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05/10/2016
Les petits pieds
Quelle douceur ce jour ! Le Dieu Soleil chevauche avec tendresse le vent qui me chuchote ses histoires vertes. Personne mieux que lui ne peut me faire rêver si loin.
Quand je ferme les yeux pour mieux voir, il me révèle le rire léger de la cascade. Elle est toujours là, qui danse, si joyeuse, tout en haut du parc, en lisière de la forêt interdite. Forêt plus sombre et plus inquiétante que jamais. C’est l’inconnu qui s’y cache, rivé à la terre par les terribles racines tentaculaires de ce monstre antédiluvien, que je soupçonne toujours à l’affût, tapi au fond de mes terreurs enfantines.
Je ne franchirai pas la frontière, pas plus aujourd’hui qu’hier, j’ai toujours dirigé mes pas vers la lumière, je n’ai aucun attrait pour les ténèbres.
La mousse frissonne sous mes pieds nus, à cinq ans, ils sont si petits.
Depuis ils ont grandi, mais ce sorcier de vent me rappelle qu’il y avait là « le petit pied à Papa » et « le petit pied à Maman ».
C’est ainsi qu’ils les avaient nommés et se les étaient partagés. Le gauche, à Papa, le droit, à Maman. Répartition toute naturelle quant, au matin, je me glissais entre eux deux, dans leur lit, pour les réveiller. Le rituel était immuable, à gauche je sentais la main longue et fine de mon père enserrer mon pied gauche tandis qu’il s’écriait : « le petit pied à papa !» À droite, celle plus menue de ma mère accordait sa chaleur à mon pied droit en s’écriant : « le petit pied à maman ! ». Et ce n’était plus que rires.
Quelle merveilleuse façon de commencer une journée ils m’offraient là. Comme nous étions heureux !
Et voilà que maintenant, par la voix de ce sorcier de vent, je sens la présence de leurs mains sur mes pieds, si petits, si épanouis.
Oui ! Quelle douceur ce jour !
C’est parce que le Dieu Soleil le chevauche avec tendresse que le vent me chuchote mon histoire.
©Adamante (sacem)
le 10 avril 2014
05/07/2016
Conscience
À l’heure où les étoiles font
descendre les rêves jusqu’au lit des enfants, le sage tend l’oreille vers
l’espace.
Perplexe il s’interroge sur la finalité du monde.
Sa grande main
exprime un désarroi aussi profond que le vide après la douleur.
Venue du fond de sa
conscience, comme une fée jaillissant de son âme et prenant forme juste pour
lui, une voix lui murmure qu’il lui faut accueillir sans juger ni désespérer.
Alors ses yeux se voilent, il se retire dans l’infini de la compassion, au-delà
des sentiments qui bouleversent l’humanité.
Texte et recherche picturale "sans titre"
29/06/2016
Le grand cirque de la nature
Son dessin s’étire, ondule à la surface de ses rêves. Son trait serpente, flâne comme les badauds musardent en sifflotant. Les fleurs de son printemps intérieur parsèment sa création.
Ils sont si tristes les murs de la ville, si plein d’ennui ! Alors il les maquille. Et voici que commence la grande, la formidable représentation du grand cirque de la nature. Jacques Prévert en Monsieur Loyal, du haut de son ciel où dieu est un grand lapin qui connaît la musique, harangue la foule sous les roulements de tambours :
« Venez, venez, grands enfants, petits enfants, enfants du troisième âge, enfants du premier âge, venez. Quittez les rails, partez à l’aventure, cueillez la vie, cueillez les rires, faites-en des bouquets et offrez les autour de vous ! »
André Hardellet qui a revêtu la salopette du peintre rajoute :
« Choisissez le chemin le plus long pour aller, faites des détours, alanguissez-vous dans ses méandres, partez à la conquête de la liberté ! »
Alors comme pris d’une envie irrépressible de bonheur, ceux qui les écoutent, qui les regardent, sentent vibrer en eux le germe de la vie, cristal pur et inaltérable de la magie.
