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19/03/2015
La porte déglinguée
Dans la rue du Bel Air, qui ressemble plus à une sente qu’à une rue, ce qui fait son charme, je croise une porte mal rasfistolée, toute de guingois, qui ne garde plus rien. Elle n’est plus qu’illusion, apparence de fermeture.
J’hésite à la pousser, si elle est plantée là c’est pour me signifier que derrière on aspire à la paix. Je pourrais frapper, mais quoi, c’est elle qui m’intéresse, pas ce qu’elle tente de cacher. Je la regarde comme on regarde la topographie en ruine d’un visage trop fardé.
Je contemple l’absurde jusqu’au vertige, jusqu’à la révélation. Cette chose déglinguée devrait être exposée à la fiac. N'y a-t-il pas là, un cou sans tête, l’esquisse d’un sein ? Ce pourrait être le début ou la fin d'un tronc, au choix, qui se dessine au creux de ce pansement de planches clouées.
Je me retiens de l’arracher à ses gonds pour l’emporter sous mon bras et la planter au beau milieu de ma prochaine exposition. Elle serait là, tout aussi inutile, fermée, au centre de la salle.
Qui oserait alors l’ouvrir et la passer, comme on passe sous l’arche des portes de Paris, rien que pour le plaisir ?
©Adamante -SACEM
27/02/2015
Impression d'un soir d'hiver
Ils sont là, ils attendent. Campés sur le couchant comme les
chats dans les herbes.
Les nuages, au lointain, déversent leur trop plein d'ombre.
Éventail zébré de pluie, rayonnement de brume sur l'avant de
la nuit.
Sont-ils cerbères ou sphynx ? Ils guettent, menacent et
protègent.
Le temps que j'écrive, l'horizon a avalé tout le restant de
bleu.
Le jour est mort, vive la nuit.
Le jour est mort, vive la nuit.
Il ne reste plus que les yeux de braises des immeubles
méditant sur la folie du monde.
©Adamante SACEM
24/02/2015
Ermitage
Mon dessin terminé, je me retrouve seule. Je me lève,
regarde au carreau.
Dehors l’embouteillage excite la circulation, voix
sinistres des klaxons sous la pluie. J’écoute, l’attention volontaire me fait
glisser dans le retirement.
Les gouttes brouillent le paysage, œuvre incertaine
de ce jour sans conviction.
Le vent gémit. Il cherche son chemin au travers des
imperfections de ma fenêtre et le trouve.
Par la loi des transformations le voici courant d’air, je
frémis.
Je retourne à ma table de travail, note mes sentiments en
attendant que le thé infuse.
Des pantoufles, un bon pull, une tasse fumante, le loisir de
penser, le privilège de créer, j’ai la chance de ne pas vivre dans la rue.
©Adamante SACEM
12/02/2015
Avoir chaud quand il gèle
(Extrait de mes lettres à Grand père*)
Quel temps fait-il chez vous ? Ici le froid arrive timidement, la pluie, l’humidité et le vent nous accompagnent de plus en plus souvent.
Moi, je goûte la douceur d’avoir chaud dedans lorsque du dehors les éléments nous chassent.
J’ai toujours aimé me calfeutrer dans la tiédeur d’un refuge, lorsque la température extérieure se faisait hostile. Le tout, bien entendu, est d’être au bon endroit et d’avoir la chance de posséder le refuge.
Vous me connaissez, Grand père, j’ai mal pour ceux qui meurent de froid. J’aimerais que chacun ait la possibilité de connaître la joie d’avoir chaud, pelotonné au fond de sa demeure, fut-elle modeste, lorsque l’hiver arrive.
Avoir chaud quand il gèle est un luxe qui se refuse aux plus démunis. Avec la faim, il n’est pas d’injustice plus grande au monde. Le premier des droits de l’homme devrait être de ne jamais avoir froid, de ne plus jamais avoir faim, car la nourriture est chaleur.
Il faut goûter en conscience le bonheur de la chaleur d’un foyer pour comprendre la cruauté de son absence. Ce soir, je me repais de ce bonheur, des souvenirs qu’il génère.
