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17/10/2022

La pierre du Sergent

 

Photo D18 à la sorite de Maneyreaux vers La Gorce - Creuse





   La petite route de campagne bordée de fleurs des champs, bruissante comme une ruche, se souvient de tous ces pas imprimés dans ses couches successives d’asphalte. Ô combien de nostalgie perdurent dans ces herbes qui semblent immortelles


ils allaient gaiement

suivant les bœufs attelés

au rythme de l’Homme


   Comme ils étaient vieux et ridés aux yeux de l’enfant, ces paysans burinés de soleil et de grand air. Chaque année un sillon venait sculpter leurs visages. La mer est loin d’ici, mais même à la campagne, la peau, au fil des saison, se ravine avec le vent, avec les pleurs. Je me souviens…


le Sergent, assis

sur la pierre du chemin

là-bas, tout au bout


derrière la trouée du ciel

qui mène à mes souvenirs


   Alors que nous rentrions de l’école, poussant nos vélos jusqu’au sommet de la côte de l’étang, il nous attendait en appui sur sa canne. Là il nous racontait la grande guerre et nous donnait des conseils que nous n’écoutions pas


détails perdus

mais permanence d’instants-

curieuse mémoire


   La pierre porte désormais le nom de « la pierre du Sergent ». Les histoires se transmettent aux nouvelles générations qui imaginent et se forgent des racines. La Terre a de ces histoires qui vous touchent au plus profond


qu’est-ce qu’une pierre ?

un homme un jour s’y assoit

et l’histoire se dit.

 

Adamante Donsimoni 14 octobre 2022 - ©SACEM 



D'autres textes ici L'HERBIER DE POÉSIES 

13/10/2022

Nous avons dansé

Photo ABC pour le Nid des mots

 

Pour dérouiller nos vieux os, noueux comme ceps de vigne, nous avions décidé de bouger. Tout d’abord lentement, avec précautions, un peu comme nos feuilles quand le vent n’est pas trop agité. Nous comptions sur cet échauffement pour élancer nos bras vers les trouées de ciel bleu. 


la beauté du ciel

un appel à l’évasion

un frisson d’envie


Nous savions que dans la vie le chemin est plus important que le but, et bien que cela ne fut pas indispensable, nous nous étions fixé ce but pour nous motiver. Toutefois, nous étions tous conscients de nos faiblesses, de nos limites. 


l’immobilité

tenir et tenir encore-

désir de souplesse


Les autres, un peu plus bas, les planqués, nous observaient. Ils ignoraient l’adversité, ils n’étaient jamais confrontés aux intempéries qui sévissaient au sommet de la colline, nous si. La vie, en la circonstance le vent, avait déposé leurs graines au bon endroit sous la protection des flancs de la colline. Un coin avec un degré d’hygrométrie idéal et un ensoleillement parfait. 


la douceur de vivre

se balancer dans le vent-

la belle utopie


Nous, avec notre écorce rugueuse, desséchée par l’air et brûlée de soleil, nous avions l’air de malfrats. Notre résistance nous avait tendus jusqu’à la cassure qui parfois résonnait jusque dans la vallée. 


un ancien qui meurt 

sombre écho qui se transmet

jusque dans le cœur


Alors nous avions décidé d’un grand bal et avions profité du vent pour remuer tous les tourments de nos ramures, pour prendre l’espace à la manière des oiseaux qui habituellement nous habitaient et qui ce jour-là avaient fui. Nous avions décidé l’envol. Et ça grinçait, ça gémissait, mais c’était la joie au travers du mouvement. Quel vacarme sur la colline.


me voici seul

à vous raconter l’histoire

oui ! nous avons dansé.



Adamante Donsimoni ©SACEM

Haïbun du 13 octobre 2022

10/10/2022

Alors, ils dansent

 



Thierry Vezon  "la danse des Fayards"



Dans la brume, au lointain, quelques-uns se tortillent et semblent discuter. Se racontent-ils une histoire de loup ou de bête fantastique, celle du Gévaudan ? Les arbres ont la mémoire des contes et dans cette poix tout paraît possible. Le temps y trace ses parallèles quantiques sur lesquelles, comme sur une portée de musique contemporaine, mon imagination virevolte dans les branches volubiles. 


voici les Cévennes

et dans ce bois de Fayards

les feuilles - humides


Le promeneur de l’imaginaire, s’il a l’oreille de la Terre, en avançant parmi ces troncs lisses et bombés, torturés comme d’énormes lierres, imagine-t-il mettre ses pas dans ceux de l’Homme de Cro-Magnon qui avant lui parcourut le pays ? Rien ne disparaît vraiment à ce que l’on dit au pays des castagnes et du pélardou*.


tintements de brume 

musique du silence

voici l’éveil des fées.