©Adamante Donsimoni (sacem)
AttentatCe matin je pense à la folie d'un monde qui inscrit sur la Terre, en lettres de sang, sa volonté de domination. La main qui tire n'est qu'instrument dans celles des puissants qui règlent leur comptes hors de leurs frontières territoriales et économiques.
24/06/2016
Danse rituelle.
Au lointain le rythme des percussions nous entraîne vers nos
racines, et ça résonne au cœur du corps dans la chaleur d’une nuit universelle.
Les notes s’envolent, se délient, serpentent, les peaux ruissellent leur parfum
primitif. Les corps se cherchent, le trouble remonte du profond des âmes où le
savoir disparaît sur l’autel des espèces. L’inexplicable en chemin s’écrit en
arabesques de feu et d’eau sur les pages glacées d’un livre des origines. Le
sacré se nourrit d’humeurs, de sang répandu sur la pierre, du martèlement
hypnotique des tambours chaman explorant la Terre mère, exprimant la mémoire
des abysses primordiales où le premier frisson fit exploser la vie. Livre
toujours ouvert et pourtant invisible, révélé par l’expression spontanée de
quelques lignes de soleil tracées sur l’expression architecturale d’une œuvre.
©Adamante (sacem)
d'après un tableau de MarHak
(partition de vie)
10/05/2016
Méditation autour d’un masque
Regard
intérieur
le temps a
cessé de battre
sur le pied
de vigne torturé
quelques
chimères
bras
retenus
tentent le
mouvement
mais tout
est vain
dans la
dimension du retirement
le monde
vibre sur une réalité sans forme
qui les enfantera
toutes.
03/05/2016
La bonté du masque
Roulent les flots d’un monde moussu de détergents stériles.
Vitrine d’un entre-soi de bien-pensants se penchant sur les
misères du monde, se félicitant de tant de clairvoyance, se congratulant de
tant de générosité.
Et pendant ce temps, le prisonnier innocent continue de
croupir en sa prison plurielle, celle de tous les horizons fermés où n’arrive
pas une note de ces voix justes capables de gonfler les gosiers sur la mélodie
de l’ego.
Le chant de l’oiseau, incantation au lever du jour, a bien
plus de force pour ouvrir la porte des geôles. Cette force-là, cette magie sans
calcul, a la grâce de l’amour qui se donne par amour.
08/04/2016
Volcan
Tout n’est plus que spasmes, grondements, fureur.
La fumée précède les langues du feu.
Chargé de soufre, l’air devenu irrespirable éteint la lumière, il fait nuit en plein jour.
La terre gémit, se tord, vomit la lave qui s’écoule, ruisseaux brûlants échappés de ses veines. Ils recouvrent, effacent, sculptent un nouveau paysage.
Demain, ici, un monde nouveau balbutiera. Mais aujourd’hui, continent à la dérive, sous le regard compatissant de la mère du Ciel, la terre enfante.
Toute destruction est renouveau.
Adamante (sacem)
Composition graphique (photo & dessin) Adamante
La fumée précède les langues du feu.
Chargé de soufre, l’air devenu irrespirable éteint la lumière, il fait nuit en plein jour.
La terre gémit, se tord, vomit la lave qui s’écoule, ruisseaux brûlants échappés de ses veines. Ils recouvrent, effacent, sculptent un nouveau paysage.
Demain, ici, un monde nouveau balbutiera. Mais aujourd’hui, continent à la dérive, sous le regard compatissant de la mère du Ciel, la terre enfante.
Toute destruction est renouveau.
Adamante (sacem)
Composition graphique (photo & dessin) Adamante
05/04/2016
Le petit cheval rouge
Le cirque de l’univers allume
ses étoiles
un petit cheval rouge
s’élance sur la piste
émotion de la voie lactée
il caracole parmi les astres
en fusion
sa cavalière
habillée de soleil
virevolte
pirouette
partout la fête
explosion de lumières
vibration des couleurs
sur une symphonie
Chagallienne
le dragon de l’amour
s’enflamme
exprime son génie
Love ! crie la Terre
love ! répond le Ciel
love ! martèlent les sabots
le petit cheval rouge
sème sur son chemin
marguerites et boutons d’or
un Elfe se penche
sa main emplie de fleurs.
