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09/10/2018
Le silence de la forêt primaire
Retrouver le silence de la forêt primaire, le lourd parfum d’humus sous les pas enfouis.
Quitter les turbulences et les idées râpeuses pour que le cœur enfin s’abandonne au rythme initial de la palpitation du vide où tout est en suspens.
Trouver dans la fournaise le courant de fraîcheur et dans le froid le feu.
Glisser jusqu’au-dedans où l’indéfini commence.
Pénétrer les ténèbres concevant la lumière.
Mourir à tout vouloir pour le rien essentiel et se retrouver nu dans la plus infime des dimensions, reliée à l’immensité.
Oui, vivre la puissance de l’osmose annihilant mots et pensées dans le silence de la forêt primaire.
Adamante Donsimoni(sacem)
23 juillet 2018 après une matinée criblée de verbiages stupides
Hélios Anthos, Hélianthus
photo Marine
Dans le soir finissant, alors que la lumière
irradie l’océan, je marche sur le chemin de grève. Le parfum de quelques
épineux m’éveille.
Quel bonheur de vivre !
Un rien qui s’offre
avec le vent complice
et tout est parfait.
Quelques fleurs s’empourprent en cette
arrière-saison. Filles naturelles du Dieu flamboyant, enfants de la Terre où
elles accrochent leurs racines jusque dans les sols les plus rudes, elles
tirent leurs langues d’or au ciel.
Soleils et fleurs
petits astres délicats
magnificence.
02/10/2018
L’œil du canon
![]() |
| Carl Fredrik Reuterswärd, Non-Violence, 1980, bronze, Malmö © ADAGP, Paris, 2018, photo : François Polito |
Devant l’œil du canon, l’immensité frémit.
C’est alors qu’une sorte d’ange descendu d’un
nuage, de ses mains éthérées l’attrape et le noue.
Demain, s’écrie-t-il, ne devra plus jamais
voir le sang imbiber la Terre !
©Adamante Donsimoni
01/10/2018
Les vieux arbres ne sont pas éternels
Tout s’efface, s’enfuit.
Non ! Les vieux arbres ne sont pas éternels.
Si le vent porte longtemps la voix des enchanteurs, un pincement discret, cicatrice d’un passé heureux si vite disparu, serre le cœur quand on les écoute.
En cette fin d’automne, un vieil arbre s’est couché, la Terre le reçoit comme un don du ciel et les yeux brillent.
Adamante Donsimoni ©sacem
1 octobre 2018
suite à la disparition de Charles Aznavour
| Rose Ronsard photo adamante |
21/09/2018
Le chant du cygne
sur un tableau de Claude MonetOmbres tournées vers la lumière par désir insensé de brûlure. C’est le soir. Le feu, maître et roi, despote sublime et vénéré, grand ordonnateur de la consomption sacrée du végétal offert à la dessiccation, assure son règne sans partage.
Les moissons finiesles meules s’alanguissentsouvenir des grainsJaunes, oranges et rouges s’élancent du couchant pour incendier une ultime fois la paille dressée vers le ciel par la main de l’homme. La nuit qui s’annonce recouvrira bientôt les artères surchauffées de la Terre, mais en attendant le flamboiement des lumières bouleverse la réalité habituelle des choses. La chaleur est partout, partout le feu.Pourpres en fusionles couleurs crépitentle chant du cygne.©Adamante Donsimoni (sacem)
| Claude Monet, Meules, 1891, huile sur toile, 73 x 92 cm, collection privée |
Fin août 1890, à Giverny. Près de chez lui, dans
un champ, l’artiste Monet peint de grandes meules de foin. Il s’agite soudain,
hurlant des indications à sa belle-fille Blanche :
"Une autre ! Une autre !" Mais que réclame-t-il avec
tant d’insistance ? Une nouvelle
toile, tout simplement. Le peintre s’est engagé dans une entreprise ambitieuse
: immortaliser toutes les variations de la lumière sur les meules.
Liens vers les autres peintures des meules sur Artips
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14/09/2018
Vol au-dessus des eaux
Au-dessus des eaux, on dirait qu’ils dansent,
mais quelle danse ? Celle d’oiseaux heureux de vivre, goûtant du bec
l’instant présent en le saluant d’un vol, une danse d’amour peut-être, comme
une offrande.
Quelques étourneaux
s’égaillent au petit
matin
le rire du soleil
Les hommes ont inventé la danse pour
s’accorder la protection des Dieux et s’attirer la faveur des Esprits. Danse de
la pluie, danse de la guerre, danse de la chasse… Tout est à eux, ils
croissent, se multiplient et portent la mort.
