Tout n’est plus que spasmes, grondements, fureur.
La fumée précède les langues du feu.
Chargé de soufre, l’air devenu irrespirable éteint la lumière, il fait nuit en plein jour.
La terre gémit, se tord, vomit la lave qui s’écoule, ruisseaux brûlants échappés de ses veines. Ils recouvrent, effacent, sculptent un nouveau paysage.
Demain, ici, un monde nouveau balbutiera. Mais aujourd’hui, continent à la dérive, sous le regard compatissant de la mère du Ciel, la terre enfante.
Toute destruction est renouveau.
Adamante (sacem)
Composition graphique (photo & dessin) Adamante
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08/04/2016
05/04/2016
Le petit cheval rouge
Le cirque de l’univers allume
ses étoiles
un petit cheval rouge
s’élance sur la piste
émotion de la voie lactée
il caracole parmi les astres
en fusion
sa cavalière
habillée de soleil
virevolte
pirouette
partout la fête
explosion de lumières
vibration des couleurs
sur une symphonie
Chagallienne
le dragon de l’amour
s’enflamme
exprime son génie
Love ! crie la Terre
love ! répond le Ciel
love ! martèlent les sabots
le petit cheval rouge
sème sur son chemin
marguerites et boutons d’or
un Elfe se penche
sa main emplie de fleurs.
©Adamante (SACEM)
sur le tableau Love8 de Martiros Hakopian (MarHak)
d'autres textes et l'image ICI
23/03/2016
Lettre à toi qui as choisi de mourir en martyr
Toi qui porte ta souffrance jusqu’au martyr pour tenter de
trouver la paix d’un paradis hypothétique, tu entraînes avec toi dans la mort
l’ennemi que tu rends responsable de ton mal-être. Regarde autour de toi.
Cet ennemi, c’est moi, je suis aussi toutes les victimes
passées ou à venir. Cet ennemi, le reconnais-tu ? C’est toi. Toi, l’affamé
d’amour qui, aveuglé par la douleur, croit le conquérir en brandissant la
haine.
Ta violence est un cri, j’en ressens toute la douleur, l’insondable
désespoir. Ce cri est le ferment de la guerre, éternel déchirement des peuples.
Égarement de qui n’a pas trouvé sa place.
L’enfance qui a mal dresse les poings, se jette dans la
tourmente et s’éloigne inexorablement de cette paix qu’il recherche. Il s’enlise
dans le désespoir.
De la guerre des boutons à la guerre en Syrie c’est le même
manque qui alimente la violence, crée l’humiliation. La riposte virile participe
du même principe, la crainte, souffrance qui naît de l’illusion de la
séparation.
Et pourtant, à chaque instant, ma partie guerrière lutte
pour ne pas crier à son tour et te pourfendre de son jugement. Je connais sa force,
je sais son désespoir et son impuissance à changer les choses. C’est dangereux
un tel désarroi. Alors, je l’accueille et la berce comme un enfant perdu. Je ne
veux pas me perdre dans ce tourbillon de folie, te perdre et me perdre à jamais,
en participant de ce mouvement infernal.
Voilà mon arme, chère désespérée partie de moi-même,
réunifiée, apaisée en moi, je
peux m’ouvrir à toi pour te recevoir, te bercer, te murmurer des paroles
d’espoir. Et mon corps, tout vibrant de tendresse, laisse couler ses larmes
silencieuses pour endiguer la pression de cette force à nulle autre pareille,
l’amour.
Toi, toi qui es moi entendras-tu cette vibration qui est
nous ?
Suite aux attentats en Belgique et partout ailleurs dans le monde.
22/03/2016
La quête
Il cherchait à s’en souvenir, mais son visage n’était jamais
le même. C’était elle pourtant, son côté enfantin et cependant quelque chose
manquait. Les détails s’affolaient oublieux du réel, en une imbrication
aléatoire des formes. Une chose pourtant illuminait sa mémoire, le rose de ses
joues, la finesse de ses traits. Mais ce rose, évocateur du printemps, portait
en lui la tristesse qui caractérise l’éphémère et le déchirement qui sied aux
amours romantiques.
Le grand Meaulnes, obsédé par son aventure d’un surréalisme
sans fioritures*, hanté par ce lieu dont il a perdu le chemin, dessine chaque
jour la carte pour tenter de le retrouver. Il se heurte aux croisements,
s’éloigne, se reprend, hésite, recommence.
Avec l’impétuosité de sa jeunesse, il trace ainsi le
portrait de sa quête.
