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28/06/2013

Le plafond


Enfant je m’endormais en voyageant dans les mots de silence que me chuchotait le bois du plafond.

Chaque soir une nouvelle histoire surgissait et m’emportait dans sa patience de veine au souvenir de sève. Cette respiration de l’arbre était écrite là, sous mes yeux, elle était témoignage pétrifié des strates des saisons. J’y lisais les irrésistibles appels des printemps qui poussent la nature à ascendre, animée de ce désir frénétique de se mêler au ciel ; les stridulations brûlantes des étés qui accompagnent les transformations vibratoires d’un monde de fougue épris d’expériences nouvelles pour expérimenter la touffeur explosive des orages puis les langueurs assouvies qui y succédaient ;  la plénitude des automnes accomplis, monarques des lumières et des saveurs, souverains avertis parés d’or et de rouille ; l’alchimie des hivers méditants et cavernicoles, dont le moindre souffle est avancée -infime mais péremptoire, vers la liberté des surfaces allongées au grand jour-,  traversée des ténèbres, initiation des feux descendus de l’éther lutter contre les eaux et ressortir vainqueur, ressourcé et neuf pour recommencer le cycle diurne des transformations.

Je comprenais à lire ce ciel de ma chambre que tous les Êtres, qu’ils soient de chair et de sang, de racines et de branches, portaient en eux les stigmates de ces forces qui les inscrivent dans le grand cercle de la vie.

Et ces histoires, ces épopées, naïves ou enchantées, qui m’emportaient chaque soir vers les rives du sommeil, n’étaient rien d’autre, -avec des personnages différents-, que l’expression de ces forces, une représentation de ce cercle,  que me racontait le plafond.

Il n’était aucun signe, aucun visage qu’il me montrait qui échappa à la règle. Si je n’en étais pas consciente alors, je savais que moi-même, en passant de la veille au sommeil, de mon matin à ma nuit, je ne faisais qu’accomplir ce cycle, en plus petit, en plus modeste, qui est le lot de tout ce qui vit et vibre.

Je pressentais que la mort avait sa place dans cette nuit, dans cette traversée des ténèbres, dans cette célébration d’un rite initiatique et confondant. Je pressentais que cette mort ne pouvait être que l’abandon de la lutte du feu contre l’eau redevenue souveraine, reprenant son bien, l’emportant vers un ailleurs qui nous interroge.

Je craignais pourtant que cette initiation d’un sommeil, similaire à ceux qui m’emportaient chaque soir, ne débouchât pour moi sur une nouvelle naissance, m’échouant sur une autre rive, un autre monde, où peut-être un hiver accouche d’un printemps pour poursuivre ce rite incessant des transformations et des engendrements.
Je ressentais cette crainte d’abandonner, de perdre, ceux qui m’accompagnaient ici et que chaque matin me faisait retrouver, soulagée.
Chaque soir me voyait m’aliter en espérant, sans y croire, une éternité de la vie telle que je la vivais le jour.
Mais le plafond fascinateur l’emportait toujours sur ma crainte et je plongeais, sans même m’en apercevoir dans ce sommeil si riche en questions restées sans réponses.

©Adamante

                                                          Un livre dans lequel je suis publiée 

                                                          Un article qui en parle


06/06/2013

Kayapos



Kayapos
un peuple
d’eau et de forêt
la terre
mère

Kayapos
contre le barrage*
contre les barrages

Kayapos
celui
qui nourrit son corps
du venin des guêpes

Kayapos
celui
qui ne craint pas
le venin des hommes

Kayapos
attaque le nid
piqûres des guêpes
dards
et
douleur
fatigue
et
courage
résister
protéger la rivière
contre le venin
plus de paresse
dans le corps
résister
se battre
vaincre
faire barrage
au barrage*
aux barrages

Kayapos
la nuit
la lune se marbre
de l’ombre
des feuilles

Kayapos
la forêt
la nuit
la voix de l’Esprit

Kayapos
sauver la rivière
pour protéger
la forêt
du monde
de l’indifférence générale
du pillage
de la destruction

Kayapos
celui
qui nourrit son corps
du venin des guêpes

Kayapos
celui
qui ne craint pas
le venin des hommes

Kayapos
contre les barrages

Kayapos
celui qui montre
au monde
le chemin
des hommes
le chemin
d’homme
le chemin
de l’homme
celui de la vie.