La poudre à canon
le fusil en
bandoulière
et l’odeur du sang
Les oiseaux n’ont que faire de la protection
des Dieux et de la faveur des Esprits, ils sont de ceux de la nature que
l’humain foudroie.
A-t-on jamais vu un oiseau chamane ? Ils
n’ont pas inventé la danse pour se protéger des maléfices de la nature humaine.
Doit-on le regretter ? Ils ont la force des petits, celle de l’abandon, en
confiance, à cette vie qui ne cesse de leur être disputée.
Enfants de la terre
les oiseaux caressent
le ciel
quelle joie de la vie
07/09/2018
Dérive de blanc
Dérive de blanc - Adamante Donsimoni - ISWC T-703.989.509.7
Léonard Tsuguharu Foujita, Femme allongée, Youki, 1923, huile sur toile, 50 x 61cm, collection particulière © Fondation Foujita / ADAGP, Paris, 2018
Dans son regard de ciel, dans cette immensité de temps sans début ni fin, une histoire à peine esquissée pour nous laisser le temps du rêve.le retirementle profond des abyssesun cri d’absenceLa femme nuages, peut-être une chimère, nous livre par ses yeux la parole sans tain du silence. Impossible de s’exfiltrer, tout est poids dans cette légèreté.une colombel’esprit insaisissabledérive de blanc©AdamanteDonsimoni (sacem)
13/07/2018
Les larmes du jardinier
Illustrations Adamante
Un matin, il y a de ça fort longtemps, un jardinier avait brûlé les herbes de son vieux jardin, il avait décidé de le refaire, plus beau, plus harmonieux, afin d’y finir ses jours. Il ne restait plus que de la cendre sur la terre.Satisfait de son travail, il s’était mis à réfléchir devant cette étendue vierge et prometteuse.Quel aspect aurait donc le nouveau jardin qu’il allait planter là ? Il ferma les yeux et se mit à rêver.Il échafauda des plans, modifiant à l’envi dans son rêve, le parcours d’une allée, l’emplacement d’une tonnelle où goûter l’ombre l’été, celui d’un bassin où nageraient des poissons plus merveilleux les uns que les autres et où viendraient boire les oiseaux…Il souriait, s’imaginant se promener dans ce parc enchanteur et changeant sans cesse la disposition des plans pour atteindre la perfection.Mais pendant qu’il rêvait, pendant qu’il faisait et défaisait ses plans, les ronces, toujours promptes à envahir les espaces abandonnés, proliférèrent tant et tant qu’on ne vit plus un seul espace de terre vierge.Un jour, en sortant de son rêve, car il faut bien que les rêves aient une fin, le jardinier découvrit son jardin mangé par les ronces et les mauvaises herbes.Éploré devant un tel malheur, il se mit à gémir, il avait fait tout ce travail pour rien, pour avoir pire qu’avant. Il avait détruit un beau jardin et l’avait offert en cadeau aux ronces.
Il découvrit son jardin mangé par les ronces
Alors il se mit à le regretter son vieux jardin imparfait. S’il n’avait pas été pris de cette folie de détruire, il aurait pu maintenant se reposer à l’ombre des forsythias, il aurait pu écouter chanter les oiseaux dans un décor enchanteur et profiter de ce lieu pour y reposer sa vieillesse… Car il avait beaucoup vieilli. Les rêves, ça prend du temps si l’on n’y prend garde.Ses larmes se mirent à couler, à couler et plus elles coulaient, plus son vieux jardin lui paraissait plus beau et plus il en avait de regret. Il fut pris de désespoir devant tant de beautés perdues, ses larmes nourrissaient ses larmes, elles étaient intarissables. Elles ruisselaient sur la terre et plus elles ruisselaient plus le roncier assoiffé proliférait. L’espace qu’il occupait devint impraticable, c’était une forêt plus impénétrable que celle qui entourait le château de la Belle au bois dormant.
De ruisseau, ses larmes devinrent un fleuve, le fleuve à son tour devint une mer, une mer salée comme les larmes et le jardinier désespéré, affaibli, un soir de pleine lune, fut emporté par une vague.
Ses larmes se mirent à couler, à couler...
Jamais personne ne le revit, il s’était sans doute noyé dans son chagrin.Voilà pourquoi, quand on raconte son histoire, comme je vous la raconte maintenant, à la veillée, à l’heure où les ombres dansent menaçantes sur les murs, on conseille à ceux qui écoutent et qui rêvent de toujours garder un œil ouvert.Que ce conte vous fasse un heureux jour.