©Adamante (sacem)
sur Senecio de Paul Klee
* Je suis émerveillée par
le surréalisme dont fait preuve au début de cette œuvre (parue en 1913)
l'écriture de Fournier, un surréalisme dénué des fioritures usitées par le
mouvement surréaliste (1919) faisant suite au mouvement Dada (1916). On voit là
la pâte des grands écrivains qui nous ouvrent en simplicité la porte d'une
autre réalité qui jouxte notre quotidien.
15/03/2016
À travers le carreau par temps de pluie
Tout est flou. Le carreau pleure et les formes s’estompent.
En code imaginaire, l’œil compose hors du rail, distorsion des formes, libres de toute précision.
C’est peut-être cela la beauté, une idée vague qui musarde passé les limites de ce que l’on nomme le réel.
Le carreau pleure
l’imprécis se dessine
beauté du rêve.
©Adamante (sacem)
03/03/2016
Métamorphoses
Il pleut.
Dans l’air froid et triste,
le quotidien paraît sans saveur. Le regard, indifférent comme fixé au-dedans,
retiré dans les profondeurs, accompagne les gouttes qui suivent sagement la loi
de la pesanteur, se coller et glisser par la voie la plus rapide.
Mais parfois, est-ce à cause
du flot qui ralentit la course, une goutte hésite, dévie pour suivre un chemin
parallèle, ouvrir une autre voie, explorer l’inconnu. Elle quitte le rail.
Mais déjà, dans l’univers limbique,
le ballet hypnotique imprime ses images. Derrière le regard inconscient la
vigilance est en éveil. Elle interprète, crée, s’abstrait de la routine, enfante
la magie. Alors sur le carreau perlé de pluie, des chevaux d’écume pénètrent le
champ visuel. Ce tsunami hippique exprime la métamorphose. Rêve d’une petite
couseuse attendant son époux que quelques sirènes informes, à peine esquissées,
retiennent par la voix dans l’univers épique d’un mythe. Là, la faim se cache,
non « dans un champ pierreux » où grincer des mâchoires, mais dans un
tourment d’ondes vomissant des démons prêts à dévorer le héros assoupi.
Le char des légendes
Ovidiennes surgit, éclaboussant le matin. Il s’effacera au premier rayon du
soleil.
Dans la chambre aveugle
« Ulysse » poursuit son rêve, il dort. Il est trop tôt.
Dans la cuisine
« Pénélope » attend, tout engluée de nuit. Devant son premier café, elle
tente de s’extraire de ses limbes.
05/02/2016
Les roseaux près du ponton
L’armée des roseaux monte la garde près du ponton. Qui s’en
vient ou s’en va par la porte du ciel ? Que cache cette lumière aveuglante
entourée de ténèbres ? Aspire-t-elle la vie sidérée et muette, le flot
interrompu des eaux de la rivière ? Crache-t-elle des révélations à ce
peuple subjugué dressé vers le passage ? Rite ou curiosité de
l’ailleurs ? À moins que ce ne soit la même chose, le désir de savoir.
Un grand prêtre officie, consumé d’absolu. On croirait une
icône récipiendaire d’un secret inscrit sur les pierres d’un édifice en ruine
marquant la limite entre deux Univers.
Le bois des planches
humides a la couleur des nuages, un gris de cendres refroidies rompant avec
l’or des roseaux. Décor griffé de joncs et de branches dénudées. Il se joue là
une scène à la fois grandiose et banale. Captivante perception du monde des
métamorphoses. Un visage apparaît au travers de la fumée céleste, il chapeaute
les ruines, observe la troupe des fidèles avec ce manque d’aménité propre aux dieux de l’Olympe. Derrière
ce masque, l’imaginaire déchaîne sa crainte, son effroi. Cette vérité inscrite
au plus profond de tout ce qui est animé du souffle ne trouve aucun mot pour
s’exprimer. Un frisson l’accompagne, le froid, la mort.
Il n’est pas une herbe, pas
une goutte qui ne s’incline devant cette magie ruisselant de l’œil du ciel.
27/01/2016
Angélica Archangélica
Petite forme ce matin. Le corps regimbe, fatigue, mal être, je me décide pour les plantes. La racine d’angélique ! La panacée des herbes, le Graal de la tisane, la mère Fouettard des enfants, ( à noter qu’en la circonstance, on peut le rester longtemps).