Que de feux de bois brûlent dans ma mémoire, que d’heures, égrenées par la pendule ancestrale de mes souvenirs, continuent à rythmer mes impressions de la morte-saison bien au chaud.
Je n’ai plus envie de partir.
Ici, dans cette campagne creusoise, je crois retrouver le joyau de l’enfance, caché dans les prémices du froid. Chaleur d’une flamme, d’une soupe chaude, de bras qui se referment sur vous lorsque le sommeil vous emporte et que l’on est petit, tout petit.
L’entendez-vous Grand-père, l’escalier qui grince ?
L’enfant ne cesse de sommeiller en moi, je n’ai même pas besoin de fermer les yeux, j’y suis. Il fait bon vivre, papa et maman ne sont pas loin, rien de mal ne peut arriver.
Voyez-vous Grand-père, l’enfance n’est pas derrière nous, elle est au-dedans de nous, elle jouxte notre vie d’adulte.
C’est une grossière erreur de la croire derrière. Faut-il avoir abandonné le rêve pour en arriver à cette extrémité!
En vérité, abandonner le rêve c’est abandonner le réel. Je rêve donc je suis, car je me rêve depuis ma naissance jusqu’à ma mort !
Le rêve guide mes pas vers mon devenir, c’est ainsi, le reste n’est que mensonge.
Rien ne peut m’empêcher à chaque instant d’avoir l’âge de tous mes âges.
Je suis et serai une éternelle enfant, une éternelle adolescente, une éternelle vieille, le tout à la fois, inestimable cadeau de la vie.
Et je lui dis merci ! Il n’est pas toujours facile de voyager en elle, de se heurter à ce qui nous apparaît être ses contradictions et de conserver un semblant d’équilibre.
Mon cerveau est un funambule, il travaille sans filet au-dessus du gouffre des idées antagonistes.
La sentez-vous la rupture Grand-père ? Le sentez-vous le point à ne pas dépasser pour ne pas plonger irrémédiablement sans espoir de retour ?
Je vis, cela ressemble une grande partie de poker.
Je joue, je remets tout en jeu. Le gain est éphémère, c’est là son principal attrait : jamais rien d’acquis, toujours tout à conquérir ; toujours veiller à secouer la torpeur qui parfois frappe par lassitude, par oubli du mouvement.
Mais vous le savez, vous, Grand-père, l’idée de la mort est une invention humaine, une absurdité, tout juste un épouvantail pour effrayer ceux qui ont rogné leurs ailes et tremblent devant l’inconnu.
Je vous connais Grand père, de quoi pourrais-je avoir peur ?
Adamante ©SACEM
*Mes lettres à Grand père sont des promenades épistolaires empruntant à la poésie chinoise, magnifiquement servie par des Maîtres comme Li Po ou Wang Wei, la narration de l’instant qui se donne à vivre et des réflexions qui l’accompagnent, en témoignant d’expériences du quotidien, toujours reliées à une certaine recherche spirituelle dépourvue de toute implication religieuse.
Ce choix de concevoir cette œuvre sous la forme de lettres me semblait correspondre parfaitement pour converser avec un personnage virtuel, apparenté à un confident, un sage, un témoin discret de mes questionnements.
10/01/2015
Oui, je suis Charlie
Contre les mots de la violence
Contre les mots du pathos
Les attitudes bien pensantes
La marche des SarkoMerckHollande...
Pour m'élever, partout sur la planète,
Contre le fanatisme, l'assassinat
Les Saint Barthélémy, la Charia, le djihad...
Pour saluer les héros de la liberté d'expression
Qui ont choisi les images pour illustrer la Résistance
Je marcherai en silence, dans le déchirement et le respect
En paix, debout, le regard grand ouvert.
Oui, je suis Charlie, car je déteste les muselières
Les attitudes, les mots convenus et toutes les formes de récupération.
Adamante
08/12/2014
L'horizon
L’horizon ? une vague de croupes et de phallus d’immeubles dressés sur l’infini. Ce mur interdit, verrouille les nuages et toute idée de fuite. C’est lourd, poisseux comme un poulet en cocotte cuit au beurre sur la gazinière graisseuse d’une cuisine jaunâtre au fond d’un logement miteux d’un immeuble délabré.
