Le ciel soudain se relâche, les nuages expirent le trop plein d’un long voyage. Crépitation des larmes venues d’un ailleurs lointain raconter la tristesse aux carreaux de mon bureau.
Quelque part dans le monde des gens meurent, de faim, de froid, d’abandon ; au fond d’un lit d’hôpital, sous les balles d’un assassin, les bombes d’une guerre ; dans un accident, un séisme, une tempête, un naufrage… Il est tant de façons de mourir, tant de façons de léguer la souffrance à ceux qui survivent.
La honte, l’impuissance, le désarroi accompagnent le regard que nous portons sur la mort, car la mort de l’autre est toujours douloureuse.
Un homme, un animal, un arbre, une terre, la destruction d’un être est comme un rêve exhalant son dernier souffle, il s’effondre avec en son dernier regard la lueur de l’incompréhension.
C’est ce regard que m’apporte la pluie ce soir et le carreau me raconte celui de l’éléphant empoisonné pour ses défenses, celui du rhinocéros mourrant de septicémie sa corne tronçonnée, celui du clandestin qui se noie, celui du dealer victime d’un règlement de compte, celui du cancéreux victime de la folie industrielle et des économies de marché, celui de l’enfant soldat privé de rêve, celui du vieillard dont la main orpheline se crispe sur l’absence…
Le vent gémit son impuissance.
Je me sens vide, comme éloignée de moi, égarée ? pas vraiment, lasse ? certainement.
Et pourtant, au travers de ce vide incertain, je perçois comme une sorte de bien-être, une sorte de réalisation nourrie d’abandon. Je sais qu’au fond, sans en comprendre les pas, cette danse absurde est normale. J’expérimente l’usure des galets, l’hypnose. Et tandis que la pluie redouble d’intensité, je perçois, inscrites dans mes chairs, des impressions de pluie qui m’apaisent.
Il n’est plus ni gaieté ni tristesse, je vis un entre deux d’émotion libéré de la pensée et de l’agitation.
Observatrice retirée, la vie, ma vie, toutes ces vies rythmées de morts, sont comme un film qui s’accélère et que j’observe en silence tandis que la pluie s’intensifie et bousculée de vent s’écrase sur les carreaux.
©Adamante (sacem)
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05/07/2014
16/05/2014
Comme il est nécessaire d’aimer pour être heureux !
Comme il est nécessaire d’aimer pour être heureux !
Il suffit de si peu, un mot, une phrase, un échange pour nous extraire de notre solitude et nous combler.
Il arrive parfois que l’on soit aimé sans y trouver de joie, tel un voyageur étranger sur la route du manque. Il n’est pas de bonheur partiel, cette composante solitaire et stérile n’est qu’illusion. Il nous faut aimer pour apprécier l’amour, aimer pour qu’il s’enflamme et devienne appelant.
L’amour seul peut nous ouvrir aux autres, aux animaux, aux plantes, aux choses mêmes. Il est étincelle si infiniment petite, si masquée aux regards qu’elle en est immense.
Voit-on l’immensité ? Pas plus que l’infiniment petit. À peine les discerne-t-on.
Souvent pourtant l’amour appelle et sans savoir pourquoi, nous voilà tout émus, comblés, même aux pires moments. Nous voilà aimants d’un amour sans but. Nous voilà brûlants, irradiants. Étrange complétude venue de nulle part à nos yeux aveugles.
Et puis nous comprenons que l’amour se donne, qu’il ne se prend pas.
Cet amour, je le vis comme un élan irrésistible de nos espaces intérieurs vers l’infini de l’espace, un élan pacifiant.
Aimer, comme il est nécessaire d’aimer pour être heureux !
S’ouvrir pour tout donner sans chercher de retour, voilà le vrai bonheur.
Et c’est là, dans cet espace de spiritualité totale, que s’inscrivent les luttes qui défendent la vie.
Ce que je sais, c’est qu’après l’avoir goûté cet amour, notre vie en est bouleversée, elle devient cheminement vers lui qui efface, balaye tous les manques et nous emplit au-delà de nous-mêmes.
Sur ce chemin, nous ne sommes pas seuls.
Quand se présente une traversée du désert, cet horizon de vide où l’on se sent inutile, taraudé par le manque, un mot parfois, même anodin, peut soudainement nous éclairer, nous faire aimants, nous sentir aimés.
J’imagine cette multitude d’étincelles qu’est l’humanité irradiant au même instant, que serait le monde ?
N’est-ce pas à chacun de nous de le créer ce monde, en s’éveillant, simplement en s’éveillant, nu de toute crainte de perdre ?
Que serait le monde abandonnant toute volonté de pouvoir à la volonté d’être ? Aimant, offert aux quatre vents, ouvert, uni à l’immensité cosmique.
Aimer, comme il est nécessaire d’aimer pour être heureux !
Adamante (déposé sacem)
04/05/2014
Magie d’un rayon de soleil.
