans le rien. Il leur manque un ancrage, une matière susceptible de la concrétiser, moi.

Je pense, ma tête conçoit, trace la forme, mais  ma conception ne peut se vitaliser qu’au-dedans de moi puisant dans les sentiments qui m’animent. Ainsi, le bon comme le mauvais se nourrissent de l’instant, ainsi la guerre, ainsi la paix. Un choix individuel entre peur et amour.
L’émotion est en quelque sorte le combustible du sentiment et le sentiment le feu qui concrétise nos pensées. À chacun d’y prendre garde.

Depuis toujours je n’ai toujours bien retenu que le bonheur et quand on me demandait :
- « Quel est ton but ?  Je répondais : - « Être bien ! »  Surprise de la surprise que je provoquais.
Pour trouver la paix, (être bien) j’ai toujours fais en sorte de me tenir au centre de cet infini rassurant que je nommais Grand Père. Il a accompagné mon enfance et m’accompagne encore de sa présence, me parle sans mots, m’enseigne.
Grand Père, c’est l’horizon magique où les yeux boivent l’univers.  C’est la révélation de Meynardier, je respire au centre de son océan de lumière et partage avec le Tout la forme pensée de mes rêves en la rayonnant par le cœur. J’éclaire ainsi le rubis qui vit dans ma poitrine et sa chaleur se diffuse dans tout mon être. Je n’attends rien, je suis comblée, car cette radiance c’est l’amour, la paix indispensable à la traversée de la vie.

Adamante Donsimoni (sacem)
Jeudi 25 juin 2015

28/10/2015

Intermède matinal




Intermède à la lecture de « L’axe du loup » de Sylvain Tesson à son arrivée près de Golmud –Tibet- 27/10/2015


« Sans sortir de chez lui, le sage connaît les Hommes » (Lao Tseu), l’idée nous renvoie au « Connais-toi toi-même » (Socrate) ou encore au « Nous sommes tous frères » (Jésus) , car ce qu’est l’autre, développé à des degrés divers, est en nous. Le bon, le mauvais -considération suggestive en vertu de ce qui nous arrange ou nous dérange-  sont là, comme yin en yang, yang en yin. Tout dépend sans doute de l’état d’avancée de la roue de notre vie sur le sol de notre progression vers ce que nous appelons : l’éveil. Cette petite lumière, tout d’abord fugace, puis clignotante tend à s’allumer de plus en plus souvent et à le rester de plus en plus longtemps dans la durée. Ainsi l’Homme qui marche et peine s’aiguise en son ensemble par le biais de sa solitude et de ses muscles en souffrance pour vérifier ce que le sage –un marcheur repenti ?- vérifie sans quitter sa demeure.
Ajoutons à cela, le liseur qui participe à l’épreuve, de façon statique et kinesthésique, pour tirer bénéfice de la découverte et de l’avancée du pérégrin.
Comment ne pas sourire en pensant à la vie ? À ce grand jeu phénoménal qui nous pousse tous à la recherche de ce Dahu* : Qui suis-je ?

Adamante ©sacem




*le Dahu ou Dahut, animal de légende de nos provinces françaises, aux pattes plus longues d’un côté que de l’autre (d’où son mauvais équilibre) fut chassé dans les bois pentus, (l’animal ne pouvant de par sa conformité se déplacer sur sol plat) durant les mois d’hiver de préférence. Cette chasse au Dahu était propre aux communautés rurales aux fins de rire d’un naïf et d’alimenter les veillées. En quelque sorte une parodie d’initiation, teintée de moquerie, pour les nigauds.
Le Dahu se chassait en battue. Les rabatteurs (organisateurs de la chasse) cognaient avec leurs bâtons sur les arbres d’un bois en pente et le naïf, posté en contrebas, faisait le gué en tenant un sac de toile ouvert pour capturer l’animal. On pouvait lui enseigner un chant qui « renversait » l’animal, le forçant à tomber dans le sac. Enfin le naïf était abandonné au beau milieu de la nuit et de nulle part, condamné à rentrer seul chez lui, en pleine nuit. De quoi alimenter en rires les soirées autour d’un feu.

Ajoutons à cela que, même si ce n’était pas le but recherché, la moquerie bien souvent pouvait s’avérer cruelle.