Quelque part, aux pieds de cet entremêlement de gris, teint béton, et d’arbustes souffreteux, des voies rampent sur le sol où des cafards pressés, tout de tôles et de roues, crachent leurs particules fines dans le brouillard. Et ce n’est pas quelques lumières anémiques plantées là par Noël dans cette banlieue ignorée des fêtes qui vont enchanter la nuit.
À l’encoignure d’une porte, multipliés par la voracité insatiable du système, des hommes et des femmes murés de dénuement tendent sans conviction leur main blasée à des passants aveugles. Le monde marchand les a vomis un jour, sur le bord d’un trottoir, fatalité.
Le sol est froid aux membres engourdis, le sang pâlit dans les veines corrompues. Demain n’a aucun sens, pas même l’instant futur qui vient s’additionner sans surprise à celui d’avant, aussi froid, aussi éteint.
Et pourtant, au travers de ce gris, au travers de la brume, par le rythme régulier encore d’un organe qui pulse son sang dans cet édifice de chairs lasses, bien caché, quasi invisible, se terre l’espoir. Sentiment insensé, racine de vie indurée qui, jusqu’à l’instant ultime de l’épuisement fatal où elle rompt, puise la moindre force dans ce désert pour maintenir l’édifice humain tendu vers ce rêve confisqué de soleil et de rires. Rêve qui tout au fond de lui, étonnamment, comme un arbre torturé de tempête, se refuse obstinément à mourir.
Quelque part, aux pieds de cet entremêlement de gris, teint béton, et d’arbustes souffreteux, des voies rampent sur le sol où des cafards pressés, tout de tôles et de roues, crachent leurs particules fines dans le brouillard. Et ce n’est pas quelques lumières anémiques plantées là par Noël dans cette banlieue ignorée des fêtes qui vont enchanter la nuit.
À l’encoignure d’une porte, multipliés par la voracité insatiable du système, des hommes et des femmes murés de dénuement tendent sans conviction leur main blasée à des passants aveugles. Le monde marchand les a vomis un jour, sur le bord d’un trottoir, fatalité.
Le sol est froid aux membres engourdis, le sang pâlit dans les veines corrompues. Demain n’a aucun sens, pas même l’instant futur qui vient s’additionner sans surprise à celui d’avant, aussi froid, aussi éteint.
Et pourtant, au travers de ce gris, au travers de la brume, par le rythme régulier encore d’un organe qui pulse son sang dans cet édifice de chairs lasses, bien caché, quasi invisible, se terre l’espoir. Sentiment insensé, racine de vie indurée qui, jusqu’à l’instant ultime de l’épuisement fatal où elle rompt, puise la moindre force dans ce désert pour maintenir l’édifice humain tendu vers ce rêve confisqué de soleil et de rires. Rêve qui tout au fond de lui, étonnamment, comme un arbre torturé de tempête, se refuse obstinément à mourir.
©Adamante Sacem
05/07/2014
La danse de la pluie
Le ciel soudain se relâche, les nuages expirent le trop plein d’un long voyage. Crépitation des larmes venues d’un ailleurs lointain raconter la tristesse aux carreaux de mon bureau.
Quelque part dans le monde des gens meurent, de faim, de froid, d’abandon ; au fond d’un lit d’hôpital, sous les balles d’un assassin, les bombes d’une guerre ; dans un accident, un séisme, une tempête, un naufrage… Il est tant de façons de mourir, tant de façons de léguer la souffrance à ceux qui survivent.
La honte, l’impuissance, le désarroi accompagnent le regard que nous portons sur la mort, car la mort de l’autre est toujours douloureuse.
Un homme, un animal, un arbre, une terre, la destruction d’un être est comme un rêve exhalant son dernier souffle, il s’effondre avec en son dernier regard la lueur de l’incompréhension.
C’est ce regard que m’apporte la pluie ce soir et le carreau me raconte celui de l’éléphant empoisonné pour ses défenses, celui du rhinocéros mourrant de septicémie sa corne tronçonnée, celui du clandestin qui se noie, celui du dealer victime d’un règlement de compte, celui du cancéreux victime de la folie industrielle et des économies de marché, celui de l’enfant soldat privé de rêve, celui du vieillard dont la main orpheline se crispe sur l’absence…
Le vent gémit son impuissance.