©Adamante (SACEM)
sur le tableau Love8 de Martiros Hakopian (MarHak)
d'autres textes et l'image ICI
23/03/2016
Lettre à toi qui as choisi de mourir en martyr
Toi qui porte ta souffrance jusqu’au martyr pour tenter de
trouver la paix d’un paradis hypothétique, tu entraînes avec toi dans la mort
l’ennemi que tu rends responsable de ton mal-être. Regarde autour de toi.
Cet ennemi, c’est moi, je suis aussi toutes les victimes
passées ou à venir. Cet ennemi, le reconnais-tu ? C’est toi. Toi, l’affamé
d’amour qui, aveuglé par la douleur, croit le conquérir en brandissant la
haine.
Ta violence est un cri, j’en ressens toute la douleur, l’insondable
désespoir. Ce cri est le ferment de la guerre, éternel déchirement des peuples.
Égarement de qui n’a pas trouvé sa place.
L’enfance qui a mal dresse les poings, se jette dans la
tourmente et s’éloigne inexorablement de cette paix qu’il recherche. Il s’enlise
dans le désespoir.
De la guerre des boutons à la guerre en Syrie c’est le même
manque qui alimente la violence, crée l’humiliation. La riposte virile participe
du même principe, la crainte, souffrance qui naît de l’illusion de la
séparation.
Et pourtant, à chaque instant, ma partie guerrière lutte
pour ne pas crier à son tour et te pourfendre de son jugement. Je connais sa force,
je sais son désespoir et son impuissance à changer les choses. C’est dangereux
un tel désarroi. Alors, je l’accueille et la berce comme un enfant perdu. Je ne
veux pas me perdre dans ce tourbillon de folie, te perdre et me perdre à jamais,
en participant de ce mouvement infernal.
Voilà mon arme, chère désespérée partie de moi-même,
réunifiée, apaisée en moi, je
peux m’ouvrir à toi pour te recevoir, te bercer, te murmurer des paroles
d’espoir. Et mon corps, tout vibrant de tendresse, laisse couler ses larmes
silencieuses pour endiguer la pression de cette force à nulle autre pareille,
l’amour.
Toi, toi qui es moi entendras-tu cette vibration qui est
nous ?
Suite aux attentats en Belgique et partout ailleurs dans le monde.
22/03/2016
La quête
Il cherchait à s’en souvenir, mais son visage n’était jamais
le même. C’était elle pourtant, son côté enfantin et cependant quelque chose
manquait. Les détails s’affolaient oublieux du réel, en une imbrication
aléatoire des formes. Une chose pourtant illuminait sa mémoire, le rose de ses
joues, la finesse de ses traits. Mais ce rose, évocateur du printemps, portait
en lui la tristesse qui caractérise l’éphémère et le déchirement qui sied aux
amours romantiques.
Le grand Meaulnes, obsédé par son aventure d’un surréalisme
sans fioritures*, hanté par ce lieu dont il a perdu le chemin, dessine chaque
jour la carte pour tenter de le retrouver. Il se heurte aux croisements,
s’éloigne, se reprend, hésite, recommence.
Avec l’impétuosité de sa jeunesse, il trace ainsi le
portrait de sa quête.
©Adamante (sacem)
sur Senecio de Paul Klee
* Je suis émerveillée par
le surréalisme dont fait preuve au début de cette œuvre (parue en 1913)
l'écriture de Fournier, un surréalisme dénué des fioritures usitées par le
mouvement surréaliste (1919) faisant suite au mouvement Dada (1916). On voit là
la pâte des grands écrivains qui nous ouvrent en simplicité la porte d'une
autre réalité qui jouxte notre quotidien.
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