17/05/2015

Dans le secret d’un profil



Dans le secret d’un profil dessiné par la terre, un paysage s’enfonce, doucement, comme une pensée, un rêve.
Le voyageur de cet infini murmuré par les feuilles découvre au-delà des mots, l’histoire, celle de la vie, du vent, de la pluie, ces ingrédients de l’amour qui préside à la création.
L’écoute du silence l’amène à méditer sur le temps… Le temps, fugace ou immobile ?
L’instant seul pourrait répondre, mais l’oiseau s’est posé sur sa bouche et le Zéphir aux joues gonflées sourit de tant d’impertinence.
Sagesse du silence.
Le secret ne sera pas livré, ni en phrases, ni en mots. Il est du monde vibratoire, prégnant, irradiant, consumant, il n’attend que le lâcher prise pour se donner au pérégrin des profondeurs parti à la rencontre de son âme originelle.

©Adamante-sacem-

19/03/2015

La porte déglinguée



Dans la rue du Bel Air, qui ressemble plus à une sente qu’à une rue, ce qui fait son charme, je croise une porte mal rasfistolée, toute de guingois, qui ne garde plus rien. Elle n’est plus qu’illusion, apparence de fermeture.
J’hésite à la pousser, si elle est plantée là c’est pour me signifier que derrière on aspire à la paix. Je pourrais frapper, mais quoi, c’est elle qui m’intéresse, pas ce qu’elle tente de cacher. Je la regarde comme on regarde la topographie en ruine d’un visage trop fardé.
Je contemple l’absurde jusqu’au vertige, jusqu’à la révélation. Cette chose déglinguée devrait être exposée à la fiac. N'y a-t-il pas là, un cou sans tête, l’esquisse d’un sein ? Ce pourrait être le début ou la fin d'un tronc, au choix, qui se dessine au creux de ce pansement de planches clouées.
Je me retiens de l’arracher à ses gonds pour l’emporter sous mon bras et la planter au beau milieu de ma prochaine exposition. Elle serait là, tout aussi inutile, fermée, au centre de la salle.
Qui oserait alors l’ouvrir et la passer, comme on passe sous l’arche des portes de Paris, rien que pour le plaisir ?

©Adamante -SACEM



27/02/2015

Impression d'un soir d'hiver




Ils sont là, ils attendent. Campés sur le couchant comme les chats dans les herbes.
Les nuages, au lointain, déversent leur trop plein d'ombre.
Éventail zébré de pluie, rayonnement de brume sur l'avant de la nuit.
Sont-ils cerbères ou sphynx ? Ils guettent, menacent et protègent.
Le temps que j'écrive, l'horizon a avalé tout le restant de bleu.
Le jour est mort,  vive la nuit.

Il ne reste plus que les yeux de braises des immeubles méditant sur la folie du monde.

©Adamante SACEM

24/02/2015

Ermitage


Mon dessin terminé, je me retrouve seule. Je me lève, regarde au carreau. 
Dehors l’embouteillage excite la circulation, voix sinistres des klaxons sous la pluie. J’écoute, l’attention volontaire me fait glisser dans le retirement. 
Les gouttes brouillent le paysage, œuvre incertaine de ce jour sans conviction.
Le vent gémit. Il cherche son chemin au travers des imperfections de ma fenêtre et le trouve.
Par la loi des transformations le voici courant d’air, je frémis.
Je retourne à ma table de travail, note mes sentiments en attendant que le thé infuse.

Des pantoufles, un bon pull, une tasse fumante, le loisir de penser, le privilège de créer, j’ai la chance de ne pas vivre dans la rue.


©Adamante SACEM

12/02/2015

Avoir chaud quand il gèle

(Extrait de mes lettres à Grand père*)



Quel temps fait-il chez vous ? Ici le froid arrive timidement, la pluie, l’humidité et le vent nous accompagnent de plus en plus souvent.