©Adamante


*le barrage de Belo Monte au Brésil

07/05/2013

L'oiseleur du temps - Jacques Lacarrière



Spectacle basé sur les textes de Jacques Lacarrière
 rythmé par la rencontre d'instruments de musiques de deux mondes


La vie et l'écriture. L'amour et l'écriture. L'ailleurs et l'écriture.
Pas d'ambition. Pas de concessions. Peu d'argent. Beaucoup d'amour. Beaucoup d'amis. Pas de calculs.
Refus des gloires enviées. Des itinéraires préparés. Des chemins publics. Des compromissions. Des institutions.
Écrire seulement pour être. Pour s'engager. Vers les autres. Avec les autres. Écrire pour dériver de l'homme ancien. Écrire pour dériver vers l'homme à naître. Rien d'autre.
Sourates, Ed. Fayard


01/05/2013

Paroles de Source



Les cordes
trop tendues
de ton esprit
grincent
pression répétitive
infernale
d’un archer fou
qui t’envahit de ses discordances.
Pas de repos
pas d’éclaircie
la solitude
le dégoût des non dits
des mensonges
des médisances
du mépris…
Prise dans ce tumulte
ballottée d’espace désaccordé
dans ce trouble de l’éther
ne sombre pas !
Ne cède pas
aux désillusions
aux attentes
aux rancœurs
tout cela n’est que mensonge.
Regarde vers l’azur
n’importe quel azur
pourvu qu’il soit silence
pourvu qu’il soit paix
pourvu qu’il soit eau
surface plane
reflétant un ciel neutre.
Tu dois t’extraire du monde
ne pas t’avilir à attendre
résister par l’abandon
confiant
à l’indéfini.
Jamais rien ne viendra
jamais
que de toi.
Tu es ta propre source
ton unique source
en toi réside l’infini
en toi réside ce plein
que d’aucuns
parfois
vampirisent
te laissant
seule
épuisée
avant même que tu en prennes conscience.
Relâche !
Il ne sert à rien de tenir
Relâche !
Il ne sert à rien de te plaindre.
L’instant emporte
toujours
avec lui
l’instant d’avant.
Ainsi il te libère.
Ne prolonge pas celui du trouble.
Relâche !
Et si tu parles
parle de soleil
d’espoir
de joie
de tendresse
Que tes mots soient purs
libres de tout passé
neufs
toujours renouvelés.
N’oublie pas
tu crées
par eux
par tes pensées
par tes silences.
Relâche !
Ton chemin
plus que tout autre
est solitaire
sans chapelle
sans rail
sans tracé apparent.
Au plus fort de la tourmente
par la vertu
de ces quelques mots égrainés
tu retrouves ta route.
Un sourire naissant te l’indique.
Aie confiance
là est ta place.
©Adamante 
 

21/04/2013

Le désert et l'oubli


Oublier... ne rien attendre... Oublier... ne rien attendre...  Oublier... ne rien attendre... 

L’espace
infini
du désert
simple
et
beau
rémanence
d’un air
En frémissant
les mots pulsent
s’évadent
rejoignent l’infini
se dissolvent
ne reste alors
que le rien
sans voix
total 
Qu’il est doux
de s’y perdre
et d’oublier
tout
jusqu’à soi-même.
©Adamante


12/04/2013

La beauté du Mont Lu


Je n’ai pas eu l’occasion de visiter le mont Lu lors de mon voyage en Chine, mais je me suis si souvent sentie en phase avec la montagne dans mes méditations et j'ai si souvent pratiqué le qi-gong en faisant appel à son esprit, que j’ai envie de tenter une expérience.

Je ferme les yeux, je tente d’imaginer le mont Lu, d’entrer en contact avec lui.

Ce n’est pas une image qui m’arrive mais une force que je sens rayonner jusqu’à moi.

Je suis récipiendaire d’un mystère qui m’envahit et, sans m’effacer, me donne une impression d’immensité.
Il me semble contenir l’univers tout entier, mais je continue de me percevoir dans ma dimension ordinaire et ce savoir de moi, cette dimension habituellement limitée, semble pourtant contenir l’infini.

Une image me vient à l’esprit : je suis un cercle, limité dans l’espace, qui contient le point, l’infini, et mon individualité, sans perdre la notion de son identité propre, pourtant si petite,  absorbe et contient celle de l’immensité.

