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25/11/2016

Le bassin aux poissons rouges



Dans le trouble des eaux où pourtant se reflète le ciel, quelques herbes aquatiques se balancent, doucement. Les yeux se perdent, s’oublient, boivent les nuages où se pose une libellule. La dimension de l’air fait place à celle des flots. C’est au-dedans que l’histoire se raconte, là où les poissons se rassemblent, en un conciliabule muet, pour une danse entre deux eaux. Accomplissement du rituel hermétique des concentrations, défi à la prétention humaine de tout savoir.
Dessous, une source sourdant de la vase fait bouger les papyrus. Ils s’inclinent et parfois se brisent. Une trop grande inclination envers cette déesse qui les nourrit leur a fait perdre la tête, à moins que ce ne soit le vent un peu trop brutal qui les a fait plier. Tout ne peut se résumer à l’interprétation humaine d’une quelconque déité qui les inciterait à se pencher ainsi avec dévotion affrontant le péril du pourrissement. Les herbes savent mieux que les Hommes qu’elles sont une part, une expression d’un Tout, au départ indifférencié, qui selon son gré prend formes, se plaisant à les multiplier. C’est lui le père-mère de la grande fratrie de la nature.
C’est sans doute la recherche de cette paix propre aux bassins qui fait s’asseoir auprès d’eux les rêveurs, les poètes et les philosophes, les vieilles gens et les enfants. Ils viennent y goûter un peu de la sagesse des mers, abandonnant pour un instant leur univers de dysharmonie où, par la répétition des fables du mental, ils risquent la mort par le dessèchement du cœur.

©Adamante(sacem)







20/11/2016

Les brumes du mont Lu



Les pins du mont Lu s’éloignent dans la brume tissée par les doigts des sages. Haleine de Li Bai* sur le sentier fleuri. Le brouillard boit mes craintes. Je me rends à l’espace, dépose armes et désirs, vouloir et frustration au pied de la montagne. L’immensité m’avale c’est doux comme une lèvre aimée d’un amour de lumière, et l’oubli… L’oubli rayonnant de présence. Plénitude infinie, et toujours cette sensation de descente en soi par la magie de la beauté. Sans vertige, s’enfoncer dans ses tréfonds, ne pressentir aucune limite, glisser, glisser, glisser comme on s’abandonne au plaisir.  Ici l’infini touche l’éternité, les brumes intérieures fusionnent avec les brumes de l’espace, c’est la paix.
Au cœur de l’étoile, dont chaque branche est un chemin vers l’autre, un geste de partage, irradiation de l’essentiel, pénètre l’univers. 
Ne suis-je pas sans cesse au centre de ce cœur où mon sang prend sa source ?

©Adamante Donsimoni (sacem)
16 novembre 2016  




*Le Mont Lu : terre des lettres, mont des poèmes, qui domine la province de Jiangxi en Chine.

**Li Bai poète chinois (701-762)

18/11/2016

De ciel et d’eau



De ciel et d’eau
monts criblés de soleil

Les couleurs fusent

De l’herbe à la fleur
de la terre au rocher
le bleu s’installe
se reflète
murmure

J’arrache au courant
des poignées d’enfance
attrapées au vol
et vogue ma folie
dans le fil de tes eaux
emportant à jamais
mon éternelle jeunesse
dans un éclat de rire.

Adamante © sacem



Sur une œuvre de Françoise Isabel



13/11/2016

Poussière d’étoile



Je glane ma jeunesse au courant de la rivière, les doigts perdus d’extase sous la douceur des algues douces comme ces lèvres qui murmurent au micro un sortilège d’amour.
L’espace dilaté m’emporte vers des cieux où Jésus, homme, fils de l’homme, gravé dans le bois de mon bureau par la main de la sève, s’envole.  Je suis là, poussière d’étoile ! Poussière d’étoile ! Des milliards de lumières se reflètent dans les eaux. Poussières d’étoiles ! Elles crépitent tout au fond du courant. La vie, le feu mêlé à l’eau ! Le ruisseau coule et coule infatigable. Suzanne a rejoint les sirènes et les Parques ont coupé le fil d’un rêve à peine ébauché. Je m’abreuve à la déchirure d’une âme offerte sur un torrent de notes excrétant la douleur de la séparation. La caresse de l’esprit donne à l’amour la transcendance, c’est là son éternité, l’osmose, le mélange primordial quand la forme se perd dans l’indéfini. Le temps est impuissant à flétrir de telles fleurs et si l’usure des jours qui se ressemblent tant peut parfois faire oublier le fond, il palpite, comme l’Être oublié au fond de soi.