L’Angélique, Angélica Archangélica, c’est bon pour tout, le cœur, la digestion, la longévité, c’est le ginseng d’Europe en beaucoup moins cher, vertu à ne pas dédaigner et aussi en beaucoup moins snob.
J’attrape la casserole, l’eau, je jette une poignée de racines, je couvre et c’est parti pour quelques minutes de décoction. Suivent dix minutes d’attente à traînailler dans ce petit matin maussade.
C’est prêt, je verse dans une tasse bleue comme le ciel quand il est bleu, ce qui n’est pas le cas ce matin, alors je compatis d’un geste vers lui, comme pour trinquer et peut-être me donner un peu de courage.
Comme je déteste la tisane sucrée, je passe outre les conseils de Mme Mulot, reine des herboristes encore diplômées et laisse le pot de miel au placard.
Maintenant il me faut boire, vite si possible, en me répétant pour m’en convaincre :
« c’est pour ton bien ! »
Elle n’est pas si facile à pratiquer la méthode Coué devant cette merveilleuse tisane ! Je me décide. Quelle amertume ! Le liquide a un goût effroyable, il me rabote tout d’abord la langue puis la gorge, si je ne savais pas ce que je bois, je croirais avaler un poison. Je fais la grimace, me retient de cracher, je me répète :
« c’est bon pour ce que tu as ! »
Je bois la coupe jusqu’à la lie.
La potion avalée, mon corps ne tarde pas à exprimer sa satisfaction par des borborygmes salutaires immédiatement suivis d’un mieux-être. L’effet semble proportionnel au goût, je me félicite de ma bravoure et programme une nouvelle potion pour la soirée, il faut savoir ce que l’on veut !
En nettoyant ma tasse, je me mets à penser que se soigner par les plantes est moins confortable sans doute que d’avaler des pilules. C’est un choix et c’est aussi celui de la vie, avec ses amertumes et ses douceurs. Une vie sans cellule psychologique pour pallier l’engagement de vivre et de se battre pour résister à l’adversité jusqu’au point final.
Adamante (sacem)
20/10/2015
26/01/2016
Le chaos primordial
Le chaos primordial, un grand
charroi d’eau et de glace, débandade printanière, terre et ciel encore
confondus au point final du coït ultime présidant la séparation. Tout est là,
indéfini, se cherchant, pressé d’être. Erratique palpitation primale d’une cohésion
balbutiante. Dans cette gigantesque cohue, les formes se cherchent,
s’expérimentent, du monstre marin au visage de l’homme. Déjà l’effroi, le cri
en gestation. Le feu naissant des eaux vaporise la vie vers ce qui bientôt sera
nuage. Et dans ce bouillon de la première heure, le profil de Bastet émerge
lentement d’une flaque solaire comme pour indiquer au monde à venir le chemin
de la sagesse.
©Adamante (sacem)
22/12/2015
Le feu les ombres
Première flambée au sein d’une caverne, l’homme découvre le gigantisme des ombres,
elles accompagnent la lumière, griffent le granit avec les esquisses de leurs
chimères. Chaleur, terreurs, rêves, les yeux grignotent la nuit, l’apprivoisent
en dehors de la lune.
Ah, si le feu parlait, racontait son épopée depuis le
premier éclair qui enflamma la forêt !
De toute évidence il parle car il nous habite, révèle ce que
nous avons d’inscrit en nous. On le sent palpiter dans les cellules de nos
mémoires, les gènes des premiers ancêtres. Mouvement ascendant, il nous anime.
Premier feu, premier cri, l’air dans les poumons, brûlure, apprentissage de la
sécheresse jetés hors la première caverne dans le monde aveuglant de la
lumière. Et déjà l’ombre se dessine en plein midi sous le soleil, nous suit ou
nous précède, s’allonge, se tasse, se déforme, nous fait rêver ou nous
inquiète. Soumise, elle se prête à tous nos fantasmes, tour à tour rassurante,
inquiétante, elle révèle nos peurs, nos terreurs et cette fascination qui
accompagne.
Le feu consume faute de pouvoir aimer en tendresse, il
dévore. Au-dedans la détresse, la solitude, l’espoir parti en fumée.
Déréliction des cendres abandonnées aux vents, mouillées de rosée au matin, à
peine un voile grisâtre bientôt avalé par les herbes.
Le feu, changeant, mouvant, à notre image, conçoit les
formes et les détruit, se livre puis se reprend, s’efface, aussi insaisissable
qu’un mythe, aussi fulgurant qu’une vie.
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