Quand le ciel s’éclaire, que le soleil me révèle à quel
point je suis vivante, voilà qu’il me prend l’envie irrépressible de
m’alanguir. L’appel de la torpeur est irrésistible, je m’y glisse avec
gourmandise, sans remords ni honte.
L’heure est au ravissement. Je m’abandonne. La chaleur sur
ma peau n’est que plaisir.
Une vague de frissons irradie jusqu’au centre de mon corps.
Je connais le bonheur de m’ouvrir, de recevoir, de sombrer dans l’oubli de tout
ce qui n’est pas l’instant.
Ce bonheur d’Être c’est ma disparition, elle m’emplit et
déborde du centre de mon infini, au cœur de mes espaces intérieurs, jusqu’aux
confins de l’indéfini, la source.
J’expérimente à la fois l’infime et l’immense, le monde tel
que je le soupçonne dans sa dimension inexprimable.
Je sais participer, sans un mouvement, à la dynamique
éternelle de la roue et du cercle.
Un rayon de soleil c’est l’assurance de la dilatation de
l’Être englobant tous les Êtres. Un miracle naturel.
Pourtant, même si j’apprécie la chaleur, je ne crains pas
qu’elle disparaisse et que le froid s’installe. La rétractation qui accompagne
sa disparition n’est là que pour témoigner d’elle. Elle en est le reflet, la
réalité inversée, elle aussi génératrice de frissons, elle est animée de ce
même courant vibratoire qui irradie jusqu'au cœur du corps.
Le frémissement c’est le pont, le vortex qui unit yin et
yang. Il diffuse, pulse, abolit les frontières. Il me situe au centre et me
révèle ma nature d’ondes créatrices.
En frissonnant je m’éveille, j’expérimente la communion des
extrêmes, je perçois le froid dans le chaud, le chaud dans le froid.
J’accueille l’un en l’autre. Un efface deux, ce deux incongru à l’origine de la
séparation et de la multiplicité.
Par la magie d’un rayon de soleil, je comprends qu’il ne
peut rien y avoir de plus que Un.
01/05/2014
Inondation
Un banc dans la boue
le regard s’y repose
en contemplation
l’esprit s’apaise et vogue
sur les rives inondées.
Partout, la force des eaux impose son silence.
Le flot emporte biens et meubles, efface toute certitude,
réduit à néant l’idée de la sécurité si chère aux Hommes et leurs larmes
stériles gonflent le courant indifférent au désarroi.
Les arbres se reflètent en ce miroir trouble où les herbes
se font algues. Dans la nature tout s’adapte. C’est comme si l’éternité
enracinait le temps pris au piège des métamorphoses.
Demain la décrue
la boue offerte au soleil
la renaissance.
13/04/2014
Une nuit de printemps
Dans le
silence de la nuit, allongée sous la véranda qui conserve la chaleur du jour,
je goûte la paix.
Quelques
mouvements furtifs dans les herbes, le chant des grillons, la lumière
frémissante de la lune bercent ma rêverie.
Le
silence
dans
l’instant qui se donne
la
renaissance.
Je n’ai
conservé qu’une bougie dans le photophore suspendu à une poutre. Sa lueur
vacille sous le léger souffle du vent.
Mais, dans le
vieux cerisier orné de quelques fleurs encore cette année, la chouette ulule.
La lumière, pourtant si faible l’attire et la dérange. J’hésite un instant puis
me lève pour éteindre la flamme. Il ne faut pas déranger les habitants du
jardin, ils sont les maîtres des lieux en mon absence, moi je ne suis que de
passage.
Plus
de mouvements
l’instant
devient silence
je
m’efface, je renais
L’esprit
reprend sa place
plus
de temps, juste la paix.
©Adamante (sacem)
26/02/2014
Entre veille et sommeil
Le murmure d’un avion lointain, quelques craquements accompagnent ma soirée, rien
n’est jamais immobile.
Dans leur vie de béton et de fer, les murs s’expriment,
seraient-ils fatigués
de cette grande immobilité qui les contraint, pour des
siècles parfois à se dresser, solides, afin de protéger la vie qu’ils
hébergent? Est-ce une plainte ou un simple étirement indispensable à leur
maîtrise de la position verticale qui leur est impartie ?
Le tic-tac de l’horloge, régulier, imperturbable, ignore
jusqu’à la présence de la pile qui l’anime. Comme si rien d’autre n’existait,
il bat son rythme, indifférent à tous murmures, à tout craquement. Il est
soumis à cette hypnose implacable du son répétitif qui le mène jusqu’à
l’épuisement où soudain, d’une seconde à l’autre, le silence l’efface et reprend ses droits.
Pour l’heure, la nuit embrume les derniers bruits, quelques
sons confus crèvent la bulle de retrait dans laquelle je m’enfonce doucement.
Je vogue vers les rivages des rêves éveillés, des abandons d’avant sommeil. Je
glisse vers ces berges où l’être sans âge s’éveille tandis que le mental se
replis, vaincu par la fatigue d’un corps marqué insensiblement chaque jour par
l’accumulation des jours.