Adamante Donsimoni (sacem)
12 novembre 2016



 




















https://le-champ-du-souffle.blogspot.fr/2016/11/merci-monsieur-cohen.html

11/11/2016

Merci Monsieur Cohen

La Terre ce matin 
L'eau
Les pleurs
Le Ciel ce matin
Lumière et joie
Leonard Cohen est parti
Le Grand Océan Primordial
Le Wu
Sans forme
Sans image
Sans nom
A repris l'homme
Sa voix
Son œuvre
Ici
Ses mots continuent
Ils chantent
Accompagnent nos vies
D'ornières en sommets
De troubles en transparences
Chemin de la roue
L'ombre est essentielle pour toucher la lumière
Elles se contiennent
S'engendrent
Chemin d'expériences
Équilibre du juste milieu.

Merci Monsieur Cohen
Je pose à cet endroit
Pour vous
Un ultime sourire
Et la vastitude d’un cœur
Ouvert sur une absence
Qui plonge vers la paix.

Adamante Donsimoni
11 novembre 2016

09/11/2016

Politique reality-show

Dehors des bourrasques torturent les branches encore ornées de leur feuillage automnal. Les feuilles multicolores sont emportées, croisent la fenêtre de mon bureau, grimpent plus haut que le toit de l’immeuble, virevoltent sans regagner le sol plus d’un instant.  J’entends la présence du vent par le gémissement des fenêtres.
Cette nuit, les USA ont élu leur nouveau Président. Le monde est devenu officiellement le plateau d’une télé réalité où le plus fort en gueule emporte les suffrages. Voici l’apogée du règne de la communication.  L’Europe momifiée s’étonne. Comme il sont loin des préoccupations des peuples les apparatchiks du pouvoir. Comment les « sans dents » ont-ils pu en arriver là ?
Eh oui, comment ? Monsieur mon Président, vous si avisé de protéger le climat du monde et incapable de protéger nos abeilles, nos vaches, nos poulets de la torture de l’élevage et de l’abattage.  Étrange non, craignez-vous soudain que vos « sans dents », exaspérés  par vos esquives puissent mordre ? Que le chaos orchestré par vos manques s’abatte sur notre sol ? Mais du chaos naît l’ordre, un monde à reconstruire. Tout ce qui est en haut se retrouve un jour en bas et la roue tourne.
Les nuages courent vers l’Est, charroi d’ombre et de lumière. Vont-ils eux aussi, émigrés d’un ciel en crise, vers un hypothétique  Eldorado qui les rejettera sans une hésitation ?  Certains ayant craché leurs eaux en chemins auront disparu une fois la tempête calmée.
L’analyse et la réflexion ne sont plus de mode au monde des médias et de la politique spectacle. Comment la pensée pourrait-elle suivre à ce rythme infernal, si rapide ?
« Les pensées pour moi-même » de Marc Aurèle sont de la bibliothèque du passé, bien trop lent !
Ce midi, la télé nous a montré des traders, visage inquiet, défait. J’y ai vu l’image de parasites jamais rassasiés du monde. Ceux qui produisent les vraies richesses ne sont pas invités au festin, ils sont les proies. Les moutons dont le berger tire la laine.
Il faut bien se raccrocher aux branches quand tout fou le camp ! Les religieux reprennent « du poil de la bête » comme l’aurait dit Prévert. Le « bien penser » est de nouveau de rigueur. L’image, toujours l’image, celle que l’on donne à voir. Le masque se contrefiche de la réalité.
Quelque part dans l’histoire, une vierge enfante d’un Dieu, puissance du pouvoir de l’esprit contre le sexe féminin. Comment la femme, ce sexe honnis, souillée, aurait-elle pu accoucher d’un Dieu ? Ah si les hommes pouvaient se reproduire entre eux…
Ailleurs un prophète, consomme un mariage avec une gamine de neuf ans épousée à six.
Ô le joli monde ! Le bel exemple ! La belle vie !
On se demande parfois si l’on n’aurait pas préféré de naître salade !

Le vent s’est radouci, plus de feuilles pour me saluer à la fenêtre. Mes mots, comme elles, retombent sur la ligne, inutiles et fatigués de tant de profonde bêtise.

Adamante ©Sacem
9 novembre 2016

06/11/2016

La nuit ensorcelée



Il joue du violon
la musique file vers la lune
Dans la nuit bleue
il s’envole
avec les oiseaux
au-dessus des toits bleus
des maisons éteintes
ensorcelées de sommeil
L’amour agite l’archet
l’âme du violon tribal
s’enchante
il fait naître la vie
il fait naître des fleurs
pour Elle
semblable à la lune
pour Elle
qu’on ne voit pas
pour Elle
qui rêve
tout en bas
-dans une maison
bleue
assoupie dans la nuit
bleue
du violoniste
amoureux-
du baiser
rubis
de ses lèvres
sombres
qu’un oiseau-note
messager du désir frémissant
de l’être aimé
déposera
en un souffle
sur ses lèvres
offertes
Un vrai baiser d’amour
qui la réveillera
Mais elle gardera
les yeux clos
pour faire durer un peu
ce sentiment de fête
enivrée dans sa nuit 
au contact
de cette bouche
tant désirée.
  Adamante (sacem)