Translate - traduire

30/03/2018

Alep


Alep
Quand il ne reste plus rien que poussière et murs écroulés sous la voix des bombes ; que la vie se teinte du gris de la cendre quand elle se mêle au sang ; quand l’enjeu des puissants est trop important pour qu’ils laissent la vie sauve à des innocents, plus mal lotis que des rats que l’on gaze pour les éradiquer, seule la musique peut s’élever des décombres vers le ciel.
 
Alep
Un ange révélé par quelques notes, écrites de toute éternité pour emplir le vide et libérer l’âme, s’est envolé vers les étoiles. Espoir de renouveau. 
Il est des fleurs qui poussent sur le granit.
 
Alep
Sous l’œil du photographe.
Un vieil homme solitaire, impuissant, pris de musique dans son univers dévasté, témoigne au monde entier la folie et l’espoir.
 
Alep
Monsieur Anis, c’est vous, le symbole de la lumière du monde.
 
 
Adamante Donsimoni (sacem)
 
 
"Il y a des hommes, des rêves, et des objets plus forts que la guerre, et Mohammed Mahiedine Anis, sa collection de voitures anciennes, sa pipe et son phonographe, en font partie", écrit Joseph Eid, photographe à Beyrouth, en reportage en Syrie. 
 
 
 
 
 
 
 

22/03/2018

Des chaussures pour mémoire


Doris Salcedo  Atrabiliarios, 1992-2004, chaussures, mur, bois, fibres animales
Musée d’Art contemporain de Chicago - Détail -

Chaussures exposées dans une galerie d’art,  façon organdi et papier de soie.
Un flot de silence s’élève, brise l’anonymat,
Le cri minéral de  l’absence rebondit sur le blanc des murs.

Sur la pointe, comme les chaussons d’une étoile.
Sur la pointe, comme pour se hisser vers les lumières de la nuit, immense.
Sur la pointe, pour ne pas oublier et offrir au regard un soupçon de grâce bordé d’épines,
Des escarpins se racontent.

Combien de Cendrillons ont perdu leurs souliers ?
Combien de Cendrillons  ont perdu leur visage, lacéré, un jour si différent des autres et qui n’aurait pas dû ?
Combien de  Cendrillons pour combien de souliers ?
Combien de souliers pour savoir qui ? Pour briser l’attente, insupportable ?

La terre a bu le sang,
La terre boit toujours le sang.
La terre, comme toutes les mères dans la nature lèche les plaies de ses petits,
Quand le cœur se brise en un dernier hoquet et que le corps vaincu s’effondre,
Digue rompue,  avec le sang la vie s’enfuit.
Comme il est lourd le ciel, du premier au dernier rayon du soleil, sur la terre en deuil.

Ici sur la pointe, combien de souliers ?
Ailleurs sur la terre ou bien dedans, combien de Cendrillons ?

©Adamante Donsimoni (sacem)

Doris Salcedo  Atrabiliarios, 1992-2004, chaussures, mur, bois, fibres animales
Musée d’Art contemporain de Chicago

Dans les années 1990 marquées par la guerre civile, des Colombiens s’opposent fermement au gouvernement corrompu et aux cartels de drogue tout-puissants. La réponse de ces derniers est glaçante : des villages entiers sont décimés.

Au cours de ses recherches, Salcedo réalise que ces meurtres violents visent bien souvent des femmes, presque toujours défigurées par leurs ravisseurs.
Leurs chaussures sont parfois le seul moyen d'identifier les corps.



Doris Salcedo, plasticienne, née en 1958 à Bogota, en Colombie
L'artiste  transforme les objets pour qu'ils passent de l'utilitaire au symbolique. Elle ne se montre que très peu et n'aime pas s'afficher.
“J’aimerais m’effacer”, a-t-elle expliqué lors d’une conférence donnée le 6 novembre 2006 au Musée national de Colombie. “ Cela ne m’intéresse pas d’être une figure médiatique.  Je ne raconte pas mon expérience personnelle ; ce qui m’arrive à moi est dénué d’intérêt.”












 

13/03/2018

T’es qui ?

 
Partout sur la toile, on peut lire cette question :

            « T’es qui toi qui passe par ici, qui repassera par là ? » *

C’est vrai ça, un clic et c’est bon pour une prochaine rencontre : Databoumboum !
« T’es qui ? » voilà la question qui te met en face de ton néant intérieur.

            « T’es mal hein ? Tu sais pas t’es qui ! Tu voudrais bien le savoir ! T’es rien ! »

Allez, clique ici, on va t’apprendre à le devenir.

Si c’était vrai… Alors, tu cliques, c’est parti, on t’entartine une logorrhée qui dure des pages, tant que ton poisson s’asphyxie. Enfin tout en bas, très très très en bas, on te demande un dernier clic, voilà le prix.  Ouf ! Aïe !


Un conseil : tu passes ou tu te couches.  Ruffin ne peut rien pour toi en la circonstance, mais tu lui balances un like, il l’a bien mérité et tu partages, c’est encore mieux.


Ce que c’est que l’imprégnation tout de même !