Qui des deux veille à cet instant ?
Je suis au point
ultime où toutes mes expressions de vie se confondent, parfaite complétude, voie
du milieu, équilibre sublime.
Délicieuse ambiguïté de cet instant où, en oubliant jusqu’à
soi-même, on se retrouve.
Il n’est pas d’heure plus précieuse que cette heure
avant sommeil.
Brusquement, le vent contrarié par je ne sais quel obstacle
se met à gémir sur la terrasse. Sa plainte s’insinue au sein de ma torpeur. Il
m’appelle, je le reçois.
Nous avons tant de souvenirs tous deux, tant de jeux
partagés. Je nous revois : il me pousse, j’ouvre les bras lui offrant plus
de prise, j’ai beau lui résister, j’avance
et j’adore ça. Soudain je le provoque, je me retourne, je lui fais face, il m’attrape,
il m’étouffe alors je me détourne et je me mets à rire.
Le vent c’est le
bonheur.
Ce père invisible qui a bercé mon enfance est toujours le bienvenu. Je
suis fille du vent, je l’aime de caresse en tempête, de souffle en rugissement.
Je ne crains rien de lui, il est ma force, il m’habite. Il est partie de mon
être.
Pendant que je goûte le vent, la joie de sa présence, je
sais que dans le monde il en est qui meurent, il en est qui naissent, d’autres
qui hésitent à la porte de ces deux mondes.
Lorsque viendra le tour de mon passage dans l’autre vie,
sans doute il sera là pour m’emporter le vent, vers cet horizon où je suis
attendue. J’imagine que grâce à lui je partirai sans crainte.
Mon corps s’appesantit, mes yeux se ferment.
Irrésistiblement
je plonge dans le sommeil.
Qu’importe le réveil, l’infini est là qui m’accueille.
©Adamante (texte déposé SACEM)
19/11/2013
Et soudain l’évidence
Au-delà de la mort
des murmures
les paroles d’un maître
désincarné
enseignement sans mot
ultime sagesse offerte à l’écoute
Par-delà l’illusion
soudain
la certitude
la joie profonde
la paix
la tendresse originelle
tout est si calme
Le métro pourtant
charrie ses flots humains
je lis sur les visages
ternis par les laideurs
la beauté des êtres
je perçois cette racine enfouie
de l’essence sublime
je vois l’espoir
vivant
autour de moi chacun le porte en lui
il ne peut que fleurir
annihiler les peurs
conjurer la folie
c’est écrit
là
sur ces visages
derrière ces regards fatigués
C’est écrit.
©Adamante sacem - 2013
14/10/2013
Quitter la brume
Quitter la brume©Adamante 7/09/2013 Sacem
retrouver la fraîcheur
la liberté
cette vacuité
« impressions petits matin »
tête apaisée
vivifiée
la brise
renouveau
bien être d’enfance
neuf chaque jour
pas d’avant
pas de pollution
l’heure
toujours première
toujours nette
sans interférence
pas d’horizon trouble
d’atmosphère viciée
sourire de soleil
total
sans arrière pensée
sans soupir
sans crainte
pur
dressé
comme une herbe
naturellement
spontané
comme un chant
anonyme
dans le feuillage
en paix
comme l’arbre
assuré dans ses racines
planté
là
sans avant
ni après.
06/09/2013
Pour Nelson Mandela
Acrylique sur bois - collection privée - ©Adamante
J’ai vu le doigt d’un homme
qui, de sa prisonmontrait à son peuplele cheminvers la liberté
J’ai vu la main d’un Sageau regard de lumièrecaresser les espoirsdes peuples
J’ai vu l’aura d’un Êtrerayonner sur le mondela vibration de l’Unune étoileune lumière traversant la lumièrepour tracer un cheminvers l’égalité
J’ai entendu sa voixporteuse d’horizonslibres et infiniset j’ai su que la vieet j’ai su que l’amourn’étaient pas que des motset de vagues promesseset j’ai su que demainiciau pays de la Terreune colombe viendraitpour guérirla meurtrissure des peupleset que la paix enfin éclorait du chaoset que l’humanitérêvée par une indéfinie consciencenaîtrait enfinlibresimplement libre.
©Adamante SACEM
09/08/2013
Fait divers
Les hauts de Pantin
une femme
elle pleure
soutenue
par un flic
je suis à ma fenêtre
un tel désespoir
cela touche
elle vomit
cela sent la mort
le drame
sans doute
un enfant
qui a mal tourné
Je le saurai plus tard
en écoutant la radio
Pour l’instant
je ne sais rien
je m’interroge
le quartier est verrouillé
la police est partout
pompiers
samu
attendent
les passants s’arrêtent
s’inquiètent
Un hélicoptère
nous observe
à peine s’il bouge
en vrombissant
c’est lui
qui m’a alertée
Un fait divers
« deux hommes en moto
ont descendu un jeune de vingt ans
connu des services de police… »
Je soupire
Ce soir
une mère pleure
victime
désemparée
d’un monde
à la dérive.
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