Moi, je goûte la douceur d’avoir chaud dedans lorsque du dehors les éléments nous chassent.
J’ai toujours aimé me calfeutrer dans la tiédeur d’un refuge, lorsque la température extérieure se faisait hostile. Le tout, bien entendu, est d’être au bon endroit et d’avoir la chance de posséder le refuge.
Vous me connaissez, Grand père, j’ai mal pour ceux qui meurent de froid. J’aimerais que chacun ait la possibilité de connaître la joie d’avoir chaud, pelotonné au fond de sa demeure, fut-elle modeste, lorsque l’hiver arrive.
Avoir chaud quand il gèle est un luxe qui se refuse aux plus démunis. Avec la faim, il n’est pas d’injustice plus grande au monde. Le premier des droits de l’homme devrait être de ne jamais avoir froid, de ne plus jamais avoir faim, car la nourriture est chaleur.
Il faut goûter en conscience le bonheur de la chaleur d’un foyer pour comprendre la cruauté de son absence. Ce soir, je me repais de ce bonheur, des souvenirs qu’il génère.
Que de feux de bois brûlent dans ma mémoire, que d’heures, égrenées par la pendule ancestrale de mes souvenirs, continuent à rythmer mes impressions de la morte-saison bien au chaud.

Je n’ai plus envie de partir.
Ici, dans cette campagne creusoise, je crois retrouver le joyau de l’enfance, caché dans les prémices du froid. Chaleur d’une flamme, d’une soupe chaude, de bras qui se referment sur vous lorsque le sommeil vous emporte et que l’on est petit, tout petit.
L’entendez-vous Grand-père, l’escalier qui grince ?

L’enfant ne cesse de sommeiller en moi, je n’ai même pas besoin de fermer les yeux, j’y suis. Il fait bon vivre, papa et maman ne sont pas loin, rien de mal ne peut arriver.
Voyez-vous Grand-père, l’enfance n’est pas derrière nous, elle est au-dedans de nous, elle jouxte notre vie d’adulte.
C’est une grossière erreur de la croire derrière. Faut-il avoir abandonné le rêve pour en arriver à cette extrémité!
En vérité, abandonner le rêve c’est abandonner le réel. Je rêve donc je suis, car je me rêve depuis ma naissance jusqu’à ma mort !
Le rêve guide mes pas vers mon devenir, c’est ainsi, le reste n’est que mensonge.
Rien ne peut m’empêcher à chaque instant d’avoir l’âge de tous mes âges.
Je suis et serai une éternelle enfant, une éternelle adolescente, une éternelle vieille, le tout à la fois, inestimable cadeau de la vie.
Et je lui dis merci ! Il n’est pas toujours facile de voyager en elle, de se heurter à ce qui nous apparaît être ses contradictions et de conserver un semblant d’équilibre.

Mon cerveau est un funambule, il travaille sans filet au-dessus du gouffre des idées antagonistes.
La  sentez-vous la rupture Grand-père ? Le sentez-vous le point à ne pas dépasser pour ne pas plonger irrémédiablement sans espoir de retour ?

Je vis, cela ressemble une grande partie de poker.
Je joue, je remets tout en jeu. Le gain est éphémère, c’est là son principal attrait : jamais rien d’acquis, toujours tout à conquérir ; toujours veiller à secouer la torpeur qui parfois frappe par lassitude, par oubli du mouvement.

Mais vous le savez, vous, Grand-père, l’idée de la mort est une invention humaine, une absurdité, tout juste un épouvantail pour effrayer ceux qui ont rogné leurs ailes et tremblent devant l’inconnu.

Je vous connais Grand père, de quoi pourrais-je avoir peur ?

Adamante ©SACEM

*Mes lettres à Grand père sont des promenades épistolaires empruntant à la poésie chinoise, magnifiquement servie par des Maîtres comme Li Po ou Wang Wei, la narration de l’instant qui se donne à vivre et des réflexions qui l’accompagnent, en témoignant d’expériences du quotidien, toujours reliées à une certaine recherche spirituelle dépourvue de toute implication religieuse.
Ce choix de concevoir cette œuvre sous la forme de lettres me semblait correspondre parfaitement pour converser avec un personnage virtuel, apparenté à un confident, un sage, un témoin discret de mes questionnements. 



10/01/2015

Oui, je suis Charlie


                                                                       Dessin informatique


Contre les mots de la violence
Contre les mots du pathos
Les attitudes bien pensantes
La marche des SarkoMerckHollande...

Pour m'élever, partout sur la planète,
 Contre le fanatisme, l'assassinat
Les Saint Barthélémy, la Charia, le djihad...

Pour saluer les héros de la liberté d'expression
Qui ont choisi les images pour illustrer la Résistance
Je marcherai en silence, dans le déchirement et le respect
En paix, debout, le regard grand ouvert.

Oui, je suis Charlie, car je déteste les muselières
Les attitudes, les mots convenus et toutes les formes de récupération.

Adamante