Ce matin, je me réveille, j’appelle un sourire pour saluer le jour et voilà qu’il s’en présente un, dents pointues, yeux de flèches et qui me dit : « T’es qui ? »
Avant le café !  Le trouble. Les neurones encore embrumés, je réfléchis.
C’est alors que mon Être intérieur, indépendantiste de la première heure me murmure à l’oreille du cœur :
« Retiens bien ce que je te dis, ça pourra aussi te servir d’épitaphe quand on balancera tes cendres à la mer, quand on te demandera « t’es qui », répond :

Je suis une metteuse sur planches, écrivassière, peinturlurette,
théâcontresse et chantonneuse,
zenrénissime qigonguesse à 3 barettes,
bref, touchtouchtout, bonareu chez les franchouillards.
Bonareu pas grave, sur tous les chemins de traverse, j’engrange.
J’ai touchtouchtouté toute ma vie et touchtouchtourai jusqu’à la fin.
Je ne suis que de passage, je ne suis rien que de passage. »

* chanté
   
©Adamante Donsimoni(sacem)


08/03/2018

EXPIATION

Richard Dadd, Le coup de maître du bûcheron-magicien

Expiation


Au pays des fées, des elfes et des gnomes quelques élémentaux jouent du clairon. Est-ce en l’honneur de l’arbre abattu, invisible, ou pour saluer les retardataires venus célébrer sa mort ?

Un imbroglio de ramures innerve le paysage de Dadd. Mémoire vascularisée. Il y a là une menace. Des flèches se dressent vers l’horizon interdit, les marguerites poussent sur la pierre et des boulets de marrons jonchent le sol. Le bûcheron lève sa hache sur le vide. Expiation !

L’arbre qu’il veut abattre, n’est-ce pas ce petit vieux rabougri à la barbe blanche, assis au sol, le regard dur et qui lui fait face ?  L’abattras-tu ? semblent lui demander ceux qui sont autour et qui l’observent, en seras-tu capable ? Ils sont tellement nombreux à hanter le paysage. Il va le faire. Il va le faire, grincent des monstres sans cou, tête tassée dessus leur tronc. Fantômes tronqués, écrasés comme autant de souvenirs enfouis. Il va le faire, il doit le faire !

L’immense bûcheron refait et refait son geste dans sa tête envahie de troubles qui dégoulinent sur la toile comme pour marquer à jamais l’acte expiatoire du peintre.

Au pays des contes d’Orient ou d’Occident, la mort est toujours présente. Shéhérazade lui échappe nuit après nuit, ailleurs on fait danser les méchantes belles-mères sur des plaques chauffées à blanc pour les punir et, toujours, on mange les petits enfants.

Adamante Donsimoni (sacem)
Sur une toile de Richard Dadd, Le coup de maître du bûcheron-magicien, 1855-1864, 
huile sur toile, 54 x 39 cm, Tate Britain, Londres



Portrait de Richard Dadd, vers 1856

 

https://artips.us6.list-manage.com/track/click?u=465000eb99&id=b041438907&e=ab5acea499

 

Le peintre, Richard Dadd, débute sa carrière artistique tout à fait normalement. Mais après un voyage en Orient, il sombre peu à peu dans la folie.

Au point de devenir complètement incontrôlable : victime de pulsions meurtrières, il assassine son propre père !

Dadd est donc immédiatement enfermé dans un asile. À cette époque, ce type de lieu ressemble davantage à une prison où les "fous" n’ont pas vraiment de soins.
    Il a cependant l'autorisation de continuer à peindre. C’est là où, pendant près d’une dizaine d’années, il va notamment travailler à cette toile énigmatique…

Le peintre Effrayé par l'idée même du vide,  passe et repasse des dizaines de couches de peinture pour chaque petite figure sortie de son imagination. Résultat : à certains endroits, la peinture est quasiment en relief !

Sa production en tant que "peintre aliéné" est connue du public de l’époque. La presse salue son talent extraordinaire, et l'Art Journal, ironiquement, lui reconnaît une "capacité à l’imagination indemne" ! De son côté, depuis sa cellule, Dadd continuera à créer jusqu’à la fin de ses jours.
Source ARTIPS  

 L'HERBIER DE POÉSIES                         
Détail de l'œuvre
 

03/03/2018

À ma mère





 
Le temps s’enfuit
et les années s’entassent
mais pas ton souvenir

tu serais bien vieille, aujourd’hui
pour ton anniversaire

Adamante Donsimoni (sacem)


01/03/2018

C’était la Dame bleue



Tout est bleu, la terre, l’eau, le ciel et mon regard. Non, ce n’est pas du flou qui fait vibrer l’espace. Il y a là un appel à l’unification

L’air épouse l’eau,
la brume d’éternité
apaise l’âme

L’horizon ne dit plus son nom, tout ce bleu le dévore.  C’est alors qu’une silhouette m’apparaît. Elle descend de mon regard pour se poser, comme un oiseau, sur cette écume de rêves. Je me souviens…

C’était la Dame bleue,
elle m’invitait à la suivre
mais il faisait trop froid

Au bord de la plage, si loin de ce rendez-vous manqué, enveloppée de bleus, je m’abandonne.

©AdamanteDonsimoni (sacem)