Adamante Donsimoni  

8 octobre 2022 - ©SACEM



*châtaignes et fromage de chèvre


 

Thierry Vezon 

Photographe  indépendant résidant dans le Gard, Thierry Vezon se consacre à la photo de nature depuis 2004. Ses lieux de prédilection sont situés dans le Sud de la France : le Languedoc, la Provence, la Camargue,  les Cévennes. Cependant, il est aussi attiré par le Grand Nord ,l’Arctique, les grands espaces et les atmosphères glacées. Spécialisé dans la photographie de faune et de paysages, il consacre de très longues heures à l’affût, toujours dans le respect de la nature. Il s’est aussi spécialisé dans la photo aérienne. 

 Thierry Vezon Photographe 

D'autres textes sur l''Herbier de poésies 

13/09/2022

L’amour sans attente

 En écoutant tout ce qui se dit et s’écrit sur la toile ou dans les livres, je me fais la réflexion que bien trop souvent la complexification sert à se perdre plutôt qu’à se trouver. La simplicité étant sans aucun doute aussi la chose la plus difficile à atteindre, il se peut que ce soit à cause d’elle que tout cela s’embrouille comme pelote de laine entre les griffes d’un chat. 

Nous souffrons, nous nous débattons entre accusation et culpabilité, entre désir de se parfaire et frustration de ne pas y arriver, de louper la marche de « l’éveil ». Comme cela est lourd, réducteur ! Ce que je crois c’est que sur notre chemin de vie, nous recherchons à combler un manque. Tagore dans son offrande lyrique le disait : 

« C’est l’angoisse de la séparation qui s’épand par tout le monde et donne naissance à des formes sans nombre dans le ciel infini. » 

Séparation, chagrin et peine infinie, oui, c’est le manque qui nous accompagne depuis notre premier souffle, lorsque quittant le milieu du liquide amniotique, nous expérimentons la brûlure de l’air. Depuis cet instant de transition brutale, consciemment ou inconsciemment, nous partons en quête de l’unité perdue tout d’abord à l’extérieur de nous puis, épuisés par nos vaines recherches, progressivement nous prenons conscience que nous devons la chercher en nous, que c’est en nous que réside la réponse à notre attente, en nous que nous attend cet « Immobile de cœur », ainsi que le désignaient les anciens Égyptiens.

L’Immobile de cœur, Dieu, le Grand Esprit, l’Âme originelle, la Source… il est pléthore de noms pour désigner cet éclat qui nous habite.  Toujours est-il que cet éclat est l’incarnation de la paix et de la vacuité, l’intense vibration de l’énergie de l’Amour sans attente.

Je choisis le mot attente plutôt que celui communément utilisé d’attache car il me semble mieux exprimer ce qu’il entend : un amour qui se donne en toute liberté sans nécessité de réciprocité. Ceci n’exclut pas, bien au contraire, l’idée qu’il soit sans attache. Qui n’attend pas ne réclame ni ne crée aucune attache et s’en trouve libre lui-même. Et parce que l’amour est là un état d’être plutôt qu’un sentiment lié à une émotion, il dépasse la particularité pour vibrer dans l’universalité, il englobe et baigne sans restriction. 

En nous donc est ce mystère, ce havre dans lequel nous pouvons nous réfugier pour accueillir, conscientiser et embrasser, sans juger, sans rejeter, avec bienveillance et respect les moindres faits positifs ou négatifs de notre quotidien, nos idées « marche arrière », nos culpabilités, nos rancœurs... 

Le reflet de nous-mêmes dans ce miroir du cœur est un reflet lumineux et sans tache. 

Il me semble donc indispensable de « rassurer l’enfant malade » plutôt que de le punir, et de lui offrir ainsi la possibilité de s’apaiser, c’est à cette condition que nous pouvons obtenir d’avoir l’esprit libre, de connaître le repos et la paix. Car l’Immobile de cœur qui réside en nous, c’est la vie qui palpite à chaque instant, la perfection primordiale, et je le redis, ainsi que je le disais dans mon livre Romano, les lettres à Grand-père* : 

 

« Ce qu’il y a de plus beau dans la vie, c’est la vie. »

 

Adamante Donsimoni ©sacem

Mes petites pensées du quotidien.


Cette pensée est la base de mon enseignement au travers des ateliers que j'anime, ce retour à soi, au respect de soi, à la confiance.

 * Ce livre est toujours disponible auprès de moi.

 

05/09/2022

Jupes d’eau et de lumière

Fontaines de ballerine conçues par l'artiste Malgorzata Chodakowska en Pologne

 



Elles dansent dans la nuit qui recouvre la ville. Sur la place, ici, avant qu’elle ne soit place, dans ce qui était alors des forêts, vivaient des fées des bois. Voici venue l’ère des fées de fontaine. Vénus d’or habillées de rêves citadins, éblouissants miroirs pour conjurer l’oubli.  


déesses de la rue

jupes d’eau et de lumière-

un clapotis


Bras tendus vers le ciel sombre criblé des étoiles artificielles des immeubles, le regard en terre, ces sylphides métalliques sont l’évocation d’une nature confisquée. Que sont devenues les fées qui habitaient ici les forêts et les lacs, avant l’invasion des pelleteuses et des marteaux piqueurs ?


danseuses figées nues

cascades ruisselantes-

que de nostalgie


ici la main de l’artiste

réinvente la Nature.