Je me sens vide, comme éloignée de moi, égarée ? pas vraiment, lasse ? certainement.
Et pourtant, au travers de ce vide incertain, je perçois comme une sorte de bien-être, une sorte de réalisation nourrie d’abandon. Je sais qu’au fond, sans en comprendre les pas, cette danse absurde est normale. J’expérimente l’usure des galets, l’hypnose. Et tandis que la pluie redouble d’intensité, je perçois, inscrites dans mes chairs, des impressions de pluie qui m’apaisent.
Il n’est plus ni gaieté ni tristesse, je vis un entre deux d’émotion libéré de la pensée et de l’agitation.
Observatrice retirée, la vie, ma vie, toutes ces vies rythmées de morts, sont comme un film qui s’accélère et que j’observe en silence tandis que la pluie s’intensifie et bousculée de vent s’écrase sur les carreaux.
©Adamante (sacem)
Quelque part dans le monde des gens meurent, de faim, de froid, d’abandon ; au fond d’un lit d’hôpital, sous les balles d’un assassin, les bombes d’une guerre ; dans un accident, un séisme, une tempête, un naufrage… Il est tant de façons de mourir, tant de façons de léguer la souffrance à ceux qui survivent.
La honte, l’impuissance, le désarroi accompagnent le regard que nous portons sur la mort, car la mort de l’autre est toujours douloureuse.
Un homme, un animal, un arbre, une terre, la destruction d’un être est comme un rêve exhalant son dernier souffle, il s’effondre avec en son dernier regard la lueur de l’incompréhension.
C’est ce regard que m’apporte la pluie ce soir et le carreau me raconte celui de l’éléphant empoisonné pour ses défenses, celui du rhinocéros mourrant de septicémie sa corne tronçonnée, celui du clandestin qui se noie, celui du dealer victime d’un règlement de compte, celui du cancéreux victime de la folie industrielle et des économies de marché, celui de l’enfant soldat privé de rêve, celui du vieillard dont la main orpheline se crispe sur l’absence…
Le vent gémit son impuissance.
Je me sens vide, comme éloignée de moi, égarée ? pas vraiment, lasse ? certainement.
Et pourtant, au travers de ce vide incertain, je perçois comme une sorte de bien-être, une sorte de réalisation nourrie d’abandon. Je sais qu’au fond, sans en comprendre les pas, cette danse absurde est normale. J’expérimente l’usure des galets, l’hypnose. Et tandis que la pluie redouble d’intensité, je perçois, inscrites dans mes chairs, des impressions de pluie qui m’apaisent.
Il n’est plus ni gaieté ni tristesse, je vis un entre deux d’émotion libéré de la pensée et de l’agitation.
Observatrice retirée, la vie, ma vie, toutes ces vies rythmées de morts, sont comme un film qui s’accélère et que j’observe en silence tandis que la pluie s’intensifie et bousculée de vent s’écrase sur les carreaux.
©Adamante (sacem)
16/05/2014
Comme il est nécessaire d’aimer pour être heureux !
Comme il est nécessaire d’aimer pour être heureux !
Il suffit de si peu, un mot, une phrase, un échange pour nous extraire de notre solitude et nous combler.
Il arrive parfois que l’on soit aimé sans y trouver de joie, tel un voyageur étranger sur la route du manque. Il n’est pas de bonheur partiel, cette composante solitaire et stérile n’est qu’illusion. Il nous faut aimer pour apprécier l’amour, aimer pour qu’il s’enflamme et devienne appelant.
L’amour seul peut nous ouvrir aux autres, aux animaux, aux plantes, aux choses mêmes. Il est étincelle si infiniment petite, si masquée aux regards qu’elle en est immense.
Voit-on l’immensité ? Pas plus que l’infiniment petit. À peine les discerne-t-on.
Souvent pourtant l’amour appelle et sans savoir pourquoi, nous voilà tout émus, comblés, même aux pires moments. Nous voilà aimants d’un amour sans but. Nous voilà brûlants, irradiants. Étrange complétude venue de nulle part à nos yeux aveugles.
Et puis nous comprenons que l’amour se donne, qu’il ne se prend pas.