Je fais l’expérience, l’espace d’un instant, d’une forme d’identité universelle, j'expérimente que la limite ordinairement suggérée par le corps n’est qu’un leurre, que mon corps est là pour appréhender les expressions du Tout.

En expérimentant cette force mystérieuse de la beauté du mont Lu j’expérimente la vacuité. Car c’est bien de la vacuité dont il s’agit, il n’est pas de mot plus juste, la vacuité force de cohésion naturelle.

Et j’en arrive à espérer que si quelqu’un pense à moi à cet instant, il puisse percevoir à son tour, cette force de cohésion qui lie les parcelles du Tout au Tout, « les petits ruisseaux font les grandes rivières ».

J’en déduis que c’est sans doute là que réside l’espoir de l’humanité car cette fascination née de l’évocation de la beauté, cette plénitude qui en découle, cette expérience de l’infini en soi, c’est l’amour.

Seul l’amour, parce qu’il est la force la plus puissante du monde a capacité de sauver le monde de la destruction.

Je pense au mont Lu
Sensation d’immensité
Amour infini.


09/04/2013

La paix du printemps


Je marchais dans le jardin, libérée de l’hiver et saluant le soleil,
observant autour de moi la construction des nids.

Une aile blanche
à peine un frémissement
là, dans le reflet de l’eau
et dans le vent du printemps
la neige des cerisiers

Un souffle d’air dans mes cheveux me redonnait la sensation de vivre, 
je m’éveillais, m’émerveillais comme une enfant en découverte.

Quelques pas légers
les verts tendres du chemin
tous ces chants d’oiseaux
et cette blancheur si pure
m’emportaient loin de la ville.

J’oubliais alors, la misère, l’injustice, la violence, les promesses jamais tenues d’un monde à la dérive.
Je goûtais la paix.
               ©Adamante - Dépôt SACEM avril 2012 


06/04/2013

Une main

Pour Anna 

Un son
tenu
les sourcils froncés
l’enfant
vide ses terreurs
par la voix
ses petits poings se crispent
la terre accueille
le feu
le sang
contrarié
elle transforme
elle apaise
elle guérit
douce
si douce...
au loin
un autre soleil
une autre terre
rouge
la poussière
et ce chant
ce souffle
qui résonne
profondément
il porte l’appel
de cette terre
mère
d’une vie
naturelle
entre l’aube et l’aurore
nature palpitante
qui suis-je
moi
entre la terre d’une petite déesse
et la mienne
qui m’a pétrie ?
un pont
un arc en ciel
ou une main
qui le porte
tendue
offerte
Une main
oui !
rien qu’une main
animée de soleil.

02/04/2013

Vivre libre


Je ne veux que le vent et l’espace
La mousse au hasard de mes pas
Rien que la nuit noire
Sans plaintes ni soupirs
J’ai besoin d’infini sous les projecteurs de la ville
Sous l’œil des caméras du monde civilisé
Je refuse l’espionnage préventif 
Je ne veux pas de protection
Je refuse la cage de la tutelle sociale
Je veux boire la liberté de l’air
Vivre mon âge adulte en conscience
Je revendique la liberté absolue de pouvoir risquer ma vie
Le droit de mourir au hasard de mon aventure
De refuser la peur distillée en images
Je veux vivre libre 
Je veux vivre.
©Adamante 

31/03/2013

Quand se lève la tempête


La fenêtre entrouverte, 
je regarde la mer. 
Je voyage
ma main 
sur le bois 
rugueux 
de la vitre
dont la peinture écaillée
ne compte plus son âge.
Au loin 
un phare 
lance ses éclairs 
comme un appel
un cri
dans la nuit.
Une solive craque
le passé se réveille. 
Je « m’ensonge » 
comme le disait Jacques Lacarrière, 
je passe les portes du temps, 
je pénètre un secret de murs, 
de vieilles pierres
dedans
des soupirs s’exhalent du parquet
tout un peuple prend vie
venu de l’ombre
dehors le vent le lève
de puissants nuages noirs menacent 
la mer se gonfle
prête au combat
et je me demande
je me demande
depuis qu’est née cette maison
qui domine la mer
combien
comme moi
un soir 
dans la solitude
le cœur pesant
concassé de chagrin
ont regardé l’horizon
et senti soudain
une présence
la présence
de tous ces absents
qui regardèrent
un soir
se lever la tempête
ainsi que je le fais
la main posée 
sur le bois de la fenêtre…
Absents
dont un jour
je le sais
je serai.