©Adamante Donsimoni (SACEM - SACD)
24/06/2018
Trois jours, trois ciels…
Mercredi 20 juin 2018Je me lève, mes pantoufles épuisées longent le corridor, débouchent au radar dans le salon. La lumière du Sud succède à l’ombre. Je lance un regard voilé vers l’extérieur et brusquement je me souviens : la consigne ! Ce matin et durant trois jours, je me le suis promis, je dois regarder le ciel, le raconter !Je m’approche de la fenêtre et observe. Pas un seul nuage, là-haut tout n’est que brume violette parfaitement homogène ; pas une seule traînée d’avion, pas un stratus pour interrompre la beauté de cet océan pourtant trompeur. Non ce n’est pas ici l’augure d’une immensité ruisselante de soleil. L’eau se cache partout dans les hauteurs, elle se révèle par l’absence de transparence et cette couleur violine née de la lumière fusant au travers d’innombrables particules de vapeurs humides. Les bruits eux-mêmes sont étouffés. Un chien aboie, un enfant pleure, la porte métallique du portail claque en se refermant tandis qu’une mobylette, sans doute dressée sur la roue arrière, s’époumone à rêver de vitesse en trimbalant son bagage humain. Rêve-t-elle de le jeter, comme on se débarrasse d’une mouche d’un geste machinal ou, comme un chien libérant son résidu de gamelle, au beau milieu du trottoir ?Je ne cherche pas à savoir. L’idée d’un café s’impose, m’extrait de ma torpeur et fait se diriger mes pas vers la cuisine. Un peu plus alerte, les papilles frémissant déjà de ce petit plaisir quotidien, je salue le jour par le chant de l’eau dans la bouilloire.
Jeudi 21 juin 2018Aucune luminosité à travers les persiennes de la chambre ce matin. Le ciel chargé de masses menaçantes n’incite pas sortir et pourtant, il le faudra bien, j’ai rendez-vous. Je me hâte. Une radio éructe un rap tonitruant au passage d’une voiture puis le calme revient, ce n’était rien d’autre qu’une petite vomissure de la rue, une révolte en décibels pour vider le malaise, rien qu’une petite impuissance.Les arbres se réveillent, ils frémissent et chantent leur chanson d’arbre. C’est la chorale du vent qui accompagne le grand ménage céleste. Nimbus et cumulonimbus s’enfuient. Ils iront un peu plus loin décharger leur trop plein, vomir eux aussi leur excès climatique. Moi, dès à présent, je peux sortir sans parapluie.
Vendredi 22 juin 2018Petit soleil dans la fraîcheur du matin, le jour sourit et s’amuse à dessiner de longs doigts blancs sur le bleu tendre du ciel. Un grand troupeau de moutons chemine doucement sur les plaines de l’azur, peut-être guidé par un Petit Prince devenu berger, qui sait ? Tout est douceur, je ferme les yeux, j’oublie tout, plantée dans mon salon, à rêver de rien. Mais mon chat lui n’oublie pas, il a faim, il miaule, dressé sur ses pattes arrière il m’implore en joignant ses pattes avant de façon répétitive.Je te laisse Petit Prince des nuages, c’est l’heure de la gamelle et tu le sais, un chat, ça n’attend pas.©Adamante Donsimoni (sacem)
14/06/2018
Jour de lessive au soleil
La lessive se balance au vent, sous le soleil, dans
cette campagne où les grillons oublient trop souvent de chanter depuis quelques
temps.
Caresse
du vent
sur
les herbes esseulées
mon
voisin chante
Comme
ils sont gais ces vêtements aux couleurs d’un coucher de soleil, séchant sous
le pommier. Ils me parlent de l’été, du voyage, de la lenteur, de la langueur.
Ma
pensée chemine
mon
regard se retire
un
volet claque
Ici,
il fut un temps où les vacances bourdonnaient d’abeilles, de chant d’oiseaux.
Et l’incessante stridulation des élytres tentait de couvrir la voix de ma mère
me criant de mettre mon chapeau.
J’ai
toujours sept ans
dans
mon cœur de soleil
le
vent me nargue
Dansez
pour moi habits colorés de juillet, ravissez mes yeux de vos élans retenus par
les cintres. Il y a en vous une envie d’envol et en moi le désir de vous
suivre, sans but, comme on suit un parfum sur une aile de papillon.
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| Photo adamante D |
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