 

Adamante Donsimoni ©sacem

 

Une vidéo de Malgorzata Chodakowska sur sa chaîne youTube

22/07/2022

Derrière la brume


La brume partout
Ici, dedans : le vide
Étrange vide
Il ne manque rien
Tout est toujours à sa place
Mais... absent
La brume
Le vide

La fenêtre
Cœur béant
S'ouvre sur un ciel
Gris sale
Tout est si lourd
L’humidité est étouffante

Quelque part dans Paris
Dans le froid d'un bloc opératoire
À l'instant où j'écris
Une poitrine s'offre au scalpel
Des doigts experts reprisent un cœur-
Ton cœur-
Comme le mien est lourd !

Qu’y a-t-il derrière la brume ?
Des chairs à vif
Un sang détourné
Un sommeil sans rêve
Battu d'anesthésiant
Une absence programmée
Et un si long temps d’attente

Traverseras-tu la brume
Pour me revenir ?

« Tout est à sa juste place »
M’a confié le sage de ma vision
Mais où donc est-elle
La juste place ?

Je n’en sais rien
Je ne sais rien
Sauf que
Je t'attends

Derrière la brume
Je t'attends.


Adamante Donsimoni©sacem
22 juillet 2022



pexels-craig-dennis-106682


10/07/2022

Le chant nostalgique

 

 

 

L'abbaye dans une forêt de chênes et le Moine au bord de la mer de Caspar David Friedrich.


Avec en fond le chant nostalgique de la mer, les ruines de l'Abbaye gémissent dans le vent, concert de branches dénudées et de vieilles pierres. Les quelques arbres souffreteux, torturés, gardiens d'un passé révolu, expriment la désolation des paysages maudits 

 

l'espace grignote
la vielle grille inutile-
la porte du vide


Quelques herbes rachitiques s'agrippent au sable. Ces lamentables touffes brûlées de sel de mer sont increvables, ici on s'accroche ou bien l'on meurt, il n'y a pas de demi-mesure


un moine égaré
un pénitent sans nul doute
erre, la bure au vent

le ciel sale du crépuscule
crache son ultime lumière.


Adamante Donsimoni
10 juillet 2022
sur les toiles L'abbaye dans une forêt de chênes et le Moine au bord de la mer de Caspar David Friedrich.
 

 

L'HERBIER DE POÉSIES

27/06/2022


Photo ©Adamante Donsimoni



 

Le chat de la lézarde



Le chat s’est faufilé par une lézarde du mur de la maison de retraite. 


je le vois de dos

il observe le jardin

caché à mes yeux


Derrière ce mur vieillissant sous l’effet des intempéries, d’autres se lézardent, sans bruit, isolés du monde, privés de vie, effacés aux regards. Il est de bon ton dans notre société de masquer ceux qui dérangent.


un monde sans vieux 

le doux rêve du jeunisme 

illusion des murs


Mais la mort, face cachée de la vie, se moque de la peur, aucun mur n’y peut rien. Le temps, l’usure lui ramènera, à leur tour, ceux qui la fuient. 


première ride

prémisse d'un adieu

un sillon de tendresse


on peut lire sur un visage

le grand art de la vie.

 


Adamante Donsimoni

24 juin 2022 ©sacem

Herbier de poésies 




24/04/2022

L’éléphant des nuages

 

La colline monte à l’assaut du ciel, accroche ses fleurs, ses herbes, ses buissons aux nuages qu’un arbre à l’agonie, esseulé tout là-haut, semble implorer


l’eau a reflué

la terre la lui a ravi

vaine fut la lutte


Un nuage éléphant se rit de ses prières, il suit les courants de l’espace vers d’autres contrées éloignées, d’ici là il aura changé d’aspect et le ciel, ici, sera redevenu d’un bleu d’une froideur absolue, sans la moindre trace de brume


tout s’en fuit un jour

tout se ruine et se dessèche

sous la loi du temps


un instant pour babiller

un autre pour disparaître.


Adamante Donsimoni ©sacem

23 avril 2022



photo Marine Dussarat 
pour la page 197 de l'Herbier de poésie

18/04/2022

Derrière le dragon

 


Photo adamante




Derrière le dragon 

un arbre s’est élancé 

vers le ciel


Une fenêtre se reflète sur une vitre, là un arbre de vie se dessine, un ciel se réplique, deux réalités se croisent. Deux que je vois, que j’aperçois


souvenir brodé

du napalm, sur un carré

de soie… le Vietnam


Quelque part dans la brume invisible de mes souvenirs, j’entends l’écho des bombes défoliantes… une réalité si vite oubliée. Et voilà que les assassins d’alors condamnent ceux d’aujourd’hui. 


folie meurtrière

au nom d’un dieu : le profit

Le même intérêt


L’avidité empoisonne la vie des peuples. Qui livre les armes aurait-il les mains propres ?  Et du côté des peuples, je me demande : certains martyrs le seraient-ils plus que d’autres parce qu’ils nous ressemblent ? 


L’hydre à quelques têtes

pense la mort en milliards

et le peuple  en sang.

 


Adamante Donsimoni © sacem


L'herbier de poésies