Cet amour, je le vis comme un élan irrésistible de nos espaces intérieurs vers l’infini de l’espace, un élan pacifiant.
Aimer, comme il est nécessaire d’aimer pour être heureux !
S’ouvrir pour tout donner sans chercher de retour, voilà le vrai bonheur.
Et c’est là, dans cet espace de spiritualité totale, que s’inscrivent les luttes qui défendent la vie.
Ce que je sais, c’est qu’après l’avoir goûté cet amour, notre vie en est bouleversée, elle devient cheminement vers lui qui efface, balaye tous les manques et nous emplit au-delà de nous-mêmes.
Sur ce chemin, nous ne sommes pas seuls.
Quand se présente une traversée du désert, cet horizon de vide où l’on se sent inutile, taraudé par le manque, un mot parfois, même anodin, peut soudainement nous éclairer, nous faire aimants, nous sentir aimés.
J’imagine cette multitude d’étincelles qu’est l’humanité irradiant au même instant, que serait le monde ?
N’est-ce pas à chacun de nous de le créer ce monde, en s’éveillant, simplement en s’éveillant, nu de toute crainte de perdre ?
Que serait le monde abandonnant toute volonté de pouvoir à la volonté d’être ? Aimant, offert aux quatre vents, ouvert, uni à l’immensité cosmique.
Aimer, comme il est nécessaire d’aimer pour être heureux !
Adamante (déposé sacem)
04/05/2014
Magie d’un rayon de soleil.
Quand le ciel s’éclaire, que le soleil me révèle à quel
point je suis vivante, voilà qu’il me prend l’envie irrépressible de
m’alanguir. L’appel de la torpeur est irrésistible, je m’y glisse avec
gourmandise, sans remords ni honte.
L’heure est au ravissement. Je m’abandonne. La chaleur sur
ma peau n’est que plaisir.
Une vague de frissons irradie jusqu’au centre de mon corps.
Je connais le bonheur de m’ouvrir, de recevoir, de sombrer dans l’oubli de tout
ce qui n’est pas l’instant.
Ce bonheur d’Être c’est ma disparition, elle m’emplit et
déborde du centre de mon infini, au cœur de mes espaces intérieurs, jusqu’aux
confins de l’indéfini, la source.
J’expérimente à la fois l’infime et l’immense, le monde tel
que je le soupçonne dans sa dimension inexprimable.
Je sais participer, sans un mouvement, à la dynamique
éternelle de la roue et du cercle.
Un rayon de soleil c’est l’assurance de la dilatation de
l’Être englobant tous les Êtres. Un miracle naturel.
Pourtant, même si j’apprécie la chaleur, je ne crains pas
qu’elle disparaisse et que le froid s’installe. La rétractation qui accompagne
sa disparition n’est là que pour témoigner d’elle. Elle en est le reflet, la
réalité inversée, elle aussi génératrice de frissons, elle est animée de ce
même courant vibratoire qui irradie jusqu'au cœur du corps.
Le frémissement c’est le pont, le vortex qui unit yin et
yang. Il diffuse, pulse, abolit les frontières. Il me situe au centre et me
révèle ma nature d’ondes créatrices.
En frissonnant je m’éveille, j’expérimente la communion des
extrêmes, je perçois le froid dans le chaud, le chaud dans le froid.
J’accueille l’un en l’autre. Un efface deux, ce deux incongru à l’origine de la
séparation et de la multiplicité.
Par la magie d’un rayon de soleil, je comprends qu’il ne
peut rien y avoir de plus que Un.
01/05/2014
Inondation
Un banc dans la boue
le regard s’y repose
en contemplation
l’esprit s’apaise et vogue
sur les rives inondées.
Partout, la force des eaux impose son silence.
Le flot emporte biens et meubles, efface toute certitude,
réduit à néant l’idée de la sécurité si chère aux Hommes et leurs larmes
stériles gonflent le courant indifférent au désarroi.
Les arbres se reflètent en ce miroir trouble où les herbes
se font algues. Dans la nature tout s’adapte. C’est comme si l’éternité
enracinait le temps pris au piège des métamorphoses.
Demain la décrue
la boue offerte au soleil
la renaissance.
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