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07/07/2017

La rencontre



Après un long voyage à travers la campagne, en ce temps reculé inscrit dans nos mémoires, un voyageur fait une halte. Appuyé sur son bâton, il s’arrête, embrasse du regard la chaumière où un vieillard accoudé à la porte l’observe.
Ses pauvres pieds meurtris
implorent un peu de repos
un si long chemin…
Mais à cet instant, rien ne presse.  Le monde paysan a ses rituels. On s’observe, on se jauge. L’arrivant le sait, il laisse au vieillard le temps de se faire une idée.
Il sait qu’en échange des nouvelles des pays voisins, le vieux lui offrira le gîte pour la nuit, dans la paille de l’appentis qui jouxte la pauvre demeure et, pourquoi pas, un bout de pain, peut-être même une tranche de lard.
Un geste de salut
un raclement de gorge
un pas vers l’autre
En attendant, deux mondes se rencontrent.
À l’étranger de prouver sa bonne foi, ne pas brusquer le contact, tisser une relation de confiance sans hâte ni précipitation.
Le dos fatigué
peut attendre la paille
si convoitée
L’essentiel se joue dans une sorte d’étirement du temps, comme un bâillement de détente.
Si la rencontre a lieu, le sédentaire accueillera le vagabond. Il fera ce soir moisson de nouvelles qui le maintiendront éveillé durant ses longues soirées de solitude, bien longtemps après que le voyageur aura disparu, avalé par le silence de la forêt.
Rembrandt (Rembrandt van Rijn) (Pays-Bas, Leiden 1606-1669 Amsterdam)  

5 commentaires:

  1. La méfiance est de mise pour cet ermite... mais une fois en confiance, les deux vont savourer leur tête à tête ;-) merci Adamante, au plaisir, JB

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  2. se rencontrer
    sans se contrer
    c'est aller pas à pas à la rencontre, c'est doucement s'apprivoiser pour apprendre à se connaître
    "Et créer des liens pas à pas
    Pour commencer à s'attacher"
    Oui, "l’essentiel se joue dans une sorte d’étirement du temps"

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  3. J'aime cette rencontre.
    Il faut le temps de la confiance...

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  4. Tout l'enjeu d'une rencontre entre deux êtres sur le fil et peut-être une même pensée : "ne plus être étranger l'un pour l'autre". Mais rien n'est sûr. Lequel des deux fera le premier pas. Ce texte nous invite à continuer l'histoire. Quelle profondeur!

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  5. Il suffisait parfois d'un regard, d'une attitude, de la première parole échangée pour que " l'étranger " repose enfin ses pas.
    Belle sagesse paysanne!

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